Entretien avec Jo Corbeau

Les plumes lumineuses du ReggaeVu par Zibeline

Entretien avec Jo Corbeau - Zibeline

Jo Corbeau et le Trident étaient programmés le 6 août dans le cadre du Tour du Pays d’Aix organisé par l’association Aix’Qui ? à Trets.

Zibeline : Pourquoi chanter avec le Trident ? Est-ce que vous êtes conduit à modifier votre répertoire avec cette formation réduite? 

Jo Corbeau : Cette formation se nomme Le Trident parce qu’il y a trois musiciens, donc une formule minimaliste par rapport aux nombreuses autres fois dans le monde d’avant où l’on pouvait jouer avec des équipes larges et beaucoup de musiciens, notamment avec l’A.D.N., l’Amicale Dub Naturelle : on était dix musiciens, quand même, avec des sections de cuivres.

Le Trident est constitué de trois musiciens qui font partie de ce collectif, (l’A.D.N. est un collectif ) et c’est la base essentielle la plus minimaliste pour présenter notre spectacle, (mes chansons en fait), avec le batteur, Loïc Wostrowsky, plus communément appelé Kilo et qui est aussi chef d’un orchestre qui s’appelle The Pharaonics. Il est doté d’une énorme expérience musicale autant en France qu’au niveau international. C’est également le cas du clavier, notre ami Denis Théry appelé aussi Rastyron, qui nous a accueilli pour les répétitions dans son studio à Port de Bouc. Il joue avec I AMPablo Moses et énormément de monde. Il fait partie de mes très anciens compagnons : il a chanté avec moi déjà en 1980. En fait ce sont tous des anciens compagnons de route. Le bassiste aussi, Christophe Cusin, qu’on appelle Badan, qui a fait partie de toutes nos aventures musicales depuis plus de vingt ans. C’est donc l’équipe de base, basse, batterie, claviers.Il y a un énorme travail de Rastyron, car il joue non seulement les rythmiques mais il envoie toutes les parties mélodiques interprétées souvent par des cuivres.

C’est une occasion pour nous de nous retrouver. On avait fait une première expérience grâce à notre ami Garage de l’association Aix’Qui? il y a quatre ou cinq ans avec notre ami Jean-Luc Irondelle pour un évènement L’Hirondelle et le Corbeau, c’était un spectacle autour de la poésie et aussi du Dub et de toute cette musique actuelle. À cette occasion-là, on avait monté le premier Trident. C’était formidable et tellement différent dans la manière d’aborder la musique que Garage nous a réinvités. Pendant le confinement on a fait un concert sur internet (en streaming au Keep Smiley Studio ) et on a remonté le Trident avec le plasticien Brev’Art et ses totems. Patrick Garage a vu ce spectacle-là, vidéo uniquement, ça l’a emballé, et il a dit : « il faut que vous veniez, on va refaire un tour du Pays d’Aix ». Et voilà, nous sommes à Trets et nous avons remonté l’équipe spécialement pour ce soir.

Au niveau du répertoire, comme on doit jouer seulement quarante-cinq, cinquante minutes, donc sept à huit morceaux seulement, on ne joue que des morceaux du répertoire de Jo Corbeau, pas des standards, mais des morceaux assez connus.

Enfin, actuellement je compose aussi beaucoup j’ai aussi beaucoup de nouveaux projets.

C’est le confinement qui a permis le travail sur ces nouvelles compositions?

Oui! Et puis les voyages. Cela fait plusieurs années que je pars tous les ans en Inde, j’ai beaucoup écrit de poésies, avec le plasticien, nous avons un projet de livre avec mes poèmes et ses peintures et des temps de lectures lors d’expositions / poésies. J’ai beaucoup écrit, à la fois des poèmes et des nouvelles chansons, et j’ai commencé à en mettre en situation en studio. Je travaille notamment avec notre ami Kilo, le batteur et aussi avec Rastyron. Chacun m’aide à mettre en place ces nouveaux morceaux. À Aubagne, j’habite Aubagne, je mets en place aussi de nouvelles chansons avec Elvas, un auteur compositeur interprète merveilleux. On est restés deux ans sans travailler du tout, donc c’est une occasion fantastique de se retrouver et de jouer de la musique vivante. J’appelle ça maintenant Organic Music : OM !

L’Inde vous influence?

J’y vais toutes les années depuis maintenant dix ans. Il n’y a que depuis la crise sanitaire que je n’ai pas pu y retourner. J’ai été rapatrié, car je m’y suis retrouvé pendant le confinement. Mais il est vrai que l’Inde m’a beaucoup apporté au niveau de l’inspiration et je me languis d’y retourner.

Il y a tant de dimensions dans ce que peut apporter l’Inde, lesquelles vous nourrissent?

