Entretien avec Michèle Rubirola, élue EELV, sur la politique culturelle du Printemps marseillais

Vers un printemps culturel Marseillais ? Réponse de Michèle Rubirola

Entretien avec Michèle Rubirola, élue EELV, sur la politique culturelle du Printemps marseillais - Zibeline

Le Printemps Marseillais, mouvement sans précédent qui allie les gauches à Marseille, a-t-il un programme culturel ? Enquête sur les désirs et les visions de chacun…

La question a été posée par Zibeline, en conférence de presse, lors de l’annonce officielle de la naissance du Printemps Marseillais. Le mouvement de rassemblement des gauches et des engagements associatifs a-t-il un programme culturel, une commission culture ? Vaguement évoquée dans un des quatre piliers fondateurs (égalité, écologie, activité économique, démocratie), la culture ne serait-elle qu’une question d’égalité ?

Enquêtant plus avant, Zibeline a interrogé les quatre principaux courants politiques de ce printemps, ainsi qu’un membre du collège citoyen.

Contrairement à l’impression de flou qui pouvait se dégager des prises de positions jusqu’alors, une grande cohérence des réponses apparaît, et des lignes de force communes : participation citoyenne, démocratisation, proximité, pratique artistique, mais aussi soutien affirmé aux artistes, refus de la culture spectacle, dénonciation de l’instrumentalisation s de la culture à des fins de communication…

Des propositions concrètes sont avancées, des moyens pour y parvenir, avec des nuances de priorité selon les tendances. Mais tous mettent la culture, les artistes, les habitants au cœur de ce printemps désiré…

Ils ont cependant un autre point commun : Aldo Bianchi, président de l’association Marseille et moi, Jean-Marc Coppola (PCF), Michèle Rubirola (EELV) Benoît Payan (PS) et Sophie Camard (FI) ont tous ont été extrêmement prolixes ! L’ensemble dessine un programme…


Entretien avec Michèle Rubirola, Conseillère départementale EELV, Membre du Printemps Marseillais

Zibeline : Quelle est la place de la culture dans ce Printemps Marseillais ?

Michèle Rubirola : Notre Printemps marseillais sera un printemps des cultures ou il ne sera pas ! Nous écologistes nous parlons de cultures avec un S, pour soutenir toutes les pratiques artistiques et les droits culturels au sens de la Déclaration de Fribourg.

Les pratiques artistiques doivent prendre une part plus importante, notamment dans nos écoles : arts plastiques, graphiques, musiques du moment, art du spectacle, avec la préoccupation d’ouvrir davantage ces formes d’art au public en général.

La culture c’est créer, partager, participer et ce sont ces 3 axes qu’il faut prendre en compte au sein d’une politique culturelle écologique. En favorisant, soutenant et promouvant la culture et les artistes locaux.

Quel bilan tirez-vous de la politique culturelle de la Ville de Marseille ?

Le constat immédiat est la différence entre culture et spectacle : à Marseille la priorité est donnée aux spectacles en grande pompe pour grand public (élection de Miss France, Road trip, spectacle de rue certes magnifiques mais très chers…). Les salles publiques manquent cruellement pour les répétitions, des productions, de la pédagogie faite par des associations culturelles, des artistes locaux.

On ne peut pas dresser un bilan sans parler de Marseille-Provence 2013 qui a pesé sur les politiques publiques et a été symptomatique. L’effet MP2013, gagné à partir de ses quartiers et de ses habitants, devait apporter un nouveau regard sur les politiques publiques, mais il s’est passé finalement le contraire ! Marseille est tombée dans le piège de toutes les villes labellisées qui cherchent à améliorer leur image et à entrer en concurrence avec les autres : la requalification urbaine visant le tourisme a pris le pas sur les projets pérennes avec les habitants et le dialogue avec l’Europe et la Méditerranée.

Quels sont les axes principaux de la politique culturelle que vous comptez mettre en place ?

Au niveau participation, il faut mettre en place un plan lecture avec la création d’une bibliothèque municipale par arrondissement. Avec des horaires adaptés à une fréquentation maximale et sortir des horaires 10h/17h et fermeture le dimanche et pendant les vacances scolaires. Il faut créer des bibliothèques qui soient de véritables lieux de ressource ouverts à la convivialité, avec café, coin restauration ouvert sur l’extérieur afin de briser les tabous et les représentations. Et lever la barrière financière, avec des concerts gratuits au conservatoire, des bourses pour la pratique artistique des enfants, des prêts d’instruments…

L’espace public doit redevenir un lieu que les Marseillaises et les Marseillais doivent pouvoir investir, sans qu’on les empêche comme c’est de plus en plus le cas ces dernières années. Le bouillonnement culturel de notre ville doit pouvoir s’exprimer pleinement. En disant cela, je pense à Steve, mort à Nantes… faire la fête est un droit politique, nous devons protéger ce droit.

Comment comptez-vous financer cette politique culturelle ?

Un budget municipal, ce sont des choix de répartition de l’argent disponible. Nous voulons faire du budget de la culture un des budgets prioritaires de la ville, faire de l’accès à la culture un véritable levier de lutte contre les inégalités sociales. Il s’agit de faire des choix de financement opportuns : non au road trip, aux spectacles de sport de glisse en pleine lutte contre le réchauffement climatique. Non à la participation financière de l’élection de Miss France. Nous devons économiser sur ces postes pour augmenter les moyens de production des artistes et dégager des fonds pour la culture qui est réellement utile aux Marseillaises et aux Marseillais, et qui ne dégrade pas le climat.

Quel message voudriez-vous adresser aux acteurs culturels et aux artistes de la ville ?

Il faut favoriser la création locale en permettant aux artistes locaux de travailler dans de bonnes conditions, et de sortir de la précarité et de l’incertitude. Nous mettrons en place des dispositifs de soutien pour ces artistes, des résidences d’auteur.e.s, des mises à disposition gratuites de lieux public (théâtres municipaux, conservatoire…) pour les associations culturelles. Il faut favoriser les Tiers Lieux, et créer des conventions de partenariat de 3 ans entre les associations culturelles locales et la Ville de Marseille, pour se projeter dans le temps long.

Qu’est-ce pour vous qu’une démocratie culturelle, et est-ce ce que vous souhaitez pour Marseille ?

Il faut sortir des murs, aller vers les gens, dans les écoles et cela dès la crèche. Il y a une nécessité de soutien important par la municipalité des associations culturelles et éducatives œuvrant en milieu scolaire, avec une liberté de création et d’indépendance des porteurs de projets. L’art pour l’art, c’est important !

Il faut organiser des visites de musée pour l’ensemble des écoliers marseillais pendant le temps scolaire, impulser des projets créatifs lors du temps périscolaire, accompagner des structures engagées auprès des publics précaires ou migrants pour favoriser l’accès à la culture. Mais il faut aussi rendre la culture visible par tous en réduisant la place de la publicité dans les lieux publics. Les lieux publics doivent permettre à chacun de croiser l’art et la connaissance. Et faire des lieux culturels de véritables lieux de vie ouverts et conviviaux…

Entretien réalisé par DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2019

Photo : Michèle Rubirola c X-D.R.