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Sud-Paca, terre de festivals... qui prennent conscience de leurs responsabilités environnementales et sociétales

L’heure du Cofees

Sud-Paca, terre de festivals... qui prennent conscience de leurs responsabilités environnementales et sociétales - Zibeline

Le Cofees (Collectif des festivals éco-responsables et solidaires de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur) est né en 2014. Il rassemble, coordonné par l’UDCM (Union des Diffuseurs de Créations Musicales), 17 structures du spectacle vivant, avec des colosses comme le Festival d’Avignon, et des manifestations plus légères comme le Green Fest, installé à Sorgues depuis 5 ans. Fin 2018, les membres du COFEES ont décidé d’intégrer la notion de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) à leur réflexion, centrée à l’origine sur leur impact environnemental. Ils travaillent donc désormais en commun aussi bien à réduire leur consommation de ressources qu’à assurer l’égalité hommes/femmes ou le bien-être au travail.

Une toile d’araignée

Pour Olivier Rey, chargé des relations presse du Cofees, « il ne s’agit pas de tomber dans une posture moralisatrice, mais de trouver des solutions à l’échelle de chacun : certains festivals ont de gros moyens à y consacrer, d’autres plus petits peuvent avoir aussi une volonté forte, et une action précise ».

Michaël Dian, directeur du Festival de Chaillol qui prospère dans un milieu rural en montagne, pense que son expérience peut être utile à d’autres, en s’inspirant d’un concept développé par les écologues : c’est dans les marges, à l’intersection des écosystèmes, que bien souvent la vie fourmille. Lui s’est plus particulièrement intéressé aux questions de gouvernance : sa structure a pris la décision d’élire un CA paritaire (7 femmes, 7 hommes), transgénérationnel (de 30 à 70 ans), et qui intègre la parole des spectateurs. Il croit à la « joie de faire », et ne pense pas « qu’on gagne à carboniser son équipe ». « D’ailleurs tous ces enjeux sont liés, nos salariés, le public, le territoire… C’est le principe de la toile d’araignée, où qu’on la touche, le reste bouge : une équipe qui va bien c’est un beau festival, qui apporte du mieux-être autour de lui. »

Pascale Severac, directrice de l’UDCM, précise que l’ambition du Cofees n’est pas de multiplier les participants, mais plutôt de comprendre l’articulation entre le contexte géographique, économique, les champs artistiques et les spectateurs. « Ce n’est pas un label, pas la peine d’avoir 15 festivals qui font la même chose ; nous visons la diversité, avec l’envie de fournir un travail de fond qui pourra bénéficier à tout le monde. Beaucoup demandent à nous rejoindre, mais les réunions sont déjà longues ! On leur explique que de toute façon nos outils et analyses seront à leur disposition. »

On part de loin !

Côté public, l’intérêt est contrasté. Le festival électro-écolo Green Fest a adopté d’emblée une démarche éducative, en partant du principe que le message passe mieux dans un contexte de détente estivale. « Servons-nous de la culture ! C’est un excellent vecteur de sensibilisation ! » s’enthousiasme son directeur Teddy Sambuchi. Le terrain est inégal. Dans les Alpes, selon Michaël Dian, « les éléments naturels sont moins domesticables, les saisons plus tranchées, si bien que la représentation que la population a du monde en est imprégnée ». Mais d’autres friands de culture sont bien loin d’avoir des préoccupations environnementales. Chaque année lors du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, pourtant l’un des premiers à avoir adopté une démarche éco-responsable, les membres du très cossu Cercle des Économistes viennent assister aux représentations en grosse voiture avec chauffeur, alors qu’ils sont logés à proximité immédiate, dans le centre-ville. On n’ose même pas imaginer le bilan carbone du Festival de Cannes, avec ses innombrables yachts…

Du côté des artistes, mêmes contrastes. Pascale Severac, avec sa casquette de directrice artistique du Zik Zac Festival, déplore les riders (listes de fournitures, NDLR) « rédigés au kilomètre par les tourneurs ! On arrête de répondre à leurs exigences inutiles et qui n’ont pas de sens, et les artistes sont ravis ». Ils boiront de très bons vins issus des coteaux aixois, et non un cru bordelais.

Vert l’avenir

La coordinatrice du Cofees, Véronique Fermé, explique que de plus en plus d’institutions s’intéressent au sujet : il y a désormais un service dédié au sein du ministère de la Culture, l’AFDAS propose des formations pour tout le secteur culturel, du livre au cinéma, afin d’initier les techniciens à la sobriété, et le CNV, qui perçoit la taxe fiscale sur les spectacles et la reverse aux entreprises de spectacle de musiques actuelles et de variétés, prend en compte depuis le 1er janvier 2019 les critères de développement durable pour l’attribution des aides.

D’après Teddy Sambuchi, cet intérêt n’est pas sans effets secondaires. « Même si les préoccupations environnementales deviennent un point d’honneur dans de plus en plus de manifestations, naissantes ou installées, certains font malheureusement du greenwashing, pour des raisons économiques, afin de remplir les bonnes cases dans les dossiers de subvention ».

Pas facile pour le public de différencier les structures qui ont entrepris un vrai processus, concrétisé, de celles qui n’offrent qu’un effet d’image et une absence de réflexion. Le jeune homme invite à repérer la pertinence et la cohérence d’une action sur certains points clés : énergie, déchets, alimentation bio et locale, toilettes sèches… et surtout transport. Selon Véronique Fermé, les émissions de CO2 de toute manifestation, qu’elle soit culturelle ou sportive, sont entre 70 et 80% liées au déplacement (du public, des organisateurs, et des intervenants). Si la Région encourageait le renforcement des TER, surtout nocturnes, ce serait déjà un bon point.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2019

cofees.udcm.net


Le Cofees a pris le relais de la plate-forme Aér, créée par la Région Paca et l’ADEME en 2010 pour accompagner les festivals du territoire sur l’éco-conception de leur manifestation, et portée par l’Arcade.

Son budget annuel est de 115 000 €, avec cette année 50 000 €  supplémentaires destinés à financer un audit du déplacement des festivaliers assorti d’une étude d’impact économique.


Les membres du Cofees :

Cooksound Festival (Forcalquier)
Festival d’Aix-en-Provence
Festival d’Avignon
Festival Off d’Avignon
Festival de Chaillol (Hautes-Alpes)
Festival international de piano de la Roque d’Anthéron
Festival Mimi (Marseille)
Festival Nuits Carrées (Antibes)
Festival Résonance (Avignon)
Green Fest (Sorgues)
Les escales du Cargo (Arles)
Les Envies Rhônements (delta du Rhône)
Les Printemps du monde (Correns)
Les plages électroniques (Cannes)
Les Suds (Arles)
Marsatac (Marseille)
Zik Zac Festival (Aix en Provence)

Photo : Photothèque du Festival de Chaillol -c- Alexandre Chevillard