Résidences en mouvement : à Gap, La Passerelle recevait la Débordante Compagnie

L’insurrection en marche

Résidences en mouvement : à Gap, La Passerelle recevait la Débordante Compagnie - Zibeline

Dans le cadre de ses Intimités artistiques, la Passerelle, scène nationale de Gap, a reçu en novembre la Débordante Compagnie.

Mises en place durant le confinement, les Intimités artistiques (à réécouter sur le site de La Passerelle) de proposent aux artistes de remplacer leurs représentations annulées au théâtre, par des temps de rencontres virtuelles avec les spectateurs. En novembre dernier, la Débordante Compagnie a opté pour un format audio, permettant de recontextualiser le propos de leur nouveau spectacle, toujours foncièrement militant. Après Ce qui m’est dû, poignant duo narrant le parcours autobiographique d’une entrée en résistance écologique, Perikoptô -du grec péri « autour » et koptô « abattre »- creuse cette veine, toujours en quête d’un élan fédérateur à impulser auprès des spectateurs. Fiction pour quatre comédiens, la création manie une écriture elliptique pour esquisser deux trajectoires croisées : celle d’une mère de famille au chômage, et celle d’un Premier ministre en ascension. Rencontre avec Antoine Raimondi et Héloïse Desfarges, metteurs en scène. 

Zibeline : Quel est le sujet de Perikoptô ?

Antoine Raimondi : Nous avons eu envie de traiter du capitalisme dans sa sauvagerie, de l’aspect néolibéral des réformes structurelles et de leur impact dans nos intimités, engendrant la montée en puissance de l’individualisme. Comme dans Ce qui m’est dû, notre précédente création, il s’agit d’un constat documenté visant à chroniquer notre époque avec le plus d’acuité possible. L’objectif n’est pas de fabriquer davantage d’impuissance, mais encore une fois de saisir par le physique, de susciter l’envie de se tenir debout à la fin. 

Héloïse Desfarges : L’annonce du reconfinement, suivie de l’annulation des dates prévues à Gap, seulement un mois après la création du spectacle, a été vraiment dure. Cette proposition de la Passerelle a donné beaucoup d’enthousiasme à toute l’équipe. De nombreuses difficultés se sont ensuite posées, car se déplacer en train est alors devenu très compliqué ! L’équipe n’a pas pu être complète.

Comment s’est effectué le choix d’un format audio pour ces Intimités artistiques ? 

A.R. : L’équipe de la Passerelle avait très envie qu’on fasse de la vidéo, or nous avons tenu à défendre le format audio. Finalement, il s’agit d’une une énergie de live, avec assez peu de préparation et pas de réenregistrement derrière. Nous avons aussi défendu un format numérique plus léger qu’une captation vidéo, avec un impact écologique moins lourd. 

H.D. : Je suis très contente que l’on ait défendu ce format audio, car j’ai une réticence à la proposition actuelle de tout passer par la vidéo, visant à pallier l’impossibilité de voir du spectacle vivant. L’audio reste une expérience physique ; on peut écouter sans être forcément derrière son écran, et cette attention-là est précieuse, il faut la défendre. 

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Décembre 2020

Photo : Perikoptô © sileks

Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/