Emmanuelle Rousseau, chargée des relations publiques au Domaine d’O

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Emmanuelle Rousseau, chargée des relations publiques au Domaine d’O - Zibeline

Emmanuelle Rousseau est chargée des relations publiques au Domaine d’O à Montpellier. Un métier qu’elle réinvente pour chacun de ceux à qui elle ouvre les portes du spectacle vivant.

Le professeur de Français est formel : ses deux classes de 3e sont au taquet au sujet des deux textes d’Annie Ernaux, et les notions de transfuge de classe et de syndrome de l’imposteur n’ont plus de secret pour eux. La place (1983) et Une femme (1988) ont été lus et travaillés en cours. Camille Daloz, comédien et metteur en scène venu avec Emmanuelle Rousseau au collège Simone Veil pour présenter les deux pièces que les élèves iront voir quelques jours plus tard, est impressionné. Il arrive parfois en effet, dans d’autres contextes, qu’aucune réflexion ne soit faite en amont des spectacles, ce qui provoque, a minima, un rendez-vous manqué avec les comédiens et le texte, au pire des représentations houleuses où les fous-rires et ricanements prennent le pas sur ce qu’il se passe sur scène. Cette cohérence entre enseignants, élèves et équipes artistiques est due à l’action menée par Emmanuelle Rousseau, qui a mis au point toute une série d’outils de sensibilisation au spectacle vivant. Sa mission est en lien avec l’Éducation nationale et les publics « éloignés ». Son approche est nourrie d’expériences professionnelles développées dans d’autres branches que celle de la culture. D’abord formée par des études en anthropologie et sociologie, elle est ensuite devenue éducatrice spécialisée à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Très impliquée dans tout ce qui touche à l’échec scolaire, elle participe aux actions de l’association Acteurs, qui met en place des programmes pour les « décrocheurs ». Elle a aussi travaillé pendant 10 ans au sein de l’association Aparsa, en menant débats, discussions et ateliers dans les collèges, lycées, instituts médicaux éducatifs, centres de formation des apprentis, où il était question de libérer la parole chez les adolescents. « Mais, Madame, vous pouvez pas nous comprendre, vous n’êtes pas un homme ! », lui lançaient les garçons. L’énergique bout de femme ne se démontait pas, elle leur répondait qu’avec ses 4 fils, elle commençait à être un peu au courant…

Wahou !
C’est avec ce bagage qu’elle monte, au sein du Domaine départemental depuis 2018, des actions pensées au millimètre, autant pour les jeunes que pour les bénéficiaires du RSA, le foyer des familles rurales d’un village voisin, mais aussi les éducateurs de Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS), ou des professeurs (pour qu’eux aussi puissent éprouver le décentrement proposé par des ateliers cirque). Les intervenants au Mouvement du Nid (aide aux travailleurs du sexe) sont aussi concernés. Et la liste de ces programmes, soutenus par le Département, est très loin d’être exhaustive. Emmanuelle Rousseau invente chaque fois des formules qui ouvrent tous ces publics au monde du théâtre et du cirque contemporain. Rencontre avec les artistes, visite du Domaine d’O, présence lors de répétitions, passage de l’autre côté du décor… Et lorsque les enfants pénètrent dans l’Amphithéâtre d’O, en haut des gradins prévus pour accueillir 1800 personnes, un « Wahou » jaillit inévitablement. Elle leur donne l’autorisation de monter sur le plateau. « Alors, je leur demande de se retourner, et d’imaginer que 3600 yeux les regardent. La scène est de fait immédiatement ré-enchantée, et c’est un plaisir chaque fois renouvelé. »

Ce jour-là ils sont une centaine de 3e installés au Bistrot d’O. Camille Daloz va et vient entre les rangées de chaises placées en bi-frontal. Les souvenirs d’Annie Ernaux sont distillés dans un long monologue. Un texte pas facile. Mais les élèves accrochent. Et le sourire de la médiatrice illumine les saluts.

ANNA ZISMAN
Novembre 2021

La place et Une femme ont été joués les 19 & 20 octobre (avec une scolaire le 21) au Domaine d’O, Montpellier

Photo : Camille Daloz et Emmanuelle Rousseau © AZ