Entretien avec Agnès Robin, nouvelle adjointe à la culture de Montpellier

« Nous sommes en train de construire une méthode différente »

Entretien avec Agnès Robin, nouvelle adjointe à la culture de Montpellier - Zibeline

Élue aux côtés de Michaël Delafosse (PS), nouveau maire de Montpellier, l’universitaire Agnès Robin est son adjointe à la culture et la culture scientifique. Entretien.
Non membre d’une organisation politique, Agnès Robin, 49 ans, fait partie de cette nouvelle génération de citoyens qui ont franchi le pas de la prise de responsabilité, menant de front mandat d’élue et vie professionnelle. Enseignante chercheuse à la Faculté de droit de Montpellier, elle hérite d’une délégation à forts enjeux pour la 7e ville de France. Alors qu’elle découvre la plupart des dossiers, elle affiche déjà une méthode : la collégialité dans l’apaisement. Et un double objectif : l’accessibilité et le rayonnement.

Zibeline : L’intitulé de votre délégation fait mention de la culture scientifique. Est-ce un axe fort de votre mandat ?

Agnès Robin : Montpellier est une ville d’art et de science. Nous tenons à ce qu’il y ait des passerelles entre les deux champs. Celles-ci peuvent se concevoir à plusieurs niveaux. Déjà en termes de lieux : nous allons par exemple exposer dans des sites universitaires et, à l’inverse, l’université pourra exposer dans des lieux gérés par la ville. Nous allons également promouvoir des projets qui sont à la fois scientifiques et artistiques. Il y a beaucoup d’exemples de ponts possibles, notamment dans les domaines des musiques médiévales, de l’imagerie médicale, de la photographie… Notre patrimoine scientifique est d’une grande richesse. Nous souhaitons aider les institutions universitaires à mettre en place et valoriser leurs remarquables collections, notamment en contribuant financièrement à leur conservation et restauration. Il y a également une raison subjective à l’intitulé de ma délégation : je suis moi-même universitaire, juriste à la Faculté de droit, spécialisée dans la propriété intellectuelle et le droit dans la recherche et de l’innovation.

Pourquoi le périmètre de la culture concerne plusieurs délégations et n’est pas regroupé sous la responsabilité du même élu ?

C’est une volonté du maire également président de la métropole (Michaël Delafosse, ndlr) qui résulte du constat que la charge est trop lourde si une seule personne assume l’ensemble des responsabilités. Le choix a été de les répartir entre trois personnes : à la métropole, culture et patrimoine sous la responsabilité du vice-président Éric Penso, maire de Clapiers ; à la ville, culture et culture scientifique pour ce qui me concerne et patrimoine pour Boris Bellanger, également adjoint aux cultures régionales. L’originalité de ce mandat, par rapport à la précédente municipalité, est d’avoir séparé culture et patrimoine car nous avons l’ambition de porter la candidature de Montpellier au patrimoine mondial de l’Unesco. Nous travaillons tous en étroite collaboration.

Que retenez-vous de vos rencontres avec les artistes et acteurs culturels ?

Tous sont très en attente. Je réponds présente en commençant par être à l’écoute. Et à l’écoute de tout le monde, pas seulement de certains secteurs, de certaines structures ou de certains personnes. Nous discutons de leurs projets et de leurs difficultés, je visite les lieux. La crise actuelle est un sujet commun à tous. Une de nos missions les plus importantes est le soutien aux structures associatives. On ne peut pas avoir connaissance de la sensibilité artistique d’une ville ni bâtir une politique si on ne rencontre pas les gens et si on ne va pas les voir jouer ou créer. Je tiens à y consacrer une grande partie de mon temps. Début 2021, nous commencerons à travailler sur les dossiers de demande de subvention. Nous ne reproduirons pas les schémas préexistants. Nous sommes en train de construire une méthode différente.

Quel est le futur du Mo.Co et plus particulièrement de l’Hôtel des collections ?

