Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Les Salins à Martigues

Les Salins se projettent en extérieurVu par Zibeline

Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Les Salins à Martigues - Zibeline

À Martigues, la scène nationale s’adapte à la situation en préparant un été à l’air libre, avec l’espoir de revoir le public avant.

Zibeline : Comment se portent le théâtre des Salins et son équipe après presque un an de crise sanitaire ?

Gilles Bouckaert : On est épuisés d’être toujours dans l’incertitude de continuer à attendre une date potentielle de réouverture, de continuer à faire comme si les spectacles allaient avoir lieu et de les annuler quinze jours avant… On fait ça depuis un an et c’est fatiguant moralement. Pour autant l’équipe est dans les starting blocks ! Si la reprise pouvait se faire la semaine prochaine on serait tous prêts à redémarrer. 

Comment envisagez-vous la fin de la saison ?

On garde espoir sur certains spectacles, mais d’autres sont d’ores et déjà annulés, comme les tournées internationales par les compagnies elles-mêmes, ainsi que la plupart des concerts, parce que les artistes ne peuvent pas commencer à construire une tournée alors qu’il y a déjà des festivals qui ne se tiendront pas. Ce qu’on est en train d’imaginer, parce qu’on sent bien que les prochains spectacles ne se joueront pas, c’est de construire une programmation sur l’été en extérieur -en commençant fin juin, puis en juillet et peut-être même en septembre-, en reportant certains spectacles, et en imaginant d’autres propositions, peut-être en déambulations. Ça nous donne un peu plus de distance et de visibilité. Avec des points d’interrogation toujours, puisqu’on attend les protocoles.

Cette crise a-t-elle été l’occasion d’inventer des choses, d’en approfondir d’autres par rapport à vos missions de scène nationale ?

Non. Je pense qu’on ne doit pas construire le monde d’après sur une crise, j’ai trop peur qu’il y ait des séquelles. Aller en extérieur, sortir des murs, on l’a toujours fait et on n’a pas attendu qu’il y ait le Covid pour se remettre en cause. Je dirais que la seule chose positive que je pourrais retirer de cette période c’est l’adaptabilité que l’on a pu développer. On prépare les programmations un an à l’avance, les compagnies créent leurs spectacles 2 à 3 ans à l’avance, le public réserve aussi souvent un an à l’avance. Or on se rend compte qu’on est tous prêts, les artistes, le public et nous-mêmes à réagir à la dernière minute, ce qui correspond plus au monde d’aujourd’hui. D’ailleurs, concernant la saison prochaine, on n’annoncera sans doute que l’automne, pour se permettre de rebondir et d’intégrer au printemps des créations qui seraient montées cet été. 

Que penser du maintien de la fermeture des lieux culturels ?

J’évite de me poser la question ! En tout cas je ne suis pas de ceux, revendicatifs, qui disent que c’est tout à fait volontaire, qu’on nous musèle, qu’on empêche les artistes de parler, et que ça n’a rien à voir avec le Covid… Il y a quand même une épidémie qui est là, qui aujourd’hui fait énormément de morts et contamine des gens ; on ne peut pas nier qu’elle existe et il faut effectivement prendre des mesures. Ceci dit on respecte les protocoles sans doute plus que les hypermarchés et d’autres lieux où il y a des rassemblements, donc pourquoi ne peut-on pas rouvrir les lieux culturels avec des règles sanitaires strictes comme on l’a fait en octobre ? On est capable de gérer des flux, de mettre en place des protocoles, donc laissez-nous rouvrir nos lieux ! 

Comment vous en sortez-vous financièrement ?

On s’en sort très bien, on a la chance d’avoir des tutelles qui ont maintenu leurs subventions. Chez nous la billetterie représente à peu près 20% de nos recettes propres, on a des prix très bas, et du fait que les compagnies qu’on devait accueillir ne sont pas venues -qu’on a payées bien sûr-, on n’a pas eu à prendre en charge les transports, locations de matériels, hôtels, restaurants… qui correspondent à 20% du coût d’un spectacle. 

Comment projetez-vous la scène nationale dans l’avenir ?

Je pense qu’on se posera les questions après, une fois qu’on sera sortis de cette crise. Pour se demander ce qu’on peut ressortir de positif de cette période, car la question se posera forcément. Mais j’évite de me projeter dès aujourd’hui. On est tellement bouleversé, on nous impose tellement de choses !

En revanche ce que j’ai envie de mettre en place, et sur quoi j’ai commencé à travailler bien avant ce qu’on vit en ce moment, c’est l’accueil d’artistes en résidences, de façon beaucoup plus importante que ce que l’on fait jusqu’à présent. En ce moment, comme les plateaux sont vides nous avons accueillis des résidences, sur des spectacles qu’on soutient et qui seront programmés en priorité. On commence déjà à réfléchir à un lieu possible avec la Ville de Martigues, puisque la scène nationale n’en a pas. C’est primordial, c’est ce qui fait vivre une maison et une ville.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Février 2021

les-salins.net

Photo : Gilles Bouckaert © Jean-Michel Blasco