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Message solidaire et poétique envoyé du théâtre Toursky au poète palestinien condamné à mort, Ashraf Fayad

Ne tirez pas sur le poète !

Message solidaire et poétique envoyé du théâtre Toursky au poète palestinien condamné à mort, Ashraf Fayad - Zibeline

Être condamné à mort pour apostasie, on se croit renvoyés aux pires heures de l’inquisition, et pourtant, c’est un évènement qui nous est contemporain : le poète palestinien, Ashraf Fayad a été condamné par les juges de l’Arabie Saoudite, parce qu’il est poète, et que dans une interprétation tirée par les cheveux, il pourrait avoir émis des mots dignes de l’accusation d’apostasie ! Jeudi 21 janvier, une soirée de soutien au poète était organisée au Théâtre Toursky dans la salle Léo Ferré. Y participaient des artistes et différentes associations dont l’Union des Poètes & cie, la Maison des Écrivains et de la Littérature, le Printemps des Poètes, le P.E.N. Club français, le Festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée, l’association des Amis de Richard Martin, la Société des Gens de Lettres, the World Poetry Movement, et Amnesty International. Dominique Sorrente, président du Scriptorium et représentant de l’Union des Poètes & cie, jouait le rôle du cicérone de la soirée, tout en y apportant sa contribution poétique. Les représentants d’Amnesty International rappelleront avec davantage de précisions les faits : la première condamnation à quatre ans de prison et huit cents coups de fouet, sur simple dénonciation d’une personne qui n’apprécie pas le poète, puis, alors qu’Ashraf Fayad a demandé pardon, et fait appel, la peine s’alourdit et devient capitale, pour apostasie et le fait d’être poète. Brigitte Gyr, vice-présidente de l’Union des Poètes & cie lit des extraits de l’œuvre d’Ashraf Fayad, textes d’où sourd une discrète ironie, puis cite Montesquieu qui s’indignant de ceux qui condamnent, tuent et torturent au nom de Dieu s’exclamait : «  Dieu n’est-il pas assez grand pour se venger lui-même ? ». Henri Frédéric Blanc (Revue des Archers) devant le mur de bêtise et de barbarie, évoque les relations diplomatiques et ‘pétrolières’ qui font de la France et des USA les alliés de l’Arabie Saoudite, pays qui décapite, soutient les terroristes… La bonne nouvelle, c’est de constater le pouvoir des mots, les poètes sont considérés comme dangereux, et font peur ! Il souligne avec force la nécessité de prendre conscience que nous sommes une planète, et que les pratiques coercitives de personnes qui se réclament de l’Islam commettent un terrible contre-sens : mieux encore que sur l’amour, l’Islam repose sur la clémence et la miséricorde pour tous et dénonce dans la deuxième sourate du Coran les hypocrites. Isabelle Pellegrini (Scriptorium) évoque le caractère précieux des « instants de parole à l’air libre », tandis que Richard Martin (qui offre le cadre de son théâtre à la manifestation) espère faire souffler un vent plus fraternel. Le poète André Ughetto souligne, « la poésie est là pour interroger le réel », loin des prêt-à-penser officiels. Les chants du groupe Ghani apportent des airs de la Kabylie, chantent l’amour, le désert ; les poèmes d’Ashraf Fayad, portés par les voix unies de F. Donadieu, Lionel Mazari, Tania Sourseva, Isabelle Pellegrini, D. Sorrente, conjuguent la traduction des mots que Malika Mouaci (association Marseille Kabylie) lit en arabe. Les phrases de Ibn Arabi et de Goethe apportent leur force d’espérance, « les hommes sont les ennemis de ce qu’ils ignorent », « on peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin »… on se souviendra aussi de la performance de Viviane Campi, poète venue tout exprès de Gènes, la poesia e, la poesia non e, la poesia e… la soluzione ! »

Et l’humaine solidarité…

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2016

Cette soirée de soutien a eu lieu dans la salle Léo Ferré du Théâtre Toursky le 21 janvier.

Pétition de soutien à Ashraf Fayad sur le site change.org

Photo © Lino Cannizaro