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Rat Msès II bis, porte parole du mouvement Rattus iratus, écrit au Maire de Marseille

Lettre d’un administré rongeur

Rat Msès II bis, porte parole du mouvement Rattus iratus, écrit au Maire de Marseille - Zibeline

Monsieur le Maire,

Je me permets de vous écrire aujourd’hui en ma qualité de représentant du mouvement Rattus iratus à Marseille. Réunis à de nombreuses reprises ces dernières semaines, nous, rats en colère, vous demandons de réagir instamment face à la dégradation continuelle de nos conditions de vie. Jusqu’à présent, la ville que vous administrez était des plus accueillantes envers notre communauté. Malheureusement, depuis plusieurs années, nous souffrons régulièrement de l’incurie de votre municipalité à notre endroit.

Notre délégué à la santé, le Rat Diologue, s’inquiète de l’obésité morbide dont souffrent nos concitoyens en raison du ramassage aléatoire des ordures. Ces poubelles amoncelées, pleines de produits riches en glucides, en huile de palme et pauvres en vitamines, sont une incitation permanente au grignotage pour nos adolescents.

Notre délégué à la sécurité, le Rat Onade, s’inquiète des manifestations à répétition qui entrainent un usage inconsidéré des gaz lacrymogènes auxquels notre communauté est extrêmement sensible. Perplexe et désemparé, le Rat Onade envisagerait même de quitter Marseille pour Barcelone.

Notre délégué aux affaires étrangères, le Rat Patrié, s’inquiète de voir que les rats des plaines ont été séparés de leur famille par la construction d’un mur infranchissable, tandis que les rats du Haut-Bagne et les rats du Bas-Bagne peinent aussi à se retrouver en raison des nombreux check-points qui ont été mis en place dans le quartier.

Notre délégué à la culture et à l’éducation, le Rat Psodie, s’inquiète du très coûteux Partenariat Public Privé dans les écoles qui entraine des travaux sans fin et pousse notre communauté à des déménagements incessants.

Notre délégué au logement, le Rat Iboisé, et son secrétaire le Déba Rat, les plus anxieux et instables d’entre nous tous, sont extrêmement inquiets. Les investisseurs privés nous font craindre le pire. Certains de nos parcs, certains de nos fronts de mer seront, semble-t-il transformés en résidences de luxe. Comment trouverons-nous à manger dans ces forteresses ? Finiront-elles vides et abandonnées comme la rue de la République ? Dans le même temps, les logements insalubres avec leurs fissures et leurs caves moisies font vivre certains de nos camarades dans une précarité inacceptable et le ballet incessant des camions de pompiers et des pelleteuses entraine des vibrations qui ne font qu’ajouter au stress.

Enfin, le Rat Musclé, notre délégué au sport, s’inquiète du niveau de notre équipe de football – c’est un détail mais ça mine aussi sérieusement notre moral.

J’attire votre attention, Monsieur le Maire, sur cette situation plus que critique. La radicalisation semble séduire les jeunes générations : le Black Rat, mené par les terribles Rat Caille et Rat Spoutine, multiplie les opérations coup de poing et menace de prendre le pouvoir.

Il faut vous ressaisir Monsieur le Maire. Certes, notre chef, le Rat Gondin, a décidé de demeurer à la tête du navire, mais à quoi servirait un capitaine dont l’équipage et les passagers auraient pris la clef des champs ?

Rat Msès II bis, porte parole du mouvement Rattus iratus
Novembre 2018