Culture : depuis le vendredi 12 mars, Marseille a rejoint la liste des villes mobilisées

Occupation du ZEFVu par Zibeline

Culture : depuis le vendredi 12 mars, Marseille a rejoint la liste des villes mobilisées  - Zibeline

Une dizaine de jours à peine après la manifestation du 4 mars et l’occupation de l’Odéon à Paris, ce sont désormais trente-trois théâtres à l’échelle nationale qui ont rejoint le mouvement. Au ZEF, scène nationale de Marseille, une bonne vingtaine de militants se relaie chaque soir sur place pour assurer la garde de nuit. Ils sont une cinquantaine, parfois une soixantaine à se retrouver, « toujours dans le respect des gestes barrière », tous les jours à 14h pour une assemblée générale souvent mouvementée. Marianne Suner conclut celle de samedi par quelques chants bien sentis en compagnie de sa chorale. « C’est un tel bonheur de réinvestir ces lieux ! » La chanteuse, compositrice et cheffe de chœur connaît bien le quartier : elle y effectue un travail colossal, notamment auprès des élèves d’école primaire. « Le Merlan est un appel fort : c’est une scène qui a fait du rayonnement des artistes locaux et du service public de transmission culturelle son fer de lance. »

La directrice du ZEF Francesca Poloniato s’est en effet illustrée, depuis la fermeture des salles, dans la permanence de son action culturelle : dans sa présence auprès de collégiens, d’étudiants, ou d’acteurs sociaux – la Maison de l’Infirmière, entre autres. « C’est ma façon à moi de résister, d’être présente dans cette activité à laquelle on a droit. Les militants se sont engagés à ce que leur occupation du lieu n’entrave pas l’activité du ZEF, ses activités proposées et programmées… Je peux de mon côté faire ce qui est en mon pouvoir : notamment, ne pas appeler les flics ! » Si elle s’avoue « avoir été loin d’imaginer que le Merlan serait occupé, notamment à cause de sa situation géographique », il semblerait bien que ce serait avant tout cet ancrage si particulier de ce théâtre des quartiers Nord qui en aurait fait le lieu de prédilection des militants, avant d’être rejoint par la plus centrale scène de la Criée, sur le quai de Rive Neuve.

Au cœur de ce théâtre des quartiers Nord se noue un dialogue rare et précieux. La comédienne et metteuse en scène Charlotte Clément se réjouit notamment de la venue du directeur de l’Après M, de syndicats étudiants, d’élus, « et même de Gilets Jaunes » ! « Le maître mot de cette mobilisation, notamment autour de la réforme du régime chômage, c’est la question de la précarité. Et la nécessité d’une refonte, concertée et solidaire. »

Les revendications de la CGT-Spectacle, du Synavi de la Région Sud et du Syndicat des Cirques et Compagnies de Création demeurent limpides : abrogation de la réforme du chômage du 1er juillet 2021, prolongation de l’année blanche pour les intermittents à partir de la date de reprise, abrogation de la réforme des retraites… Décisives et structurelles, ces exigences vont de pair avec la nécessité, selon tous les acteurs mobilisés, de rouvrir les salles de spectacle. « Rester fermés quand les trains se remplissent sans contrainte, quand les supermarchés se gorgent chaque jour de milliers de personnes … Cela ne nous semble pas déraisonnable, après tout ! »

SUZANNE CANESSA
Mars 2021

Photos © Suzanne Canessa