La lutte contre les discriminations LGBTphobes au cœur de l’entreprise

Monde du travail et LGBT+ : on y bosse

La lutte contre les discriminations LGBTphobes au cœur de l’entreprise - Zibeline

La lutte contre les discriminations LGBTphobes commence à prendre un réel essor au cœur de l’entreprise. À Montpellier, les résultats sont palpables. Des détails avec deux militants.

À Montpellier, le tissu associatif LGBT+ est très riche et diversifié. On peut adhérer au Collectif uni de lutte organisée de tous les talents extraordinaires (créé en mars 2020, centré sur les artistes) ; ou à Rando’s Midi, dont le nom parle de lui-même ; ou à Folle de rage (« Pop music, drag queen, concerts et only good vibes »). 

Un domaine bien particulier est aussi représenté, celui de l’entreprise. Et heureusement. Trois chiffres nationaux indiquent la prégnance des problématiques concernant les personnes LGBT+ dans le monde du travail. 25% d’entre elles ont été victimes d’au moins une agression LGBTphobe sur leur lieu de travail, 50% ne s’y rendent pas visibles et 41% des employé.e.s entendent des propos LGBTphobes dans leur organisation. Ces données valent pour 2019, et ont été recueillies par L’Autre Cercle, association nationale créée en 1997, qui publie tous les deux ans les résultats de l’enquête menée sur ces sujets par l’IFOP. L’antenne montpelliéraine réunit une quarantaine de membres, tous bénévoles, dont Pascal Mauclair qui se félicite de constater que ce nombre important place la région Occitanie au 4e rang national. Des gays, des lesbiennes, des hétéros, des trans, qui agissent en profondeur et maillent le territoire en travaillant en lien avec d’autres associations suivant les lieux, lorsque qu’ils n’y sont pas représentés (LGBT+66 à Perpignan, ou la FACE (Fédération Agir Contre l’Exclusion), par exemple). Le tout « avec pragmatisme : il faut savoir se rendre compte de nos ressources. On ne peut pas être présents partout ». Les actions, axées sur la prévention et la sensibilisation, sont menées avec une patience de fourmi, souvent étalées sur plusieurs années, pour pouvoir installer une réflexion au cœur même des entreprises : « On commence à travailler avec le conseil régional de l’Hérault. On sait que cela se déroulera sur un temps très long. Avec d’autres entreprises, cela fait déjà deux, trois, quatre années que nous sommes en discussion, et on sait que cela prendra encore du temps ». 

Même notion du temps long chez Elian Bourgade, élu du syndicat UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) à Montpellier, qui explique que le travail de sensibilisation commence au sein de leur propre organisation. « On mobilise l’ensemble de nos élus sur les problématiques LGBT+. Notre porte d’entrée, c’est les CHSCT*. Auprès de ceux qui sont en charge de ces comités, ce n’est pas forcément simple. Pour des militants, il n’est pas encore franchement naturel de les faire aller sur ces secteurs-là. Ce n’est pas parce qu’on est représentant syndical qu’on est ouvert sur la question LGBT+. » Balayer devant sa porte avant de s’occuper de celle des voisins… Il raconte d’ailleurs qu’ils ont eu « toutes les peines du monde à mobiliser les militants à participer à la marche des fiertés ». En effet, lorsque le groupe de travail qui se mobilise plus particulièrement sur les problématiques LGBT+ a décidé, il y a quelques années, de se joindre aux chars des associations montpelliéraines lors de la Gay Pride, les mines se sont un peu renfrognées au sein de l’UNSA. C’est donc bien « un travail de longue haleine, qui fait qu’en ne se décourageant pas, les mentalités changent. Bon nombre de personnes chez nous ne sont pas à l’aise avec ça. On essaie par de multiples petites actions de faire avancer les choses ». 