On ne va pas remettre en cause l’existence de la structure ni de l’Hôtel des collections. Le « mais » existe parce que c’est une dépense énorme. Il faut investir dans la culture mais certains choix coûtent cher en termes de fonctionnement. Le point positif est la synergie avec le fait d’avoir un établissement unique pour trois lieux : l’Esba (École supérieure des beaux-arts, ndlr), la Panacée et l’Hôtel des collections. Je n’ai aucune réserve de principe mais la manière dont on va le faire fonctionner va certainement évoluer. Tout cela prend du temps.

Et celui du Festival Radio-France ?

Il continuera de se tenir à Montpellier. C’est une bonne nouvelle, validée à notre dernier conseil d’administration, le premier de la saison et le premier de notre mandat. Le festival va perdurer, dans des conditions matérielles et financières qui seront peut-être un peu différentes, mais le partenariat de Radio France va se maintenir. Il y avait des contentieux, que, pour reprendre les termes du maire, on est en train d’apaiser. Sur ce sujet comme beaucoup d’autres, le fait même de discuter semblait avoir disparu depuis des années.

Quelles mesures de soutien envisagez-vous pour limiter les conséquences de la crise sanitaire ?

Nous entrons dans une phase de concertation avec les salles de diffusion (musique, théâtre, cinéma) pour aboutir à un fonds d’intervention. Beaucoup de choses émergent de ces réunions, ouvrant sur des formes d’aides très différentes. Pour les salles de concert fermées depuis mars, l’idée serait de les transformer en lieu de résidence d’artistes, avec une compensation financière de la ville. Cela permettrait de soutenir à la fois les artistes et les lieux. On réfléchit également à une participation aux charges de loyer, à certaines taxes. Pour les cinémas, pourquoi pas des préachats de billets que l’on distribuerait à terme aux écoles, foyers, centres sociaux… D’un côté, cela renflouerait immédiatement la trésorerie et de l’autre, on garantit l’accès à certains publics dans les prochains mois. Toutes ces pistes sont en cours de réflexion.

Ce soutien passera-t-il aussi par le développement des interventions dans le secteur socio-éducatif ?

Cela fait partie de nos objectifs. La désignation de Fanny Dombre-Coste comme première adjointe en charge de l’éducation signifie très clairement cette volonté de soutenir le secteur éducatif. On va demander aux associations de développer des actions de médiation culturelle à destination des publics scolaires. Tout cela reste un chantier, mais tous les acteurs ont bien compris que c’est une de nos priorités. On s’est aperçu que ces actions n’étaient pas bien coordonnées entre les différents établissements. Il faut également vérifier que l’obligation d’intervenir en milieu scolaire figure bien sur les conventions des gros équipements culturels municipaux. Nous mettons en place une évaluation des politiques culturelles, avec un service dédié en charge de fournir les données statistiques.

Quelles grandes orientations souhaiteriez impulser en termes de politique culturelle et en quoi seraient-elles des marqueurs politiques de la nouvelle municipalité ?

L’idée générale est de soutenir et de porter une visée, une philosophie humaniste, et de rendre les choses très accessibles à tous. Nous l’entendons comme un arme contre les menaces d’obscurantisme, dans la continuité de notre Charte de la laïcité qui vaut pour toutes les associations y compris culturelles. L’autre objectif, c’est le rayonnement : avec la candidature à l’Unesco, mais aussi par la mise en valeur des cultures régionales, et la conception d’une image forte de la ville autour d’un projet culturel commun, avec une volonté de coordination entre les différents lieux, les différents arts. On est de plus en plus dans la transversalité, on voit de plus en plus de croisements. C’est une tendance que nous devons soutenir. Soit par le financement et les subventions, soit par l’organisation du travail entre les établissements en aidant à une harmonisation, une coordination, quelque chose qui donne une meilleure visibilité. On a à Montpellier des choses très fortes qui existent, mais ce serait bien qu’on aille plus loin dans leur développement, en impulsant leur renouvellement.

Entretien réalisé par ANNA ZISMAN et LUDOVIC TOMAS
Novembre 2020

Photo Agnès Robin ©Hugues Rubio – Ville de Montpellier