Entretien avec Hubert Colas, qui crée "Désordre" au festival Actoral 2018

L’intime, l’acteur et le politique

• 28 septembre 2018⇒30 septembre 2018 •
Entretien avec Hubert Colas, qui crée

Hubert Colas, directeur du festival actoral, crée Désordre, qu’il a écrit et mis en scène.

Zibeline : À quel désordre votre titre fait-il allusion ?

Hubert Colas : En écrivant ce texte je me suis rendu compte que le désordre social actuel, et le désordre politique, déclenchaient aussi un désordre amoureux, l’impossibilité d’aller vers l’autre. Les prétendus réseaux sociaux ouvrent des champs de solitude intime où la sensation d’être en communauté est un leurre, et où le champ amoureux devient une partie de saute-mouton. Ce n’est plus l’autre que l’on cherche, mais soi-même à travers l’autre. Dans cette communication à outrance on perd la puissance intérieure de l’intimité.

Quel lien avec le désordre social ?

… Et le désordre politique, tout est lié. Les discours des technocrates aux phrases calibrées nous déracinent de la réalité sociale, alors même que nous la vivons. Il y a un vrai manque de projet politique. Leur seul projet étant d’être élus ou réélus il n’y a plus d’utopie, de celles qui nous poussent à agir et à mettre en œuvre. Les politiques sont aujourd’hui incapables de donner au citoyen un horizon désirable. Cela, évidemment, a un lien avec notre désordre intime.

Ce constat que vous faites est noir, désespérant, pourtant Désordre est très drôle !

Oui, on doit résister, s’attacher à des choses comiques. Rendre compte des ridicules que l’on traverse est salvateur. La difficulté que nous avons à vivre doit être contrée par le rire, partagé, commun.

Votre théâtre repose en grande partie sur la puissance singulière de vos acteurs. Pourquoi cette confiance ?

Je crois, vraiment, dans la relation qui se tisse d’être à être, du plateau à la salle. Je crois à la forte résonance d’un être vivant face à un public. Seul l’acteur peut mettre du relief au présent, faire résonner un texte au point d’en déposséder l’auteur. Et en tant qu’auteur et metteur en scène j’aime quand cette dépossession survient. Le lien avec le public passe par l’acteur, sa capacité de saisissement et d’appropriation du texte.

Pas par la vidéo ?

Personnellement je pense que les écrans peuvent faire écran. J’aime leur décor, mais pas quand ils remplacent les corps, le rapport direct au corps de l’acteur.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2018

Désordre
28 au 30 septembre
La Friche, Marseille
04 91 94 53 49
actoral.org

Retrouvez sur ce lien notre article consacré au croisement des arts et écritures contemporaine lors du festival actoral 2018.

Photo : Hubert Colas © Marc-Antoine Serra