Marcel Maréchal, fondateur de la Criée et personnage majeur du théâtre et de la culture à Marseille, nous a quittés

Hommage à Marcel Maréchal

Marcel Maréchal, fondateur de la Criée et personnage majeur du théâtre et de la culture à Marseille, nous a quittés - Zibeline

Mon Merlin l’enchanteur

C’était en 1977, j’avais 11 ans. Avec ma classe de 6e, pour la première fois, j’allais au théâtre, voir Merlin l’enchanteur. Au Théâtre du Gymnase. On était tout en haut, dans la promenade, debout tout du long, émus ensemble, transportés. Depuis ce jour l’amour du théâtre ne m’a pas quittée, ce bonheur quand les lumières s’éteignent et que les acteurs apparaissent, ce plaisir de leur présence véritable dans un espace qui, pourtant, n’est pas tout à fait réel…

Marcel Maréchal m’a conduite au théâtre. Avec la magie de Merlin, puis avec les Trois Mousquetaires, le capitaine Fracasse, cette culture populaire qu’il revisitait comme un enfant. Puis il m’a fait aimer Vauthier, Audiberti surtout, Louis Guilloux. Et il a aiguisé mon sens critique parce qu’il ne connaissait pas ses textes, bafouillait, ouvrait les bras et partait en funambule sur des sommets improvisés. Parce qu’il ne comprenait pas Genet, ne s’intéressait pas aux pièces de femmes, montait Beaumarchais comme un Labiche, Brecht, Shakespeare et Tchekhov comme un Beaumarchais… et Novarina comme il aurait dû monter Shakespeare !
Mais justement c’est à La Criée, dans ce théâtre qu’il avait fondé, que je suis venue au monde. À ce second monde que j’aime tant hanter aujourd’hui encore, même lorsque j’y suis déçue, parce qu’il suscite la parole, la relation, l’ouverture. Le débat, la critique, l’écriture. La vie, le plaisir, la pensée, la joie.

Marcel Maréchal nous a quittés alors que nous sommes encore privés de spectacle. Que nos corps réclament de se retrouver, côte à côte, le regard tourné vers le même horizon, la même fable, la même illusion incarnée. Plus que jamais nous avons besoin de théâtre. Ancien, nouveau, exigeant, populaire, et toujours d’aujourd’hui.

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2020

Photo : Marcel Maréchal et Louis Guilloux © X-D.R.

 


Photo : Marcel Maréchal © CC – Fernand Michaud

Salut patron, 

Ciao l’artiste…

Tu t’en vas le jour où nous allons annoncer la construction d’un nouveau théâtre.

Tu t’en vas, tu me laisses mais tu es toujours là.

Ce que nous créons, ce que nous inventons, c’est une part de ce que tu m’as enseigné.

Tu as incarné pour moi l’état tripale du théâtre : comment avoir ça dans le sang, comment le vivre avec ses tripes, comment ne pas pouvoir vivre sans, comment être dans le théâtre, comment vivre avec…

Tu as été le héraut, le porte-voix du théâtre marseillais.

J’ai essayé, à ma manière, de prendre ta suite.

Tu as été l’artiste, le patron, l’ouvrier, le spectateur, la grande gueule de cet art dans notre ville.

Aujourd’hui, alors que je me rends à une conférence de presse pour annoncer quelque chose qui t’aurait enthousiasmé, je me sens à la fois vide et plein de toi.

Un théâtre populaire, une grande baraque en bois, du maquillage et des costumes, du cirque et du guignol…

Je vais demander que la rue qui y mènera porte ton nom…

Salut l’artiste, salut patron, salut à toi qui fut mon père du théâtre…

Filialement.

DOMINIQUE BLUZET
Directeur des Théâtres