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L'Étang de Berre candidat au patrimoine mondial de l’Unesco

Les rives de l’Étang s’agitent et s’animent

L'Étang de Berre candidat au patrimoine mondial de l’Unesco - Zibeline

Alors que Total annonce sa « première bio-raffinerie » sur le site de La Mède, l’une des plus grandes lagunes méditerranéennes d’Europe pourrait devenir l’un des biens inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Paradoxal ?

L’Inscription d’un bien au patrimoine mondial de l’Unesco a deux objectifs : la protection de la nature et la préservation des biens culturels. Gaby Charroux, maire communiste de Martigues, est à l’origine de ce pari audacieux, « pour redonner à l’Étang de Berre une place prépondérante dans le paysage de notre département, améliorer son image et celle de ses rives, accroître sa notoriété, fédérer un territoire bien souvent dénigré et mobiliser tous ceux qui y vivent et y travaillent ».

En juin 2015, le maire avait déjà soumis une première motion au conseil municipal de sa ville, avant de lancer officiellement la candidature un an plus tard. S’il en est l’initiateur, Gaby Charroux s’est entouré de personnalités déjà engagées localement, et depuis longtemps, dans la sauvegarde et la restauration de ce patrimoine, voire de personnalités publiques connues de tous, véritables soutiens et « promoteurs » de l’aventure. Car pour coller aux exigences du comité des biens de l’Unesco il faut un dossier solide, qui réponde à des procédures complexes et à des critères très précis. Pour ce faire a été créée l’association Étang de Berre, Patrimoine universel, présidée par Claude Cheinet -enseignant, ancien conseiller municipal de la ville de Martigues délégué à l’environnement, et ancien président du Cypres (Centre d’information pour la prévention des risques majeurs)-, dont le but est de faire le lien entre les différents partenaires institutionnels, associatifs et scientifiques, et d’élaborer le dossier final auprès de l’Unesco. Elle est appuyée par un comité scientifique composé d’une dizaine de spécialistes reconnus dans différentes disciplines (historien, géographe, océanologue, architecte, biologiste, sociologue, économiste, écologue). Un fonds de dotation permettra aussi à tous les acteurs économiques du territoire de s’investir dans le projet. Mais « pour porter toujours plus haut ce projet fédérateur d’envergure », il fallait aussi créer un Comité des ambassadeurs, qui a vu le jour le 11 octobre, lancé en grande pompe au Théâtre des Salins à Martigues. Une phase symbolique mais d’importance, dont l’action permettra de faire connaître et populariser la démarche auprès du grand public. Présidé par Robert Guédiguian, qui voit dans cette candidature « un atout majeur pour la région, un rempart et une protection pour l’avenir », le Comité s’est adjoint le soutien de nombreuses personnalités, et ne cesse de s’élargir.

Tout n’est pas joué, loin s’en faut, mais l’inscription est en bonne voie. Pour pouvoir être inscrit sur cette liste, il faut satisfaire au moins un des dix critères de sélection, dont les trois principaux sont sa valeur universelle exceptionnelle, son authenticité et son intégrité ; or l’Étang de Berre en compte six : il témoigne notamment d’un échange d’influences considérable pendant son histoire (de -7000 à nos jours), il offre un exemple remarquable de la construction et de l’évolution d’un paysage humain, technologique industriel et économique, il représente un ensemble de phénomènes naturels admirables, et est un exemple éminemment représentatif de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosytèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins.

Enjeux et perspectives

Il devient nécessaire, et inévitable, d’améliorer l’image de l’Étang de Berre, l’une des plus grandes lagunes méditerranéenne d’Europe, « petite mer intérieure » de plus de 15 000 hectares qui rassemble dix communes riveraines sur ses 75 km de côtes (Berre l’Étang, Châteauneuf-les-Martigues, Martigues, Istres, Marignane, Miramas, Saint-Chamas, Rognac, Saint-Mitre-les-Remparts, Vitrolles) ; d’accroître sa notoriété, y compris auprès des populations qui y vivent ; de mobiliser les entreprises qui l’utilisent, raffineries, industries aéronautiques et hydroélectrique ; d’accélérer les travaux d’amélioration et de réhabilitation ; de développer les offres touristiques.

Voilà pour les grandes lignes. Le classement au patrimoine mondiale de l’Unesco va sans aucun doute permettre d’amorcer une réflexion collective, de mutualiser les compétences et de faire avancer les travaux en cours ou espérés. C’est notamment le cas en ce qui concerne la question de sa restauration écologique, dont s’est emparée une délégation de représentants des pourtours de l’Étang de Berre (représentant sa diversité géographique et politique) prônant la réouverture du tunnel du Rove à la courantologie, selon les modalités basées sur les travaux du GIPREB (Gestion intégrée, prospective et restauration de l’Étang de Berre). Le 20 novembre, Jean-Marc Zulesi (député de la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône, REM), Éric Diard (12e circonscription, LR), Pierre Dharréville (13e circonscription, Gauche démocrate et républicaine), Serge Andreoni (président du GIPREB), Didier Khelfa (maire de Saint-Chamas, divers droite) et Vincent Faure (chargé du développement scientifique du GIPREB) ont été reçus au ministère de la Transition écologique et solidaire pour travailler sur la réhabilitation de cette étendue d’eau salée des Bouches-du-Rhône. L’objectif est de « déconfiner le canal du Rove et l’étang de Bolmon (situé au sud-est de l’Étang de Berre, ndlr) qui sont dans des états extrêmement dégradés et d’avoir un impact positif sur l’Étang de Berre par un apport d’eau salée, oxygénée et pauvre en nutriments ». Ils ont aussi exprimé leur désaccord sur le coût de l’investissement nécessaire, que la délégation estime à 16 millions d’euros contre les 25 à 30 millions évoqués par le rapport réalisé par le CGDD (Commissariat général au développement durable) en avril 2017. À suivre donc, d’autant qu’une nouvelle mission du CGDD pourrait voir le jour début 2018 pour étudier la solution prônée par le GIPREB. D’autres actions concrètes sont encore et toujours à l’étude, concernant notamment la centrale hydroélectrique EDF située sur la commune de Saint-Chamas, principale contributrice, depuis sa mise en service en 1966, des apports globaux d’eau douce à l’Étang, avec des conséquences notables sur son écosystème, même si ces derniers ont été déjà réduits depuis 10 ans. Dérivation ou arrêt total des rejets, le débat reste vif, et l’Étang sous surveillance.

Nous ne sommes qu’aux prémices de cette aventure enthousiasmante, rythmée par un calendrier très précis : le comité du patrimoine mondial de l’Unesco instruira le projet en 2019, et prendra sa décision d’inscription à l’été 2020.

DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2017

candidature-etangdeberre.org

Photo : -c- Do. M.