Résidences en mouvement : Lieux Publics, lieu de résidence pour le Begat Theater

L’identité comme une mosaïqueVu par Zibeline

Résidences en mouvement : Lieux Publics, lieu de résidence pour le Begat Theater - Zibeline

Point d’étape sur La fille suspendue, nouveau spectacle du Begat Theater en résidence chez Lieux Publics fin novembre, dont la création est prévue en mai 2021 avec le Théâtre Durance.

Dans sa dynamique de spectacle intimiste, le Begat Theater éprouve une nouvelle fois un rapport inédit aux spectateurs. En espace naturel, il s’agit cette fois d’impulser auprès du public une errance, un cheminement au sein d’un paysage sonore ponctué de saynètes jouées. Ce jour de novembre, une poignée de spectateurs assistaient à une présentation de travail à 360° : déambulation à géométrie variable dans le Parc Oasis (XVe arrondissement) autour d’un récit d’immigration adapté du roman Marx et la poupée de Maryam Madjidi, sur les traces du parcours de Maryam, jeune Iranienne exilée en France. Avec une infinie délicatesse toujours, la marque de fabrique de la compagnie. Rencontre avec Karin Holmström, conceptrice et metteuse en scène. 

Zibeline : De quelle manière ce nouveau spectacle nourrit-il le rapport au public très singulier qui fait la patte de Begat Theater ? 

Karin Holmström : Le projet est parti d’une réflexion menée avec Christophe Modica et Philippe Laliard autour d’une expérience immersive incluant un support sonore porté par le public. Le texte de Maryam Madjidi nous a touchés tous les trois, notamment par sa narration très éclatée : le récit constitue une mosaïque, raconté parfois à la 1re, parfois à la 3e personne. Le poétique rapport à la langue -du persan au français- m’a aussi émue dans ce roman, ainsi que les parcours de vie qui se croisent, tels celui des parents de Maryam, communistes militants iraniens, qui abandonnent leur engagement en quittant leur pays… Comment laisser ses rêves derrière soi, et se construire avec cet héritage ? La mise en scène cherche à rassembler ces éléments disparates, qui créent une identité plurielle, évolutive. Les boîtes sonores, portées en bandoulière par les spectateurs, aident à spatialiser le son : inspirées des radios anciennes, elles évoquent la révolution iranienne -aussi appelée « révolution des cassettes », car les citoyens diffusaient dans la rue les discours de Khomeiny à bout de bras sur des radios cassettes. 

Après avoir investi par le passé l’espace urbain et le collège, ce spectacle se destine aux espaces naturels. 

Avant Marseille, nous avons travaillé à La Colle dans des espaces plus sauvages, à Gap en bordure de forêt… Nous cherchons à ce que le son s’insère dans le paysage, qu’il devienne un personnage et aide à changer de perspective, afin que le texte ne soit pas continuellement au premier plan. Il s’agit ensuite d’insérer de la fiction dans le réel : poser des éléments de décor comme oubliés au fond du jardin, déterrés comme des souvenirs… Finalement, le public se balade un peu à travers Maryam -campée par Nolwenn Moreau. Il passe par tous ses âges, rencontre les gens qu’elle a connus : les « figures » représentent des personnages issus de son souvenir, joués par Clémentine Ménard et Géraud Cayla. Ces trois comédiens sont accompagnés par le musicien Christophe Modica, qui joue en direct et peut entrer en interaction avec eux. Nous allons maintenant chercher des horaires pour permettre d’habiter chaque lieu investi, sans non plus s’imposer aux éventuels usagers en présence… J’aime l’idée de jouer tôt le matin, de proposer une marche d’1 ou 2 kilomètres pour rallier un endroit un peu magique, ou encore de cuisiner un plat au fil du spectacle, qui sera dégusté à la fin. Il s’agit finalement de chercher un espace-temps un peu suspendu à partager !

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Décembre 2020

Photo : © Philippe Laliard – Marseille

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