Le maire de Marseille Benoît Payan a déclaré la ville en état d’urgence culturel

Marseille « en état d’urgence culturel »Vu par Zibeline

Le maire de Marseille Benoît Payan a déclaré la ville en état d’urgence culturel - Zibeline

La proposition du maire Benoît Payan veut provoquer un électro-choc pour construire des perspectives de reprise dans le secteur culturel et responsabiliser l’État

Une formule lâchée comme une bombe. Entouré de son adjoint à la culture Jean-Marc Coppola (PCF) et de sa prédécesseure et désormais première adjointe Michèle Rubirola (EELV), le maire de Marseille Benoît Payan (PS) a annoncé devant un auditoire conquis -et acquis- l’intention de la municipalité de « déclarer la ville en état d’urgence culturel ». Le rendez-vous avait été pris la veille de ce mercredi 26 janvier, date à laquelle l’édile s’est invité sur la scène nationale du Zef pour échanger avec un panel d’acteurs culturels de la ville sur leur situation et leurs attentes. Benoît Payan n’était pas en bras de chemise et n’a infligé aucune leçon. La rencontre du Zef fut en tous points à l’inverse de celle de l’Elysée organisée par Emmanuel Macron dans les premières semaines de la pandémie. À part un, peut-être : le petit groupe de participants semble avoir été méticuleusement choisi pour couvrir les différentes disciplines du champ artistique et culturel. Et comme à l’Elysée, leur parole pouvait difficilement représenter l’immense diversité d’un secteur. Toutefois les réactions ont été unanimes : l’initiative du premier magistrat de la deuxième ville de la cinquième puissance mondiale « fait du bien ». Sur le fond comme sur la forme. « N’ayez pas de filtre », rassure Benoît Payan.

Différences de traitement

Lançant la discussion, la directrice du Zef Francesca Poloniato rappelle la violence du terme « non essentiel » pour les métiers de la création et se désole de « l’entre-soi » induit par la tenue de spectacles devant des publics restreints aux professionnels. « Décider de mettre la culture en berne, c’est nous enlever une part de nous-même », l’appuie le maire pour qui « on essaie par dose homéopathique d’anesthésier la société ». Et d’affirmer : « Nous devons rouvrir les lieux, c’est une nécessité absolue ». Un état d’urgence culturel peut-il y aider ? Oui, si celui-ci n’est « pas qu’un mot » et s’accompagne d’un « manifeste construit en commun » sous la forme d’« une interpellation portée par tous les acteurs dans leur diversité. Le préfet nous trouvera déterminé et ensemble », assure Benoît Payan. Car l’enjeu est aussi là : impliquer et responsabiliser l’État et donc le Gouvernement quand ici ou là se font jour des « différences de traitement selon les préfectures », relève Francesca Poloniato. Pour Anne Guiot, directrice de Karwan, structure sise à la Cité des arts de la rue, « après les villes de Bourges et d’Avignon qui commencent à se positionner », l’initiative marseillaise doit « redonner un espoir », notamment aux étudiants dont l’actualité met en lumière les souffrances et le désœuvrement. « Nous ne sommes pas dans le monde d’après mais dans le monde d’avant et les acteurs culturels peuvent y contribuer », synthétise William Benedetto, directeur du cinéma L’Alhambra dans les quartiers Nord de la ville.

Concert test au Dôme

Si la santé est la préoccupation de tous, celle-ci est appréhendée dans sa globalité, dans sa dimension physique autant que morale, cette dernière dépendant des « relations entre les gens », comme le souligne, parmi d’autres, l’élue médecin Michèle Rubirola. « L’état d’urgence se justifie aussi parce que Marseille connaît une grande précarité », complète Jean-Marc Coppola qui pointe une « non-assistance à personne en danger social et psychologique ». Les acteurs culturels n’ont pas attendu les pouvoirs publics pour se relever les manches et mettre en place des réflexions qui suscitent parfois le débat. Directeur de Lieux publics, centre national des arts de la rue, et membre du syndicat Syndeac, Pierre Sauvageot évoque un grand plan national pour permettre la reprise des activités en extérieur « où l’on sait que le virus circule moins ». « Il ne faut pas entrer dans le clivage intérieur/extérieur, sain/malsain », alerte Francesca Poloniato. Béatrice Desgranges, directrice du festival Marsatac, coordonne en lien avec l’Inserm l’organisation d’un concert test prévu au Dôme qui pourrait « plaider pour la réouverture des salles », à l’instar de celui réalisé en Espagne et sur lequel la ministre Bachelot s’est penchée. Banco côté mairie, à condition d’y inviter le Gouvernement et de lui demander d’en assumer les conclusions. Dernière arrivée dans le paysage culturel local, (LA)HORDE a replacé le débat au niveau de deux des enjeux cruciaux : « le choix de société » et « la construction de nouveaux imaginaires. La politique culturelle française a-t-elle construit des forteresses ou des lieux que l’on peut traverser ? On a l’impression que la culture se prépare depuis des années à jouer un rôle dans ce qui est en train de se déconstruire et de s’effondrer », note Arthur Harel, du collectif directeur du Ballet national de Marseille. « On est au début d’un mouvement », espère timidement Jean-Marc Coppola.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021

Cette rencontre s’est déroulée le 26 janvier au Zef, à Marseille. Y ont également participé Christian Sebille, directeur du Gmem, Caroline Séguier de l’association Planète Emergences et Soly Mbaé Tahamida du centre culturel B.Vice de la Savine

Photo : @ villedemarseille