Le vote citoyen ouvert aux habitants de la Région Occitanie pour un budget culturel

L’important c’est de participer

Le vote citoyen ouvert aux habitants de la Région Occitanie pour un budget culturel - Zibeline

Le 15 mars se clôturait le vote citoyen ouvert aux habitants de la Région Occitanie pour choisir les projets qui bénéficieront du premier budget participatif culturel organisé par l’équipe de Carole Delga (PS).

Elles veulent partir « à la recherche des souffles, des courants d’air, des petites et grandes histoires ». Dans l’Aveyron, à bord de leur « Caravane radiophonique », le collectif L’essoreuse prévoit de s’installer sur les places de villages, et recueillir des récits des habitants qui composeront une histoire en pointillés, mêlée aux sons d’un territoire que les 4 femmes souhaitent investir en toute intimité. Cela évoque Visages, villages, d’Agnès Varda, réalisé avec le street artiste JR ; cela convoque aussi une folle envie de se confronter à ces « petites choses » qui font qu’on est d’ici ou de là, acteur.ice.s de l’endroit qu’on habite. Venir au-devant des récits et les croiser pour faire entendre à chacun ce qui relie et surprend. Travailler en amont, intégrer les participants à ce projet, l’un des 99 qui ont été sélectionnés et proposés au vote citoyen par la Région Occitanie. Une enveloppe de 600 000 € permettra à environ une quinzaine de propositions (financées à hauteur d’une fourchette de 2000 à 80 000 €) d’éclore dès cette année (la mesure sera reconductible pour 2022). Après l’alimentation durable, la mer et le littoral, le changement climatique et autres thématiques pour lesquelles les citoyens ont été sollicités pour leur force de proposition en vue d’un vote ouvert à tous les habitants d’Occitanie dès 15 ans, la crise sanitaire a poussé la présidente de la Région à décliner le dispositif pour le monde culturel. Afin d’irriguer le secteur durement touché, mais aussi de développer un modèle que Carole Delga défend depuis le début de son mandat, axé sur le maillage géographique de sa politique culturelle. Les candidats, individuels ou représentés par une structure, devaient déposer un projet en correspondance avec les trois ambitions fixées par le dispositif : la facilité d’accès aux œuvres culturelles, le respect de l’environnement, et la sollicitation de nouveaux publics et publics jeunes. 136 contributions ont été examinées par les services de la culture. Celles retenues sont sur le site de la Région, et c’est un régal de constater la diversité des propositions. De celle qui comptabilise aujourd’hui le plus de votes, « Les Géants du Miocène », parcours de reconstitutions de Mastodontes à Simorre dans le Gers, au projet toulousain qui a recueilli le plus de commentaires, qui propose aux jeunes de débattre sur leur place en Europe (une pléiade de Bravos enthousiastes), les sujets, les façons de les mettre en œuvre et les localisations fourmillent, dans un désir très marqué de sociabilité locale. Dans le quartier Figuerolles à Montpellier, le collectif Ademass propose de construire, avec les habitants, un « Décor de poche » pour favoriser l’organisation d’événements. Ensemble, quartier, village, récit, recueil, partage sont les maîtres mots de cette première initiative de démocratie culturelle et citoyenne. Il y a du pain sur la planche, et il est temps de le rompre ensemble.

ANNA ZISMAN
Mars 2021

jeparticipe.laregioncitoyenne.fr



Entretien avec le président de la Commission Culture et Audiovisuel du Conseil régional d’Occitanie.

Zibeline : À la date d’aujourd’hui*, il est comptabilisé 17474 participants pour 22314 votes. Que pensez-vous de ces chiffres, à une semaine de la clôture ?

Serge Regourd : Le nombre de participants doit être apprécié de manière très relative. Évidemment, si on rapporte ça au nombre de citoyens en capacité de participer dans la région, ça fait peu, mais si on fait une comparaison avec les 158 élus en Occitanie qui votent les projets, c’est beaucoup. D’autant plus qu’actuellement les gens sont pris par des problèmes très importants du fait de la crise sanitaire, donc on considère que ces chiffres sont plutôt de nature à légitimer la procédure qu’on a mise œuvre.

