Une performance dansée par des migrants LGBT dans le cadre de Manifesta 13 Marseille

Migrations dansées

• 3 octobre 2020 •
Une performance dansée par des migrants LGBT dans le cadre de Manifesta 13 Marseille - Zibeline

Dérives chorégraphie le parcours de migrants LGBT à Marseille. Une performance dirigée par Liam Warren dans le cadre de Manifesta 13 Marseille.

« Tout mouvement peut être une danse. » Liam Warren l’affirme avec conviction. Ce chorégraphe canadien de 31 ans dirige une performance atypique qu’il a intitulé Dérives. Les danseurs non professionnels sont aussi migrants et LGBT. La singularité du projet a convaincu la biennale d’art contemporain Manifesta 13 de l’intégrer dans sa programmation. Fouad, Mohamed, Baï, Ibrahim, Anis, Ramzia, Souleymane et Moussa se sont rencontrés dans le cadre d’un groupe de parole, initié par ces deux derniers, qui se réunit tous les vendredis au Spot, centre de santé sexuelle de l’association Aides, à Marseille. Ils viennent du Mali, de Côte d’Ivoire, du Nigeria, de Sierra Leone, de Syrie ou encore du Maroc. L’idée de construire une œuvre chorégraphique vient de Moussa, en préparant une exposition pour laquelle il a rassemblé témoignages et photographies de réfugiés porteurs du VIH ou du virus de l’hépatite C. L’émergence de mots, d’images et de ressentis si différents l’a incité à aller plus loin.

Proche de l’institut Calem du docteur et imam gay marseillais Ludovic Mohamed Zahed, lui-même cofondateur du réseau culturel Aoziz of inclusion avec le chorégraphe Andrew Graham, il demande à ce dernier comment donner corps à la diversité des parcours ainsi retracée. La mission est alors confiée à Liam Warren d’imaginer une pièce. Cet ancien de l’École nationale de ballet du Canada, de l’école d’Alvin Ailey à New-York puis du Ballet Preljocaj à Aix-en-Provence pendant sept ans, a déjà travaillé sur la thématique de la migration dans le cadre d’ateliers au musée de la Porte dorée à Paris. Pour Dérives, le Canadien installé à Marseille a souhaité soustraire de la notion de migration ses contingences, comme les divers moyens de transports, pour ne garder que le fondamental, c’est-à-dire le déplacement des corps d’un endroit à un autre. « Il y a tellement de vécus et d’expériences différentes dans le groupe qu’il est impossible de donner une vision singulière. Pour trouver une cohérence qui respecte chacun, une voie qui unit tous les participants, j’ai eu une réflexion sur la marche dans toutes ses formes. »

Pas besoin d’artifice

Au fil des répétitions hébergées par la compagnie Christophe Haleb, le collectif se rode aux exercices de déambulation, d’improvisation et d’occupation de l’espace, notamment en réduisant ou au contraire en augmentant les distances entre chacun. Autre entraînement : observer les mouvements de l’autre et tenter de les calquer sur son propre corps, en duo ou trio symétriques. Les indications sont données en trois langues : français, anglais et arabe pour permettre un même niveau de compréhension. L’ambiance est survoltée. Les youyous compulsifs. Et les envies d’expression individuelles peinent à se canaliser dans la dynamique collective.

« Ce n’est pas parce qu’on n’est pas au centre que les gens ne font pas attention à toi », rassure Liam. « Il y a une bonne atmosphère de travail. Leur idée de la danse est marquée par la culture de leur pays. Aucun n’avait une vision de ce qu’était la danse contemporaine occidentale. On a trouvé un langage commun à travers la marche et tout le monde a trouvé sa place, dans un même élan. » Le sujet de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre n’est pas mis en lumière. « C’est une évidence. Leur présence n’a pas besoin d’artifice. » « Je ne savais même pas ce qu’était une performance », confirme Moussa, bien que danseur dans une troupe de théâtre dans son Mali natal. Arrivé à Marseille en 2015, ce militant à Aides de 32 ans trouve dans cette expérience un prolongement, « une visualisation de [son] combat ». Et l’occasion de montrer que les migrants ne sont pas que dans l’attente et la demande. « On peut apporter aussi beaucoup de choses ». Danser en témoigne.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2020

La performance Dérives sera réalisée le 3 octobre à la Vieille Charité, Marseille

Photo © Ludovic Tomas

La Vieille Charité
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