Manifesta 13 Marseille reporté du 28 août au 29 novembre

Manifesta 13, radicalement localVu par Zibeline

• 28 août 2020⇒29 novembre 2020 •
Manifesta 13 Marseille reporté du 28 août au 29 novembre - Zibeline

Initialement prévu du 7 juin au 1er novembre, Manifesta 13 Marseille aura finalement lieu du 28 août au 29 novembre. Présentation des temps forts avec Hedwig Fijen, sa directrice

Zibeline : Comment s’articule Manifesta à Marseille ?

Hedwig Fijen : La biennale se compose de trois programmes, parmi lesquels deux fortement ancrés localement, ainsi que d’un riche programme pré-biennale, qui a démarré avec l’étude urbaine Le Grand Puzzle. En effet, depuis sa 12e édition à Palerme en 2018, Manifesta fait la commande d’une étude urbaine à un cabinet d’architectes et d’urbanistes de renommé internationale. Cette nouvelle méthodologie a pour objectif de soutenir la biennale dans sa volonté de transformation : davantage qu’un simple événement mono-disciplinaire d’art contemporain, devenir une véritable plateforme menant une recherche de fond sur le terrain. Pour Manifesta 13 Marseille, c’est l’agence néerlandaise basée à Rotterdam MVRDV, et son co-fondateur Winy Maas, qui sont partis en immersion dans la ville. Ils y ont réalisé une étude de 1200 pages dressant un portrait à 360° de la cité phocéenne, à travers des thèmes larges tels que l’accessibilité, l’insertion, la propreté, la collectivité ou encore l’innovation. Ces données ont servi de base à l’élaboration d’un programme d’événements en amont de la biennale, dont Le Tiers Programme ou encore Le Tour de Tous les Possibles, une série d’assemblées citoyennes rassemblant les citoyen·e·s marseillais·e·s de tous horizons, pour discuter et imaginer les possibles futurs de leur ville.

Quels choix ont guidé les trois programmes ?

Construit par les membres du département Éducation et Médiation de Manifesta 13 Marseille, Le Tiers Programme a débuté neuf mois avant l’ouverture de la biennale. C’est un ensemble de projets de recherche interdépendants nés de rencontres avec divers acteurs locaux, allant des habitants aux artistes, et qui vont fouiller dans les histoires et les réalités actuelles de la ville. Viennent ensuite Les Parallèles du Sud, qui se tiendront du 28 août au 29 novembre, à Marseille et dans toute la région Sud. Conçues par les acteurs régionaux en collaboration avec des partenaires internationaux, ces manifestations parallèles visent à mettre en valeur la richesse de la scène artistique et culturelle régionale, ainsi qu’à renforcer les liens entre l’écosystème local et les partenaires extérieurs. Enfin, Traits d’union.s, programme conçu par une équipe artistique externe composée de commissaires internationaux, regroupe expositions et événements publics. Il s’inspire d’abord des premières conclusions du Grand Puzzle publié fin 2018, mais aussi des événements de la rue d’Aubagne qui se sont déroulés à la même période, et dont découlent les 6 thématiques : La Maison, Le Refuge, L’Hospice, Le Port, Le Parc et L’École. Les 47 participant·e·s présenteront des œuvres qui tournent autour de la question suivante : comment pouvons-nous non seulement coexister, mais aussi nous rassembler pour créer de nouvelles formes d’attention aux autres et des liens de solidarité ?

Quels seront les grands axes de l’événement ?

Les grands axes ont toujours été, depuis le début, d’aborder les problèmes mondiaux urgents d’un point de vue local -d’être « radicalement local » si j’ose dire- et de chercher la manière dont la culture peut être utilisée comme un outil social et de médiation destinée à imaginer de nouvelles possibilités pour les villes et leurs habitant·e·s, en laissant un héritage matériel ou immatériel. Le Grand Puzzle, qui doit être publié pour l’ouverture de la biennale fin août, pourrait faire partie de cet héritage : il peut s’avérer être un véritable outil pour les citoyens de Marseille, afin de les aider à construire un avenir meilleur. L’héritage immatériel, quant à lui, pourrait se trouver dans tous·tes ceux·elles qui ont initié des dialogues avec les sphères sociétales et culturelles lors des programmes tels que Le Tour de Tous les Possibles ou encore Le Tiers Programme et Les Parallèles du Sud. Ces échanges initiés se poursuivront et, je l’espère, déboucheront sur des actions concrètes bien après la départ de Manifesta. D’autant plus dans le contexte de la pandémie mondiale touchant notre société à tant de niveaux, il est important qu’un événement culturel tel que Manifesta soit capable de créer du sens au sein de la société, et pas seulement parmi un public international de spécialistes de l’art. C’est aussi pourquoi nous avons décidé de mettre en place une politique tarifaire des plus accessibles (1€ par jour) afin que tous·tes puissent visiter Manifesta 13 Marseille plusieurs fois.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire ?

