L'électro pop poétique de Words (Without), dernier album de Martin Mey

Martin Mey, enfant de la brume sous le soleil

• 22 mars 2019, 11 avril 2019 •
L'électro pop poétique de Words (Without), dernier album de Martin Mey - Zibeline

Son nom sonne anglais, mais Martin Mey est un gars bien de chez nous. Son dernier album, Words (Without), mêle ses influences pop-folk d’hier à une électro poétique émaillée de piano et de mots. Rencontre avant deux dates dans la région

Zibeline : D’où te vient cette sensibilité mélancolique, plutôt épurée et sombre ?

Martin Mey : J’ai plutôt une culture très anglo-saxonne, j’ai grandi loin du soleil même si je suis installé près de Marseille depuis quinze ans. Après, c’est mon parcours de vie qui fait que j’ai une grande tendance à la mélancolie. C’est par ce biais-là que je m’exprime le mieux artistiquement. Maintenant, le fait d’être ancré dans le sud me pousse à me tourner de plus en plus vers la lumière. Il y a un mélange entre ces deux origines : les brumes anglaises d’un côté, le soleil de l’autre.

Pourquoi le titre Words (Without) alors que tu chantes ? On n’est pas vraiment sur une absence de mots…

Je suis heureux d’avoir trouvé ce titre parce qu’il est à la fois énigmatique et parlant. L’expliquer n’est pas le truc que je préfère faire. Il fait référence à un morceau qui s’appelle Words. Le texte de cette chanson évoque ce qu’on peut se dire sans avoir besoin de mots. La complicité sans le langage verbal. Ce qui compte c’est le langage de la musique. Sur l’album il y a des morceaux instrumentaux et d’autres avec de la voix, mais ce ne sont pas vraiment des paroles : ça répond au fantasme d’écrire des chansons sans paroles, que les gens peuvent s’approprier. Et il se trouve que la musicienne Paulette Wright a chanté dessus. Elle a disparu entre temps et ça a été un épisode très difficile de la création. Ça parle aussi des moments où on peut simplement rester sans voix.

Que raconte cet album ?

Les thèmes centraux restent le lien à l’autre et l’absence. Je raconte des histoires personnelles avec l’intention de transmettre une émotion. Je parle du lien sous toutes ses formes, avec en toile de fond une mélancolie parce que ces relations ne sont pas toujours simples. Il y a parfois plus d’absence que de présence. Mais ça n’empêche pas cette envie de se tourner vers la lumière.

Quelles ont été tes influences ?

Je me suis replongé dans le jazz ou les musiques sérielles type Steve Reich ou Philip Glass. Dans la musique de films aussi, Ennio Morricone notamment. Pour l’électro j’ai été beaucoup influencé par les collègues de la scène marseillaise comme Simon Henner, ou des références classiques : Daft Punk. J’oublie souvent de mentionner Chilly Gonzales et ses œuvres hybrides qui me parlent vachement. C’est un pianiste virtuose et en même temps il fait de l’électro, du rap. Enfin le pianiste Nils Frahm, une grande référence pour tout ce qui est instrumental.

Dis-nous en plus sur l’univers visuel de l’album, et du clip And a child

On a réussi à faire un univers visuel complet, de la pochette aux clips et les sessions. Ce n’est pas évident pour moi de maîtriser cet aspect en dehors de la musique, mais plus ça va plus je deviens un peu plasticien. Le tape art est devenu quelque chose d’hyper important pour moi. C’est l’art de dessiner avec du scotch. Le visuel de l’album c’est du scotch sur de la pierre, et sur un mur en bois. Ce n’est pas agressif mais ça fait partie de la culture street art. Pour le clip de And a child, on a fait un très beau travail en noir et blanc. C’est très contrasté et graphique, avec un côté un peu spirituel et mystique.

Comment te sens-tu en tant que musicien électro, ici à Marseille, avec ce que tu proposes ?

Il y a toujours un côté fascinant et inspirant. Je pense que ça vient du côté très brouillon de cette ville qui est très lumineuse en même temps. C’est vrai que j’ai un tempérament à faire une musique typée « nordique », des sons de la brume, et que je suis accueilli différemment quand je fais des concerts dans le nord de la France. Mais je ne crache pas du tout sur le public marseillais. C’est simplement qu’il y a une culture différente. C’est plus difficile de toucher les gens ici avec la musique que je fais quand on est en concurrence avec le soleil.

Propos recueillis par ELLORA POSSENTI
Février 2019

A VENIR
22 mars
Musée Regards de Provence, Marseille
11 avril
Festival Faveurs de Printemps, Théâtre Denis, Hyères
martin-mey.com

Photo 1 : MARTIN MEY © Seb Houis