Les Inouïs, le tremplin découverte du Printemps de Bourges, dévoilent leur sélection régionale en Paca

Les Inouïs feront peut-être le Printemps

Les Inouïs, le tremplin découverte du Printemps de Bourges, dévoilent leur sélection régionale en Paca - Zibeline

La sélection régionale du tremplin dédié aux artistes émergents et organisé par le Printemps de Bourges attend son finaliste. Plongée dans les préparatifs du dispositif.

Juliette, Jeanne Cherhal, Christine & the Queens, François and the Atlas mountains, Skip the Use, Fauve, Feu ! Chatterton, Fakear, Thylacine, Eddy de Pretto… Nombreuses et nombreux sont les têtes d’affiche d’hier et d’aujourd’hui à être passés par un dispositif de repérage de l’émergence artistique mis en place par le Printemps de Bourges. Qu’il se nomme Découvertes ou actuellement Inouïs (lire encadré). Dans le Sud-Est, les noms d’Anaïs, Chinese Man ou plus récemment Hyphen Hyphen ont eux aussi vu leur carrière prendre un nouvel envol grâce au festival incontournable de musiques actuelles qui avance sûrement vers son demi-siècle d’existence. L’antenne territoriale des Inouïs est animée par le Pam, pôle de coopération des acteurs de la filière musicale en région Sud et Corse, qui assure l’organisation et la production des différentes étapes du tremplin. À la coordination depuis deux ans, Charlie Maurin, chargé d’accompagnement artistique et programmateur au sein de la Smac varoise Tandem. Parmi ses missions, le recrutement d’un jury, différent à chaque édition et représentatif des professionnels de la filière musicale des deux territoires. En 2021, la vingtaine de membres a écouté quelque 150 groupes candidats – un peu moins que les années précédentes – pour en présélectionner neuf dont un systématiquement issu de Corse. Rock, pop, folk, chanson, world, hip-hop, la sélection régionale s’attache à respecter la diversité d’esthétique des musiques actuelles. « Il n’y a pas assez d’électro », estime Charlie Maurin. Ces dernières années, la balance penchait plutôt du côté du hip-hop quant aux finalistes régionaux. Ce fut encore le cas en 2019 avec Zamdame. Mais parfois les jurés peuvent réserver des surprises, comme l’an dernier avec Parade, groupe post-pop de la région marseillaise. Ces derniers entament une carrière prometteuse à l’instar de Baja Frequencia, piliers du label Chinese Man Records ou des rappeurs marseillais Wilko & NDY, repérés lors d’éditions antérieures. Car les Inouïs offrent indéniablement « un bon tremplin, favorisant des signatures, que ce soit avec un tourneur, un label ou une boîte de production ».

Avant d’atteindre les feux de la rampe, les jeunes musiciens ont quelques marches à franchir. Le processus démarre par un appel à candidatures en octobre. Une étape ouverte à toutes les formations qui composent des morceaux originaux. Les neuf retenues sont invitées à passer des auditions régionales en début d’année. En 2021, elles ont eu lieu les 12 et 13 février à 6mic, à Aix-en-Provence. La désignation des compétiteurs qui se produiront au Printemps de Bourges revient à un jury national qui sélectionne entre zéro et trois finalistes par antenne, au cours d’une dernière audition à Paris. Ils ne seront plus qu’une trentaine pour l’ultime étape : leur participation à l’un des événements musicaux parmi les plus observés de France, devant un public aussi bien composé de festivaliers que de professionnels de la filière. À la clef de la compétition finale, trois prix, celui du jury, du Printemps de Bourges et du public mais surtout une participation à divers festivals partenaires ainsi qu’une session d’enregistrement pour le lauréat du prix du public.
Qui, parmi Sovox, Avve Mana, Benzine, Narca, Euteïka, Carla de Coignac, Omri Swafield, Dario Della Noce et Fuzzcake ira jouer à Bourges en 2021 ? Réponse autour du 25 mars.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2021

Photo : Benzine ©Alexia Mustafic



Une reconnaissance et une étape

Des artistes présélectionnés pour les Inouïs racontent leur expérience.