Le maintien a été décidé avant tout comme un acte de résistance, nous laissant en définitive le seul grand événement européen à avoir lieu à l’automne. Mais c’est aussi et surtout un acte de solidarité envers les acteur rice·s locaux·ales qui se battent pour faire vivre la création contemporaine tout au long de l’année, et avec lesquel·le·s nous travaillons et construisons une relation depuis plus de deux ans maintenant. Ce contexte sans précédent est aussi une occasion unique d’entamer un processus de repenser le format des biennales. Logistiquement, le report implique quelques changements (ouverture progressive des lieux accueillant l’exposition Traits d’union.s, annulation des journées professionnelles…). Le programme sera réparti sur une période de trois mois, avec des événements plus nombreux et plus petits, comme un festival.  Notre programme pré-biennale a été suspendu pendant tout le temps du confinement, hormis les assemblées du Tour de Tous les Possibles qui ont continué à rassembler des citoyen·ne·s de tous horizons sur une plateforme numérique. Un dessinateur marseillais a illustré visuellement les « idées folles » ayant émergé à la fin de chaque atelier. D’autres ateliers doivent encore être organisés, ce qui fera un total de 25 ateliers, pour plus de 500 citoyen·ne·s impliqué·e·s. Nous avons eu la chance que la plupart des participant·e·s à Traits d’union.s soient déjà venu·e·s à Marseille et aient commencé la production de leurs œuvres avant le confinement. Les deux autres programmes étant exclusivement construits avec les structures locales, cela a beaucoup réduit les problèmes de mobilité ou de production que nous aurions pu avoir si nous n’avions eu affaire qu’à des participant·e·s et des acteur·rice·s internationaux. Il est toutefois impossible de faire comme si rien n’avait changé. Je pense que le monde de l’art ne sera plus le même. Chaque institution devrait repenser son modus operandi et ses rêves, en ralentissant d’abord, puis en réétudiant des ajustements éventuels, permettant de fonctionner comme une plateforme pour les communautés locales. À Manifesta, nous nous demandons constamment comment recréer la biennale pour en faire une réelle plateforme de solidarité et de changement.

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Juin 2020

Remerciements à Nadia Fatnassi
manifesta13.org

Les Archives invisibles

Lancé en amont de la biennale, le Tiers Programme travaille depuis plus de deux ans à révéler les histoires non dites de Marseille et de ses habitants. Partie émergée de ce processus au long cours, la série d’expositions et d’événements intitulée Archives Invisibles rassemble artistes et associations locales, afin de dresser peu à peu une mosaïque d’identités tangibles de différents quartiers composant la ville. Depuis novembre, trois volets se sont déjà succédé au Tiers QG, situé en plein Belsunce. Le 4e y est visible jusqu’au 11 juillet : en collaboration avec l’association M.A.D.E in Bassens, l’artiste Sara Sadik a œuvré à lever le voile sur la mémoire de l’histoire du quartier de Bassens. Le 5e volet aura lieu du 17 juillet au 16 août, autour de l’artiste Martine Derain et de l’association Un centre ville pour tous. Trois autres Archives invisibles suivront jusqu’en décembre.
JULIE BORDENAVE

Le Tiers QG, 57 rue Bernard Dubois, 13001 Marseille. Ouvert du mardi au samedi, 10h à 18h.
archivesinvisiblesmarseille.org

Photographies
Archive 4, vue d’installation © Vost-Manifesta
Hedwig Fijen @ Manifesta