L’œuvre « obstinément méditerranéenne » de Picasso au Musée d'art de Toulon

Les habits neufs du Musée d’art de Toulon

• 27 novembre 2019⇒23 février 2020 •
L’œuvre « obstinément méditerranéenne » de Picasso au Musée d'art de Toulon - Zibeline

Après La Rue des arts et avant l’éco-quartier Chalucet, Toulon poursuit sa métamorphose avec un musée totalement relooké et une exposition inaugurale inscrite dans la manifestation internationale imaginée autour de l’œuvre « obstinément méditerranéenne » de Picasso.

Autant l’écrire tout de suite : c’est le jour et la nuit ! Fini le hall d’entrée aux allures de salle des pas perdus, les escaliers monumentaux qui résonnent dans le vide, l’accueil à l’étage et les salles tristounettes… Désormais le Musée d’art affiche son label « Musée de France » avec panache. Car sous la houlette des architectes mandataires Duchier + Pietra, à qui l’on doit également le Zénith, le Théâtre Liberté à Toulon et Le Pôle au Revest, le Musée d’art a fait peau neuve et ça se voit.

En moins d’un an, la cour intérieure ouverte sur le boulevard Général Leclerc (l’un des axes les plus importants de la cité) a été réaménagée en pentes douces et gradinages entremêlés avec un éclairage moderniste, deux bassins avec jets d’eau et deux autres en eau stagnante propice aux nénuphars ; la galerie du rez-de-chaussée offre des cimaises contemporaines et une scénographie autrefois cruellement absente ; le hall d’entrée situé dans la continuité du parvis est doté d’une banque d’accueil et d’une boutique-librairie en bois ; les cinq arcades du rez-de-chaussée ont été ouvertes pour offrir un jeu de transparences intérieur-extérieur ; l’hygrométrie est désormais stable grâce à une nouvelle gestion des conditions climatiques de conservation des œuvres.

Stoppé durant le temps de l’exposition inaugurale, le chantier reprendra de mars à juin 2020 en vue de la mise en service complète du bâtiment : les salles à l’étage accueilleront les expositions temporaires, l’historique bibliothèque conservera ses boiseries uniques et permettra l’accès à 70 000 ouvrages, les locaux administratifs seront rénovés. Une gageure en un temps si bref, comme le souligne le cabinet d’architecture, dont le projet répond à « la volonté de remanier sans renier ce musée qui s’est éteint avec le temps, en respectant les caractéristiques d’ordonnancement » du bâtiment inauguré en 1888. Prochaine étape ? La construction et l’aménagement d’un centre de conservation des réserves muséales (tous musées confondus) actuellement à l’étude au niveau métropolitain. À Toulon, on rêve déjà d’un « CCR » à la manière du Mucem…

Picasso et le paysage méditerranéen

C’est sans nul doute le plus bel événement de sa vie de conservatrice en chef des musées de Toulon : diriger un Musée d’art qui n’a désormais plus rien à envier à ses confrères en région, et fêter l’événement en compagnie de Picasso ! Pourtant, Brigitte Gaillard reste à l’identique, disponible, remerciant les partenaires publics et privés qui l’ont conduite à sceller le projet avec le Musée national Picasso-Paris. Le résultat : le choix d’un sujet peu traité auparavant, celui du paysage dans l’œuvre de Picasso « même si ce n’est pas un thème majeur » et « le souhait de mettre en lien les artistes qui ont travaillé sur le territoire pour les mettre en regard de ses œuvres ». Ainsi l’exposition rassemble quelques toiles et dessins de Braque, Dufy, Derain, Kisling, Friesz, Gris, Lhote, Herbin et des photographies de Capa, Picault, Villers, Clergue et Duncan qui portent un regard personnel sur ses différents ateliers et lieux de vie en Provence et en Côte d’Azur où il s’est installé définitivement en 1948.

Cette approche induit un lien intime avec l’artiste, une proximité que l’on peut faire sienne quelques secondes, et apporte à l’ensemble une touche vivante et joyeuse. Outre quelques pièces rares prêtées par des collectionneurs privés (notamment La villa Chêne Roc à Juan-les-Pins où il résida en 1931), l’exposition recèle cinq huiles sur bois miniatures réalisées en plein air en Galice entre 1895 et 1899, propriétés du Musée Picasso de Barcelone. Ces paysages classiques, peints dix ans seulement avant L’Arbre de 1907 qui marque sa période cubiste, introduisent le parcours thématique découpé en quatre sections : Le paysage en Espagne, Le paysage cubiste, Le paysage et l’atelier, L’attrait du Midi. Car dès 1919, Picasso passa tous ses étés au bord de la Méditerranée dont il peignit les plages, les paysages ensoleillés, les collines et les arbres avant de poser son regard sur la montagne Sainte-Victoire, près du château de Vauvenargues où il repose.

Saison Picasso

Tous les équipements culturels se sont mis à l’heure Picasso. De l’Opéra qui met l’accent sur ses relations avec la musique et la danse, à la Maison de la photographie et son partenariat avec l’Agence Magnum (jusqu’au 26 janvier), du Théma « Un jeu d’enfant » proposé par le Théâtre Liberté (jusqu’au 25 janvier) au Conservatoire TPM qui lui consacre son Festival d’Automne (jusqu’au 7 décembre) et à la Galerie de l’École supérieure d’art et design qui invite étudiants et artistes résidents à s’emparer du thème du paysage pour l’exposition Le paysage en mouvement (jusqu’au 8 janvier). Même au-delà de la cité toulonnaise, à la Villa Pacha à La Seyne-sur-Mer avec l’exposition monographique d’Alun Williams qui cite Picasso dans ses œuvres (jusqu’au 9 février), la Villa Noailles à Hyères au cœur des relations entre le couple de mécènes et l’artiste espagnol (jusqu’au 12 janvier), et le Pôle avec la compagnie italienne Piccoli Principi et le clown Bottom de la compagnie Cahin-Caha… Difficile d’échapper au regard noir et profond de Picasso qui nous accueille au seuil du Musée d’Art et nous salue à la sortie tel le guide suprême de ce parcours à sa gloire.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2019

Coût total de l’opération : 12 760 000 € financés par la Ville (5 587 500 €), le Département (2,7 M €), la Région (1,8 M €), la Drac (700 000 €) et TPM (387 500 €)

Picasso et le paysage méditerranéen
jusqu’au 23 février
Musée d’art, Toulon
04 94 36 81 01 toulon.fr

Photo : Inauguration. Hubert Falco, maire de Toulon et Brigitte Gaillard, conservatrice en chef des musées de Toulon © Olivier Pastor