La métropole avance vers Marseille, mais Aix résiste...

Métropole : Marseille marque un point

La métropole avance vers Marseille, mais Aix résiste... - Zibeline

La décision était attendue avec impatience de part et d’autre. Opposants et partisans de la métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) savaient qu’un round décisif se jouerait dans la salle de délibération du Conseil Constitutionnel. L’instance examinait la validité de « l’amendement Gaudin ». Ainsi nommé car c’est le sénateur Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, qui le fit voter, ce qui accroît le nombre de conseillers marseillais dans l’assemblée de la métropole (108 sur 240).

Contestant cette répartition trop favorable à Marseille selon eux, Robert Dagorne et Roger Pellenc, maires d’Eguilles et Pertuis, avaient déposé un recours. Tous deux membres de la Communauté du Pays d’Aix (CPA), ils étaient soutenus par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, présidente de la CPA, et opposante résolue à la métropole (voir le premier volet de notre dossier, Métropole ou monopole ?).

Écarts et proportions

Le 19 février, les Sages ont tranché et estimé que la disposition n’était pas contraire à la constitution, qu’elle n’entravait pas au principe d’égalité et, au contraire, qu’elle permettait une plus juste répartition des conseillers entre les communes.

Le Conseil Constitutionnel a argumenté en assurant que la mesure préservait l’intérêt des petites communes en réduisant « les écarts de représentation entre les communes les plus peuplées et les autres. » Résultant « des écarts démographiques particulièrement prononcés entre les communes membres », cette répartition proportionnelle permet que « la représentation des communes les plus peuplées de la métropole se rapproche de la représentation moyenne de l’ensemble des communes. »

Autrement dit, si la mesure avantage Marseille, qui à elle seule représente plus de 40% des 1,8 millions d’habitants d’AMP, elle favorise également, en proportion, les petites communes. Très difficile à entendre dans les communes moyennes comme Martigues ou Aix qui vont entrer dans une métropole gérée par une ville aux écoles délabrées, aux transports publics déficients, à la saleté légendaire, aux écarts territoriaux record.

Légalement, le débat est clos. Sur le terrain, c’est une autre histoire. Certains opposants historiques se sont résolus à accepter la décision. La « monstropole », comme ils l’appellent, est sur les rails, il faut composer avec et tenter de peser de l’intérieur. Sur cette ligne, Georges Cristiani, maire de Mimet et président de l’Union des Maires des Bouches-du-Rhône, indique que « les maires doivent désormais faire en sorte que l’intérêt communal soit entendu dans ce nouvel étage administratif français ».

« Guerre totale »

Pour d’autres, la nouvelle ne passe pas et ils sont déterminés à maintenir le blocage. Ainsi, le maire de Pertuis envisage de porter l’affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Dès la délibération des Sages annoncée, Maryse Joissains a, quant à elle, promis « une guerre totale ». Particulièrement remontée, elle s’est indignée contre « des décisions autoritaires et arbitraires », refusant de « donner les clefs du coffre-fort ».

Car, surtout pour le prospère Pays d’Aix, l’enjeu majeur est là : ne pas laisser s’échapper ce que son territoire a su construire au profit de Marseille. Et ne pas perdre la souveraineté sur des choix stratégiques de développement. La maire d’Aix demande à son conseil municipal de « refuser d’entrer dans la métropole » et appelle le Gouvernement à « organiser un référendum », façon Notre-Dame des Landes. Une requête qui a peu de chances d’aboutir : au sommet de l’État, où est né le projet AMP, on s’est félicité de la décision du Conseil.

« Au travail »

À Marseille également, on savoure la victoire, à droite comme à gauche. AMP a ceci de singulier : elle explose les clivages politiques, chez les opposants comme chez les partisans. « Assez perdu de temps, mettons-nous au travail » déclaraient en substance les ténors socialistes et ceux de la majorité municipale.

Reste encore à régler la situation de la présidence d’AMP. L’élection de Jean-Claude Gaudin a été annulée, mais il a fait appel et reste en poste. Gaby Charroux, maire de Martigues, souhaite sa démission pour procéder à une nouvelle élection*. En attendant, AMP est censée se réunir d’ici fin avril pour voter son premier budget. Ambiance garantie…

JAN-CYRIL SALEMI
Mars 2016

* Mise à jour 8 mars 2016 :
Hier, Jean-Claude Gaudin a annoncé sa démission de la présidence d’AMP et sa volonté de se représenter lors de nouvelles élections qui auront lieu d’ici fin mars. Maryse Joissains, a réagi aussitôt et souhaité que M. Gaudin ne se porte pas candidat.

À noter
Nous poursuivrons notre enquête dans les prochains numéros de Zibeline

Photo : Marseille © Jan-Cyril Salemi