Mesures sanitaires, nouvelles expositions... Jean-François Chougnet répond à nos questions sur la réouverture du Mucem

« Nous ne sommes pas dans une logique de supermarché »Vu par Zibeline

Mesures sanitaires, nouvelles expositions... Jean-François Chougnet répond à nos questions sur la réouverture du Mucem - Zibeline

Le Mucem a réouvert : entretien avec son président, Jean-François Chougnet, reconduit pour un deuxième mandat en novembre dernier.

Zibeline : Nous sortons de la crise sanitaire, comment vos équipes et vous l’avez-vous vécue ?

Jean-François Chougnet : Rien de bien différent de nos concitoyens. Nous avons fermé le Mucem le 13 mars et assuré le maintien des fonctions essentielles : la sécurité du bâtiment, celle des œuvres, l’entretien, le nettoyage. Quelques travaux ont pu se poursuivre. 11 personnes sur un effectif de 130 étaient sur place, les autres ont été équipés en outils informatiques pour travailler à distance. Cela a permis pas mal de mobilisation sur le site Internet, dont la fréquentation a triplé. Deux lettres d’informations par semaine au lieu d’une, avec une éditorialisation différente. Des choses que l’on conservera, d’ailleurs, elles sont intéressantes. Beaucoup de travail de relations humaines, d’organisation : ce serait trop facile de dire que tout est réglé, parce qu’on a mis en place un ordinateur et une liaison VPN ! Pour certaines équipes, les taches étaient claires, pour d’autres, notamment au niveau de la programmation, une fois les annulations effectuées…

Justement, au sujet de ces annulations, comment avez-vous procédé ?

L’exposition Pharaons Superstars devait ouvrir le 28 avril, avec pas mal de prêts français et internationaux. Heureusement les solidarités professionnelles se sont maintenues, voire renforcées. Tous les musées étaient dans la même situation de devoir reprogrammer, décaler des prêts… Nous avons pu prendre la décision du report en juin 2022 de manière relativement sereine, contrairement à d’autres structures avec des calendriers plus compliqués, je pense aux Rencontres d’Arles par exemple. Mais au-delà de notre propre personnel, il fallait tenir compte des prestataires du Mucem, l’entreprise qui assure la sécurité par exemple. Je précise que nous n’étions pas éligibles au chômage technique.

L’État n’a pas pris en charge l’activité partielle ?

Les établissements publics de l’État n’étaient pas éligibles au dispositif, comme d’ailleurs les structures locales, les Mairies… Nous avons continué à payer nos salariés. Ce qui explique qu’à Paris, lorsqu’il y a de très gros effectifs, les pertes financières soient énormes. L’activité partielle est aussi à la charge de l’État, mais ce ne sont pas les mêmes budgets. C’est le ministère de la Culture qui porte le poids de la masse salariale des établissements. Le Monde a consacré un article à cette question début juin1.

Quel est le bilan pour le Mucem ?

Nous allons présenter des hypothèses lors du prochain conseil d’administration, le 26 juin, avec une fourchette haute et basse. L’année n’est pas finie, nous ne pourrons déterminer l’impact réel qu’à la fin, et nous ne savons pas ce que sera la fréquentation après la réouverture. Nous allons, bien sûr, solliciter le soutien du ministère. Mais les montants de nos difficultés n’ont rien à voir avec ceux du centre Pompidou ou de l’Opéra de Paris. Nous pourrons terminer l’année sans encombre, nous ne sommes pas dans une situation d’extrême péril.

Vous vous en sortez plutôt bien, donc ?

Oui, d’autant qu’au niveau de la programmation, nous n’avions pas de jeune artiste dont nous aurions été contraints d’annuler l’exposition… Les Pharaons sont quand même un peu plus vieux ! On avait pris le parti, cette année, d’avoir une programmation moins contemporaine, pour jouer la carte de la complémentarité avec Manifesta2. Dans l’espace libéré par les Pharaons, nous avons proposé à  Alexandre Périgot de venir avec une installation plus légère, au niveau de la production. Il s’est très vite mobilisé et Mon nom est personne, sur le thème de l’anonymat, ouvre le 29 juin, jusqu’au 17 août. L’exposition Vêtements modèles qui devait ouvrir le 28 avril le sera le même jour, jusqu’en décembre, de même que La flore de A à Z. En revanche on a maintenu Orient sonore, du 22 juillet au 21 janvier 2021. Cela posait moins de problèmes techniques : elle comprend beaucoup de sons, lesquels voyagent mieux que les œuvres ou les antiquités égyptiennes.

Qu’en est-il de votre programmation estivale, au-delà des expositions ?

Nous avons très vite discuté avec nos fidèles partenaires -notamment le festival littéraire Oh les beaux jours !, Marseille Jazz des cinq continents– pour imaginer de petites formes plus adaptées à la situation. C’est intéressant d’avoir une plateforme commune de reprise d’activité. Notre manifestation Plan B aura lieu du 12 au 30 août : neuf séances avec des lectures, concerts, projections… Elles seront ouvertes par des extraits du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, lus par Anna Mouglalis. Il y aura un concert dessiné par Charles Berberian, et nous accueillerons aussi la saxophoniste Sophie Alour. Si tout va bien, nous ferons ensuite l’ouverture d’Actoral (lire aussi p28 et 29), par un spectacle de Noé Soulier, directeur du Centre national de danse contemporaine d’Angers : un accrochage chorégraphié, avec de vraies œuvres issues du fonds du Mucem.

Pouvez-vous nous dire un mot des mesures sanitaires requises pour la reprise ?

Le décret imposant le port du masque dans les établissements recevant du public n’est pas abrogé. La jauge est bien-sûr impactée, qu’elle soit globale ou par salle. Mais nous essayons de faire en sorte que la signalétique qui rappelle ces règles ne prenne pas une forme « autoritaire », pour que le plaisir de visiter ne soit pas enrayé. C’est d’ailleurs l’un des enjeux intéressants de la période, qui nous amène à réfléchir. Dans un musée, nous ne sommes pas sur une logique de supermarché.

Pour finir, Olivier Donat succède à Catherine Sentis en tant qu’administrateur général du Mucem. Quel est leur rôle et comment travaillez-vous ensemble ?

L’administrateur pilote notamment les fonctions support, les pôles financiers, administratifs, juridiques… Tout ce qu’on appelle le « back office ». Mais en réalité, au Mucem, nous travaillons en trio, avec Émilie Girard, directrice scientifique et des collections. Je ne me réserve pas la programmation ! Olivier Donat est expérimenté, j’espère que Marseille lui plaira, c’est une ville à part !

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Juin 2020

1 https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/06/09/les-musees-lourdement-affectes-par-la-pandemie_6042183_3246.html

2 Biennale européenne itinérante, reportée également, du 28 août au 29 novembre à Marseille et dans la Région Sud

Photo : Jean-Francois Chougnet @ Agnès Mellon