Collaborations fructueuses
Et cela avance. Pascal Mauclair raconte qu’en 2020, ils ont « eu le Medef », ce qui est une bonne prise : cela consiste à obtenir une signature de la charte que L’Autre Cercle a élaborée ; un cadre formel qui définit des bonnes conduites à tenir et diffuser dans et par les entreprises signataires. Le message pourra ainsi passer dans tout le réseau d’entreprises locales du syndicat. « Attention, on n’est pas affilié à un parti ou un syndicat. On a aussi signé avec la CFDT par exemple. En 2020, on a travaillé avec les différents candidats aux élections municipales à Montpellier. Il était important de les interpeller, car la mairie et la métropole sont des gros employeurs, avec environ 4500 agents. » Son engagement personnel l’a mené à attraper un autre gros poisson. En 2015, collaborateur chez Sanofi, il avait « repéré que la réflexion sur l’inclusion n’était pas aussi mature que dans d’autres grosses entreprises comme Orange, Volvo ou Dell. Je me suis dit que ça serait quelque chose à travailler. » Il est alors devenu bénévole à L’Autre Cercle. « Ça m’a pris deux ans pour organiser la première journée d’inclusion LGBT+ à Sanofi. Trois ans plus tard, l’entreprise est devenue signataire de la charte. Et on a eu en sponsor le nouveau président de Sanofi France. Donc voilà, quand on est un petit cadre de province, on arrive malgré tout à faire bouger une structure qui a plus de 25 000 collaborateurs en France ! » Belle victoire. Qui permettra peu à peu de voir se mêler les conversations des uns et des autres autour de la machine à café, sans que les personnes LGBT+ soient obligées d’inventer « un Florian au lieu d’une Floriane », ou d’encourager les salarié.e.s à faire signaler un comportement LGBTphobe à sa direction, sans craindre d’être lui.elle-même « catalogué comme un gay possible ». Ce travail de prévention et d’accompagnement permet aussi de réduire l’absentéisme de façon significative et même d’encourager les boursicoteurs à se tourner vers les entreprises qui sont les mieux cotées quant à leurs pratiques d’inclusivité. 

Vannes à deux balles
Avec des formations proposées dans le secteur public ou privé, la présence avec des stands devant les facultés ou les grandes écoles (Supagro à Montpellier), « on essaie d’être l’aiguillon qui oblige l’employeur à mettre en place des dispositifs pour que ces choses-là s’arrêtent », précise Elian Bourgade. Ces choses-là, ce sont « les vannes à deux balles qu’on peut encore entendre dans les vestiaires », ou plus graves, et dans ce cas l’UNSA met en place un accompagnement pénal. Comme pour L’Autre Cercle, le militant explique que son syndicat développe et consolide l’action en s’appuyant sur les savoir-faire et les réseaux des différentes structures du tissu associatif. « Il y a un vrai terreau sur l’Hérault. Et tout le monde travaille dans le même sens, sans se tirer la bourre. »

De grandes constantes persistent malgré tout. Au niveau politique, Pascal Mauclair rappelle que lors de l’assemblée générale du conseil départemental des 14 et 15 décembre derniers, après trois ans de discussion, les élus ont signé à l’unanimité la charte, sauf deux, qui se sont abstenus : ceux du Rassemblement national… On constate aussi que dans certains secteurs, le secondaire particulièrement, ou les milieux ruraux, les mentalités évoluent peu, encore enfermées dans une homophobie très ancrée. Mais attention aux idées reçues : « C’est vrai que dans le secteur industriel c’est plus compliqué. Mais il y a aussi des contre-exemples raconte Pascal Mauclair : on a dans notre association une femme trans qui est retraitée. Elle était conducteur d’engins dans le BTP et a fait sa transition il y a presque 30 ans, ce qui a été très bien été accueilli par son équipe, son chef, par tout le monde. Dans un territoire très rural et dans le BTP, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle se fasse brûler sur la place publique. Et ça a été tout à fait le contraire. »

De quoi souscrire à l’optimisme d’Elian Bourgade : « Je pense que les choses changent. Lors de nos congrès nationaux, on a maintenant toujours un point sur ces questions-là, et lorsqu’elles sont abordées, on n’a pas la moitié de la salle qui sort pour boire un café ! »

ANNA ZISMAN
Avril 2021

* Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail

Photo : Marche des Diversités, Montpellier 2019 © Unsa