Hommage au compositeur Georges Boeuf par Raoul Lay

Mort de Georges Boeuf

Hommage au compositeur Georges Boeuf par Raoul Lay - Zibeline

Ce mardi 25 août s’est éteint Georges Boeuf. Il était un grand compositeur, un immense pédagogue, un bâtisseur de citadelles artistiques, mon professeur et mon ami. Georges entretenait un rapport très personnel à l’écriture, une relation à la naissance des idées musicales acquise par sa pratique professionnelle du saxophone, ses plongées régulières dans les partitions de Debussy – surtout Pelléas et Mélisande –, ses familiarités avec les pionniers de l’électroacoustique, son métier d’arrangeur pour la variété et ses incursions cinématographiques dans les films de René Allio.
Ce cosmopolitisme de l’esprit en faisait un maître unique, une intelligence pure et amicale qui jamais ne traquait son reflet dans l’œil ou l’oreille de ses élèves. Il autorisait aussi, au creux de sa musique, des audaces esthétiques qui dénotèrent longtemps dans un monde où les citadelles du Sérialisme et de la Néo-tonalité s’étaient refermées sur la liberté des artistes.
En 1994, quand j’ai fondé l’Ensemble Télémaque, il bourdonnait à mes côtés, enthousiaste et pertinent, m’accouchant une seconde fois : après compositeur, il fallait que je devienne chef d’orchestre. Combien de fois m’a-t-il guidé au-delà d’obstacles que je pensais infranchissables ?
Sa disparition laisse un immense vide sur la scène des musiques de création, mais les œuvres sont là : Risées et Variasix, qu’il avait composé pour Télémaque, mais aussi Verlaine Paul, son opéra commandé par Nancy et redonné en 2003 à Marseille, une symphonie créée par l’orchestre philarmonique de Marseille en 2015 sous l’instigation du GMEM et de son directeur Christian Sébille, au total une soixantaine d’œuvres instrumentales, une vingtaine d’œuvres vocales, plus de quinze pièces électroacoustiques, des musiques de films, de scène, de danse, des œuvres pédagogiques… Georges nous laisse une source où puiser de purs joyaux qui n’ont pas tous été reconnus comme tels, la faute au parisianisme des uns et à la timidité des autres. Aujourd’hui, Il nous appartient plus que jamais, nous, ses élèves, ses interprètes, ses amis, de redonner vie à toute cette belle musique…

RAOUL LAY
Août 2020

Photo © Sophie Colas