Entretiens croisés avec Thomas Posetti et Soraya Guendouz sur les États généraux de Marseille

Marseille en ébullition participative

Une soixantaine de collectifs, syndicats et associations à l’initiative, un millier de participants et une volonté unanime de continuer dans la diversité des aspirations : les États généraux de Marseille ont marqué une étape décisive dans l’après-5 novembre.

Des états généraux et après ?

À huit mois des élections municipales, les stratégies citoyennes suscitent le débat. Engagés dans la dynamique, Thomas Posetti du collectif Le grand rattrapage et Soraya Guendouz du Syndicat des quartiers populaires nous livrent leur point de vue. Entretiens croisés.

Zibeline : Quel est votre regard sur ces États généraux ?

Thomas Posetti : J’y ai vu beaucoup de respect, d’intelligence, de gravité et d’humour. Ils ont permis à des personnes d’horizons très différents de se rencontrer, de fédérer beaucoup d’acteurs de terrain. Comme un catalyseur de liens entre des collectifs qui ne se connaissaient pas forcément et qui se sont rendus compte qu’ils étaient en capacité de s’organiser pour construire une ville plus égalitaire. On a expérimenté le fait de se regrouper par thématique, en dépassant les clivages Nord-Sud. La société marseillaise n’est pas si cloisonnée que ça.

Soraya Guendouz : Ce fut deux jours très intenses, une source d’énergie pour proposer une autre Marseille. Les constats sont largement partagés. Des dizaines de propositions sont sorties des ateliers. Et les acteurs des quartiers populaires en portent un certain nombres. Des collectifs thématiques sont nés sur la culture, l’éducation, et vont jouer un rôle de comités de vigilance.

Comment imaginez-vous la suite ?

T.P. : Les États généraux ont permis de dire que la société civile constituée en collectif a la volonté de peser sur la vie citoyenne. Ce qui confirme la demande participative exprimée par les Gilets jaunes. Nous pouvons constituer une force citoyenne en mesure d’exercer un contrôle sur l’action publique. On peut imaginer une poursuite des travaux avec des outils numériques participatifs, ce qui pourrait aider à construire un programme auquel pourraient également contribuer les militants politiques qui se reconnaissent dans notre appel. Si on y parvient pour le contenu, on peut enchaîner de la même manière avec la désignation de candidats. Ils en seraient d’autant plus légitimés.

S.G. : Mes préoccupations sont sociales. Il faut réinventer la chose politique car elle ne se réduit pas à ce qui se passe dans les appareils et les institutions. L’idée d’assemblées populaires locales a germé. Il faut nous inscrire dans le long terme et inverser le rapport au pouvoir en affirmant que nous aussi, nous sommes un pouvoir.

Êtes-vous favorable à un débouché électoral de la dynamique ?

T.P. : Pour ma part, je pense que ce serait très intéressant. Il y a la volonté de s’organiser pour accompagner un changement au niveau de la municipalité et de renouveler les liens entre les personnes qui vont en être aux commandes et les collectifs citoyens. Mais faire passer la constitution des listes avant le programme serait la non-prise en considération de ce qu’on est en train de vivre. Il faut rendre transparents tous les processus. Il serait dommage de se couper des partis. Il faut que la gauche se parle.

S.G. : Dans mon organisation, la piste électorale en est une parmi d’autres. Personnellement, je n’attends rien du pouvoir politique et ne me reconnais dans aucun parti. Mon échéance n’est pas mars 2020. Et si on focalise dessus, on va faire l’impasse sur la manière dont on peut transformer la ville. Il faut sortir des mécanismes infantilisants où on nous propose des candidatures en fin de liste pour nous faire taire. On va s’asseoir à la même table et parler d’égal à égal.

ENTRETIENS RÉALISÉS PAR LUDOVIC TOMAS
Juillet 2019

Les États généraux de Marseille ont eu lieu les 21, 22 et 23 juin, à la cité Air-Bel et à la faculté Saint-Charles. Lire ici notre retour sur le forum Ecologie qui s’est tenu le 22 juin après-midi.