Un des critères d’éligibilité au vote est que les projets puissent développer l’accès aux œuvres culturelles. N’y aurait-il pas un besoin de revoir, réciproquement, la façon de diffuser l’information concernant ce projet de budget participatif ?

C’est en effet lié à la question de la démocratie et, pour commencer, de l’accès à l’information. C’est une question cruciale. Les réseaux sociaux de la Région ont été utilisés, les élus sont supposés être attentifs à diffuser l’information, les Maisons de la Région sont aussi des lieux d’information, d’intercession. Mais, oui, la vraie question, c’est comment fait-on connaître ce type d’initiative, dans la mesure où il n’y a pas de demande spontanée, en général, des potentiels intéressés. Nous faisons donc une politique de l’offre, mais cela suppose en effet de la curiosité, de l’intérêt. Compte-tenu aussi des risques de captation par un seul type de participants, inhérents dans tous les domaines de politique publique.

Avez-vous justement une idée de la proportion des réponses entre les citoyens qui répondent à titre individuel, et les structures déjà constituées ?

Ce sont les services de la culture qui travaillent là-dessus. Ils ont d’abord fait une instruction pour les 140 dossiers proposés initialement (99 sont retenus, ndlr), sur nos trois critères d’entrée : élargir les publics, favoriser le vivre-ensemble et développer des pratiques respectueuses de l’environnement. Il y a donc eu un premier tri, et, une fois les votes arrêtés (ils ont été clôturés le 15 mars, ndlr), ils vont pouvoir établir des corrélats. Les seuls petits garde-fous qu’on a pu mettre en œuvre, c’est d’éviter que les projets soient totalement absorbés par certaines zones, celles qui sont déjà surreprésentées en matière culturelle, dans les métropoles ou des zones où il y a déjà une activité substantielle. Donc l’un des éléments qui va permettre d’instruire les dossiers, c’est qu’il y ait un minimum de respect des inégalités territoriales. Car on sait très bien que les activités culturelles ne sont pas uniformément implantées sur le territoire. C’est la raison pour laquelle on a décidé qu’il n’y aurait pas un nombre annoncé de projets retenus, ce qui nous permet de garder des parts d’appréciation, pour échapper aux logiques trop arithmétiques qui conduiraient à des risques de captation. Le pire serait que par la voie de la démocratie participative on arrive à des logiques d’algorithmes, c’est-à-dire qu’on donne à ceux qui ont déjà. Et cela est totalement récusé dans la nature même de ce projet. Ensuite, ce vote sera repris, pour des raisons de légalité, par les élus. Il ne faudra surtout pas tomber dans ce qu’il s’est passé avec la Convention citoyenne pour le climat mise en œuvre par le gouvernement, où si peu des propositions ont été reprises… Il faudra être vigilant sur le terrain de la représentation.

Ce dispositif est une première en France.

Oui ! Il n’existe nulle part ailleurs. Et donc, une première, c’est toujours plus compliqué que des procédures déjà inscrites depuis longtemps. Ce sera une habitude à prendre, pour les citoyens, de se tenir au courant de sur quoi ils peuvent voter et peser dans la vie publique. La manière dont les budgets participatifs ont été conçus, voulus, par Mme Carole Delga (Présidente du Conseil régional d’Occitanie, ndlr) et sa majorité, c’est de s’inscrire dans une pérennité, et de faire en sorte que les citoyens sachent qu’on peut s’emparer de ce type de procédure. C’est pour ça que ce qu’il s’est passé avec la Convention citoyenne, c’est totalement contre-productif. Cela ne nous aide pas…

Ce projet a été voté le 26 juin 2020, en contexte de pandémie. D’autres domaines avaient déjà été investis par le budget participatif, et c’est donc à ce moment précis qu’il a été décidé que cela serait aussi appliqué à la culture.