Narca le confesse : il « s’est inscrit pour s’inscrire ». Jamais il n’aurait pensé être présélectionné. Par humilité ? Plutôt parce que sa « musique n’entre pas dans une case ». Mais les Inouïs ayant leur classification, c’est l’étiquette pop qui lui sera collée, à lui, l’artiste qui a signé dans un label urbain. « Je fais de la musique pour m’évader de tout ça (les étiquettes, ndlr)» Quand Kevin Prenat, de son vrai nom, apprend la bonne nouvelle, c’est branle-bas de combat. « Je n’avais pas prévu de remonter sur scène si rapidement. J’ai eu un mois pour me préparer. » Après six jours de résidence pendant lesquels il s’entoure de DJ Djel et de choristes gospel, Narca livre un show spécialement conçu pour l’audition à 6mic. « C’était très risqué mais j’aime les challenges ». De ce tremplin musical, le Marseillais, comme la plupart de ses compagnons de compétition, attend surtout qu’il le positionne dans l’angle de vue des professionnels et des médias. Qu’ils aillent plus loin ou pas, Benzine voit déjà l’apport de leur participation au dispositif régional. « Une visibilité et des prises de contact pour la suite », explique Samir Mohellebi, du duo « raï machines » arabophone apparu sur la scène marseillaise en juin 2019. Quoiqu’il arrive, leur premier album est en cours d’enregistrement et la signature avec un label en pourparlers. Mais de reconnaître qu’une sélection en finale des Inouïs « pourrait accélérer les choses ». Postulant malheureux à deux reprises, Dario Della Noce voit sa troisième candidature aboutir. « C’est déjà une petite réussite et même si je n’ai pas attendu de validation pour faire de la musique, c’est en quelque sorte une reconnaissance. » Son EP sorti en novembre, il considère l’expérience des Inouïs comme « une des étapes qui peuvent aider à développer une carrière à conditions de les multiplier ». Omri Swafield est un cas à part. Cet Israélien installé en France depuis cinq ans a déjà participé aux Inouïs en 2017, mais de l’autre côté du Rhône, en Occitanie, et avec un autre groupe, Ilhaam Project. N’ayant pas dépassé le stade de la présélection, il était pourtant destiné à se produire à Bourges. « Les organisateurs nous ont appelés pour qu’on joue sur une grande scène devant 3 000 personnes. Mon plus grand concert ! » Corse de l’étape, Fuzzcake n’est pas du genre à se mettre la pression. « Le groupe était en pause après une tournée annulée, c’était l’occasion de rejouer ensemble, de se motiver à se remettre dans le bain et de renouer avec le milieu professionnel. » Et de le dire franco : « On ne fait pas de la musique grand public, on n’a pas trop d’espoir ». Le groupe de rock garage semble oublier que l’année dernière, c’est une formation plutôt underground, Parade, qui a récolté les suffrages.



Des Scènes ouvertes aux Inouïs encadré

Petit historique d’une compétition qui l’est tout autant.

La dimension découverte apparaît à l’origine du Printemps de Bourges. Dès 1977, année de création de la manifestation, les Scènes ouvertes offrent aux jeunes artistes la possibilité de se produire en public. Puis les Tremplins du Printemps, organisés à partir d’une sélection de cassettes envoyées par de jeunes artistes, intègrent la programmation officielle. Le succès dépasse les espérances de la direction qui décide de créer un réseau d’antennes dans tout le pays, en s’appuyant sur des professionnels qui engagent dans les régions un travail d’exploration de la scène locale. L’édition de 1985 acte la naissance des Découvertes du Printemps de Bourges. L’association ne compte alors que trois antennes territoriales. Elles seront huit l’année suivante, puis vingt-deux dès 1988. En 1989 leur maillage couvrira tout le territoire, et au-delà, jusqu’aux pays francophones, Québec, Suisse, Belgique. À partir de 2000, les sélections s’effectuent selon une classification en quatre esthétiques : rock, chanson, électro, hip-hop. Les Découvertes deviennent l’un des attraits majeurs du festival, suscitant l’intérêt des professionnels en quête d’artistes émergents. Elles changent une nouvelle fois de nom en 2012 pour devenir les actuels Inouïs. Sous la tutelle artistique de l’équipe de programmation du festival et soutenu par les grandes institutions, ils constituent le seul dispositif du réseau à la fois national et régional, dédié au repérage et à l’accompagnement des jeunes artistes.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2021