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La Marcotte, une ferme expérimentale en milieu urbain

Marcotter

La Marcotte, une ferme expérimentale en milieu urbain - Zibeline

Un prototype de ferme urbaine implanté sur le site du Lycée Agricole de Gardanne en voie d’essaimage.

C’est vraiment un joli mot, très évocateur, qui a été choisi pour cette ferme expérimentale. Le marcottage est une méthode de multiplication des végétaux par rhizogenèse : on enterre une branche, qui produit à son tour des racines et s’autonomise. Ainsi La Marcotte a été conçue comme un prototype adaptable, inspiré par la nature : si on l’implante en terrain favorable, elle prendra la forme qui convient à son écosystème.

Né de la collaboration entre l’Institut Inspire (qui entend « réconcilier développement économique et biosphère ») et le pôle Eco Design (agence de design responsable), le projet vise plusieurs objectifs complémentaires. Recycler les déchets des riverains, verts ou alimentaires, dépolluer l’air des villes, produire une alimentation locale de qualité sur une surface réduite, le tout en servant de support pédagogique. Pour les citadins en mal de verdure, l’élégante structure de La Marcotte en pin Douglas a indéniablement de quoi attirer l’œil : on dirait un bateau, ou bien un joli insecte aux élytres de bois.

Comment ça marche ?

Lorsque le coordonnateur du projet, Jeroen Bogers, nous l’a faite visiter, elle attendait son escalier en colimaçon, pour permettre l’accès à l’étage supérieur, mais abritait déjà des plants de tomates, poivrons ou basilic en pleine croissance. Une fois finie, la ferme de 75 m2 permettra d’accueillir plusieurs bacs en plastique recyclé, emplis de billes d’argile enrichies d’un substrat de matières végétales et organiques. Côte à côte, de gros aquariums contenant des poissons, comestibles. « Le tout fonctionne en circuit fermé, et permet de marier l’aquaculture classique et l’hydroponie, en évitant les inconvénients de ces méthodes lorsqu’on les utilise séparément. » Pas d’intrants chimiques, les billes d’argiles sont oxygénées par un siphon-cloche, des bactéries transforment l’ammoniac produit par les déjections des poissons en nitrites, puis en nitrates assimilables par les plantes, un engrais naturel. L’eau circule entre les bacs, sans déperdition ni rejets, et « contrairement aux fruits et légumes qui poussent en vrai hors-sol, on note très peu de différence de goût ». En limitant le nombre de poissons (150 kg maximum pour 1000 litres), on évite le recours aux antibiotiques utilisés massivement dans les élevages intensifs, propices aux maladies.

Pour quels usages ?

Avec La Marcotte, Emmanuel Delannoy, directeur de l’Institut Inspire, se félicite « d’avoir réconcilié la gauche, la droite et les écologistes ». Son prototype est en effet adapté aux espaces urbains denses, sur des sols imperméabilisés voire pollués, pour contribuer à les régénérer. « Îlot écologique cohérent », la ferme a de quoi séduire les collectivités, parce qu’autonome en eau et énergie, elle permet de réduire leurs coûts de retraitement des déchets en les transformant en ressources, et selon Jeroen Bogers « coûte moins cher qu’un rond-point avec des fleurs et un arrosage automatique »*. Par ailleurs, elle vise à créer du lien social, en reconnectant les citadins à la nature, peut abriter nichoirs, ruches ou hôtels à insectes, et mise sur la pédagogie. L’exploitant de La Marcotte crée un poste d’animateur-fermier, qui accueille curieux, publics scolaires ou formations de permaculture, autour d’un projet de quartier établi avec les habitants, et équilibre ainsi son modèle économique.

Sur le site du lycée agricole, le partenariat est un grand succès : élèves et professeurs participent depuis le début, enthousiastes, et la ferme est intégrée au programme d’études. « Il faut dire que l’enseignement évolue, ils ont des éco-délégués, des clubs potagers, une grainothèque, Pierre Rabhi est venu lors d’une journée sur l’agroécologie… » Autant d’espoirs en germe, pour une jeunesse qui devra assumer les erreurs des générations passées, face au réchauffement climatique, à la chute de la biodiversité et à la stérilisation des sols !

La Marcotte n’est pas un projet en open source, elle s’inscrit dans l’économie circulaire, sur des bases somme toute assez classiques, mais elle creuse des pistes intéressantes. Prochaine étape : constituer progressivement un réseau de Marcottes. Probablement, pour commencer, sur le nouveau campus qui s’ouvre sur le plateau de l’Arbois, The Camp. Et -pourquoi pas ?- aux Comores, où elle trouverait sa place dans un environnement laissé quasiment à l’abandon par l’État.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2016

*Environ 80 000 € pour 75 m2, y compris les panneaux solaires.

Photos : La Marcotte – Site de Valabre – Lycée agricole de Gardanne -c- G.C.

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