Ça n’était en effet pas donné d’avance dans les budgets participatifs, dans la mesure où d’une certaine manière, contrairement à ce qu’il se passe dans d’autres politiques publiques, les citoyens, via les associations, étaient déjà directement nos interlocuteurs. Alors qu’il y a des domaines où les logiques d’implication associatives sont beaucoup moins évidentes. Mais le Covid et ses incidences dramatiques sur le milieu culturel nous ont incités à développer ce dispositif. J’espère que ce modèle fera école dans d’autres régions.

Une des conséquences de cette initiative pourrait être une certaine diversification des pratiques.

Les collectivités publiques, l’État d’abord, mais aussi les collectivités territoriales, sont obligés de raisonner sur des normes, des formats, alors qu’idéalement, la création artistique, cela devrait être de l’inédit. C’est-à-dire des projets qui ne rentrent justement pas dans des dispositifs préétablis. Alors, c’est la quadrature du cercle, car les collectivités doivent respecter des critères dans la gestion de l’argent. Mais, depuis le début du mandat, je plaidais pour qu’il y ait, en plus de ces règles, une part à la novation. Et j’ai découvert, en feuilletant tous ces projets proposés, des choses totalement nouvelles, suggérées par ce dispositif du budget participatif. Il me semble que, si ça ne révolutionne pas le domaine, ça va faire évoluer le cadre général des politiques culturelles.

Propos recueillis par ANNA ZISMAN
* L’entretien s’est déroulé le 8 mars 21



Quels candidats pour juin 2021 en Occitanie ?

Six listes ont actuellement déclaré leur candidat pour les prochaines élections régionales en Occitanie. Tout n’est pas encore dit, mais le tableau se dessine de plus en plus nettement en deux lignes saillantes qui mettent en tête la présidente sortante Carole Delga (PS) et Jean-Paul Garraud (RN). Si la première semble bien assise dans son siège après un premier mandat plutôt bien reçu, et fait figure de favorite aujourd’hui, le second fourbit encore ses armes. Ancien élu Républicain, passé sur la liste du RN pour les élections européennes de 2019 où il s’est fait élire député, il est un des favoris de Marine Le Pen qui prévoit de le nommer au ministère de la Justice si elle gagne les présidentielles en 2022. Un « inconnu » qui représente pour le moment le principal adversaire de la socialiste.

Autre binôme à s’affronter directement, Aurélien Pradié pour les Républicains et Vincent Terrail-Novès, sans étiquette, anciennement LR, pour LREM. Les deux candidats chassent sur les mêmes terres, et le maire de Balma, dans la banlieue toulousaine, apparaît comme le sauveur de la liste présidentielle en bien mauvaise posture dans la région.

Enfin, l’effondrement d’un espoir d’alliance des mouvements de gauche, qui s’était pourtant concrétisé avec l’Archipel citoyen lors des élections pour la municipalité de Toulouse, se traduit par la présence de deux listes supplémentaires : les Verts d’EELV menée par Antoine Maurice et La France Insoumise, qui présente les deux chefs de file Myriam Martin et Manuel Bompard. Trois mois après l’échec de la prise de la mairie de Toulouse face au maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR), l’Archipel citoyen se divisait, à l’image des listes positionnées à gauche pour les prochaines régionales. Antoine Maurice et les Verts se présentent donc cette fois seuls, sans le PS ni LFI, pourtant encore plus isolés depuis le ralliement de trois conseillères régionales venues gonfler la liste de Carole Delga, et le soutien de José Bové à la présidente sortante. Contrant ainsi l’individualisme d’EELV, Manuel Bompard, aux côtés de Myriam Martin, représenteront à eux deux, comme partout ailleurs pour ce scrutin avant la décision finale, le parti de Jean-Luc Mélenchon. Dans le cas de la Région Occitanie, ils se positionnent contre un supposé rassemblement de LREM et LR derrière le PS pour contrer le RN, décidés à défendre une candidature fidèle aux idées sociales et écologistes de leur liste. Espérons qu’en bout de course, la couleur largement de gauche de l’actuelle composition du Conseil régional d’Occitanie ne soit pas entamée par un bleu de circonstance.

ANNA ZISMAN
Mars 2021

Photo : Serge Regourd (c) Grimault Emmanuel – Region Occitanie