SOS Méditerranée retrouve sa mission première

L’Ocean Viking enfin libre de sauver des vies

SOS Méditerranée retrouve sa mission première - Zibeline

Après cinq mois de détention par les autorités portuaires italiennes, le navire de l’ONG SOS Méditerranée peut reprendre ses opérations de sauvetage en mer.

2020 aura été l’année de toutes les épreuves pour les équipes de SOS Méditerranée. Le sauvetage en mer, mission première de l’ONG, a été empêché de longs mois. A cause, dans un premier temps, des conséquences de la crise sanitaire. Puis par une interprétation particulièrement stricte des normes de sécurité par les autorités italiennes. En seulement trois mois de navigation sur douze et trois rotations équivalant à treize opérations, l’Ocean Viking, successeur de l’Aquarius, a tout de même permis de sauver 903 naufragés en exil, en Méditerranée centrale. Plusieurs centaines d’autres ont inévitablement été engloutis dans le cimetière qu’est devenue la Mare Nostrum, faute de navires humanitaires pendant une grande partie de l’année. A l’issue d’une des nombreuses et régulières inspections du bateau par les gardes-côtes italiens, le 22 juillet, l’Ocean Viking doit rester à quai, dans un port sicilien. Motif invoqué : le navire ne remplirait pas les conditions garantissant la sécurité des rescapés. Après des mois de discussion et d’aménagements pour répondre aux exigences de l’administration italienne, le navire est déclaré conforme et donc libéré le 21 décembre. Parmi les nouveaux équipements qui lui ont permis la certification, huit radeaux de survie d’une capacité de cent personnes chacun ont été installés en cas de danger contraignant à l’abandon de l’embarcation.

Enfer libyen

Première destination, le port de Marseille où le vaisseau maritime fait escale plusieurs jours afin de se ravitailler et embarquer les membres de l’équipage. L’objectif étant de repartir en mission de sauvetage « d’ici à la fin de la première quinzaine de janvier », assure Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée. Mais avant ce nouveau départ qui n’a que trop tardé, l’équipage s’astreint à l’isolement pendant une dizaine de jours pour éviter à tout prix de faire monter à bord le virus. C’est autant avec « enthousiasme » qu’une « grande inquiétude » que l’association s’apprête à repartir en mer. Car « le contexte en Méditerranée centrale n’a cessé de se dégrader », en même temps que le « droit maritime est de moins en moins respecté », insiste Sophie Beau, cofondatrice de l’organisation et sa directrice en France. Des sévices infligés aux migrants lors de leur périple dans l’enfer libyen à la manière dont les États européens jouent avec les vies humaines en traînant des pieds à ouvrir les « ports sûrs » aux rescapés, les circonstances politiques restent hélas inchangées. Et d’émettre le souhait qu’en 2021, « un mécanisme automatique de répartition des naufragés » voit enfin le jour alors qu’un préaccord entre sept États avait été négocié avant de sombrer avec l’arrivée de la pandémie.

92% de dons citoyens

Autre source d’appréhension, les difficultés à appliquer les gestes barrières pendant les opérations de sauvetage comme à bord, où des dizaines d’hommes et de femmes doivent cohabiter pendant parfois plus d’un mois dans un espace relativement exigu. « L’Ocean Viking n’est pas un lieu adéquat pour la prise en charge des personnes. C’est l’ambulance qui conduit du lieu de l’accident à l’hôpital, pas l’hôpital », image Frédéric Penard. En raison d’une divergence d’analyses des risques au pic de la pandémie, Médecins sans frontières a rompu son partenariat avec SOS Méditerranée, en mars dernier. Les premiers souhaitaient repartir immédiatement en mer quand les seconds mettaient en avant la mise en danger des équipes pour suspendre les interventions. Depuis, ces derniers ont internalisé la partie médicale au sein même de l’association. Une association qui, sans ses bénévoles et donateurs privés (92% de leurs ressources financières), ne pourrait relever ses nombreux défis dont celui de trouver 14 000 euros pour mener à bien ses missions.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2020

Pour faire un don : sosmediterranee.fr

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