Au cours des années soixante-dix, je suis parti et j’ai voyagé en Inde. Ensuite, je suis resté presque trente ans sans y retourner, en étant sur d’autres recherches, d’autres préoccupations culturelles, mais déjà, à l’époque ça m’avait beaucoup changé. Ensuite c’est une autre Inde que j’ai retrouvée trente ans après, mais j’étais content d’y revenir. Un ami m’avait offert un livre sur l’Inde, sur les vieilles architectures, sur des pensées. En tournant les pages, je tombe sur un ancien lieu en Inde du Sud qui s’appelle Aïoli. Alors là, quand j’ai vu ça j’ai dit que c’était un signe qu’il fallait que j’y retourne. Je suis reparti en Inde. Après avoir pas mal voyagé, j’y ai trouvé un petit village où je suis très bien accueilli, où j’ai des amis, j’y ai une petite cabane au bord de l’eau de la mer, et c’est très bien.

Est-ce que c’est à cause de l’oiseau d’Apollon Jo Corbeau?

D’Apollon? Non, je ne crois pas, j’aime beaucoup Apollon, mais ce n’est pas du tout cette dimension qui a été mise en œuvre à ce propos… je connais moins la culture grecque, même si je me suis intéressé aux Salyens, à la culture gréco-phocéenne. En vérité cela ne vient pas de là, mais cela concrétise encore plus l’histoire que je vais chercher maintenant, ici d’ailleurs il y a le mont Olympe (rires). Le corbeau remonte aux années soixante-dix, quand j’étais avec une troupe qui s’appelait Albert et sa fanfare Poliorcétique. C’était un spectacle de rue, on aimait beaucoup le Magic Circus, des gens comme ça, on a été parmi les premiers à faire du spectacle de rue. On était dans une ferme en Anjou pour préparer nos spectacles, faire nos décors, et on faisait la fête évidemment. Et au matin d’une nuit d’orage je suis allé me promener dans les prairies alentour, il y avait un petit soleil qui fit briller quelque chose par terre que je ramassai. C’était une plume de corbeau. J’étais étonné de la trouver et je perçus encore comme un miroir, un éclair de lumière, c’était une autre plume de corbeau. Ces deux plumes m’ont conduit vers la lisière du bois et fait découvrir un grand corbeau qui était sur le dos, les ailes en croix, peut-être était-il mort dans la nuit avec l’orage, peut-être foudroyé, et c’est à ce moment-là que je suis devenu corbeau. (rires)

Lmétempsycose quoi!

Je me suis mis à méditer et ma copine m’a dit : « et bien maintenant tu t’appelles Jo Corbeau ». C’est elle qui a décidé ça à l’époque et voilà je suis resté un peu sur cette mythologie du corbeau beaucoup aussi à travers Castaneda avec ses écrits sur les chamanes, et les lectures sur les mythologies d’une manière globale. Il y a quelques années, quand je suis revenu avec toutes mes chansons écrites en Inde, qui était tellement différentes de ce que je pouvais produire ailleurs, j’ai créé un groupe spécifiquement pour ces titres qui étaient inspirés en grande partie par la mythologie indienne, la spiritualité ou des expériences, et je l’ai appelé Bhushundi Bardaï c’est à dire les Bardes de Bhushundi qui est le nom d’un corbeau que l’on rencontre dans le Ramayana.

Donc finalement, Apollon qui vient maintenant et qui m’a beaucoup inspiré dans mon spectacle Le jardin paradoxal où il y a tout un travail autour de la région, et de sa dimension grecque. Je me suis appuyé sur des livres qui racontaient la fondation de Marseille, en particulier un livre qui s’appelle Le Panépopéion de Spiridon de Mazargues et qui raconte qu’en fait le grand amphithéâtre d’Apollon c’est le cercle des collines qui descendent depuis la Sainte Baume et qui encerclent comme ça Marseille.

C’est beau !

(rires)

Et vous, vous faites partie de la mythologie marseillaise maintenant ?

C‘est vrai, hein ! Là je m’aperçois que ça devient plus sérieux, il y a des historiens du Mucem qui me font des interviewsénormes qui durent des heures où je raconte le moindre détail de toutes ces aventures et je sais que c’est plutôt en bonne voie pour rester enregistré, officiel. Je vais certainement aussi donner mes archives au Mucem tout ce qui est vidéo, cassettes, articles, etc, c’est ça qui est important, c’est que les choses soient bien claires aussi. Des historiens commencent à comprendre comment le reggae a pris un petit peu en charge comme des grands-tontons le rap naissant et qu’après il n’y a jamais eu le renvoi de la balle comme on dit vers le reggae qui est toujours resté marginalisé et underground.

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Photographie © Jean-Baptiste Denizot