Rencontre à Cannes sur la diffusion du cinéma à Marseille

Marseille : plus de sièges mais moins d’art

Rencontre à Cannes sur la diffusion du cinéma à Marseille - Zibeline

La capitale de la Région, en manque criant de salles de cinéma, cherche des solutions. Une rencontre à Cannes faisait le point sur ses avancées.

Une diffusion cinématographique renouvelée était organisée par la Ville de Marseille en partenariat avec la Région SUD. Séréna Zouaghi, déléguée à la Mission Cinéma et Audiovisuel, voulait faire le point dans cette ville, longtemps sous équipée, sur les changements occasionnés par l’ouverture récente de La Baleine et de l’EuropaCorp Joliette. Le directeur du cinéma du CNC, Xavier Lardoux, a donné les derniers chiffres : Marseille compte aujourd’hui 13 établissements dont 4 multiplexes, 4 cinémas de taille moyenne et 5 mono écrans. 1 fauteuil pour 75 habitants (contre 1 pour 95 en 2018), ce qui reste encore en deçà de la moyenne nationale (1 pour 30 à Lille ou Lyon). Le taux de fréquentation, passé de 2,8 films par habitant est également inférieur à la moyenne nationale (3, 3). Et le point le plus noir reste l’Art et Essai : 2% de fréquentation pour un taux national de 17% !

Xavier Lardoux a donc insisté sur ce retard à combler et a exprimé la volonté du CNC d’accompagner davantage le cinéma d’auteur, afin que les Marseillais puissent accéder à l’ensemble des œuvres sans forcément aller à Aix… Deux dispositifs de soutien sont proposés, l’un pour la rénovation et l’extension de lieux, l’autre au titre de la programmation. De plus, le CNC a décidé d’accompagner les exploitants en proposant des formations gratuites sur le « marketing digital ». Sur ce terrain, le portail numérique Séances spéciales porté par Cinémas du Sud & Tilt, et présenté par Sylvain Bianchi, va permettre de valoriser les salles et les festivals et de créer un lien avec les spectateurs.

Chacun son enjeu

Sébastien Cavalier, directeur de l’Action Culturelle, a parlé de l’ouverture d’une 2e salle à l’Alhambra, élu dernièrement cinéma préféré des Français, et a évoqué la rénovation possible de la salle du Merlan. Mais la différence des enjeux était criante : Frédéric Perrin, qui a investi plus de 4 millions pour rénover Le Prado, craint, avec l’arrivée de l’EuropaCorp, une baisse de son public. D’autres exploitants regrettent que les aides ne soient que pour l’Art et Essai, comme Didier Tarizzo (Bonneveine, Les 3 Palmes, UCF Cinémas) qui, pour « contenter le client », souhaiterait que la limitation du même film dans plusieurs salles soit assouplie. Mais qu’en serait-il alors des films plus fragiles ?

Du côté du cinéma d’auteur, Jean Mizrahi (Les Variétés, Le César) a évoqué le retard des travaux de rénovation, à cause de l’amiante, a parlé de ses choix : augmentation des salles et réduction des sièges pour un meilleur confort des spectateurs. Il a annoncé la réouverture des Variétés pour fin juin. Thomas Ordonneau (Le Gyptis, La Baleine qui accueilli 20 000 spectateurs en 6 mois) a expliqué les choix de programmation qui laissent du temps aux films, luttant ainsi contre « leur obsolescence ». Quant à Philippe Dejust (Artplexe) a précisé que son grand cinéma du haut de la Canebière, initialement 100% Art et Essai, sera à 60% « commercial, dans un quartier populaire en pleine rénovation ». Il ouvrira donc fin 2021, sans rétablir l’équilibre entre art et industrie face à l’EuropaCorp…

Au-delà des projections

Zoé Gardin (Le Mucem) a parlé de sa volonté d’accueillir les festivals et des cycles de cinéma. Valérie Fédèle (La Buzine qui a reçu 25 000 spectateurs) a annoncé l’exposition La Cité du Cinéma. William Benedetto (Alhambra) a insisté sur l’éducation à l’image et la nécessité d’un état des lieux des dispositifs. Claire Lasolle (LeVidéodrome2) a souligné l’atypisme du lieu, sa fréquentation par un public jeune grâce au numérique et à la création.

Pour conclure le Directeur du cinéma du CNC a réaffirmé la volonté nationale d’accompagner le renouveau des centres-villes, en faisant en sorte que les cinémas « puissants vecteurs pour l’aménagement du territoire » soient des lieux de convivialité. L’important reste que l’on puisse enfin voir, dans cette ville, tous les films du monde !

ANNIE GAVA
Juin 2019

Photo : -c- A.Gava