Films Femmes Méditerranée

Les femmes à l’œuvre

Films Femmes Méditerranée  - Zibeline

Pour sa 13e édition, FFM, festival régional et marseillais, a rencontré un succès public impressionnant. Rencontre avec sa directrice administrative, Marité Nadal

Zibeline : Cette édition a rencontré un vif succès. Quelles en sont les raisons selon vous ?

Marité Nadal : Nous aussi avons été très agréablement surprises par la fréquentation exceptionnelle, malgré les orages. Et par la présence de jeunes, non pas des scolaires avec qui nous avons l’habitude de travailler mais de nombreux trentenaires absents des éditions précédentes.

Est-ce que cela est dû à un changement d’orientation, de lieu, de programmation ? De moyens peut-être ?

Oh non, si nos ambitions sont grandes, nos moyens sont toujours aussi modestes ! Non je pense que cette année le contexte général qui s’interroge enfin sur la place des femmes au cinéma a donné une actualité à ce que nous faisons depuis 13 ans. La table ronde sur le cinéma des années 70 a permis de pointer nos régressions. La menace actuelle sur le droit à l’avortement contraste tant avec l’esprit de liberté de l’époque, que l’on voit dans le film de Coline Serreau Mais qu’est ce qu’elles veulent ?, ou celui d’Agnès Varda L’une chante l’autre pas ! Non, nos préoccupations n’ont pas changé, elles trouvent aujourd’hui davantage d’écho…

Comme ce qui se passe en Méditerranée ?

Sans doute aussi, la Méditerranée est aujourd’hui tellement blessée… Après la manif de soutien à l’Aquarius il y avait beaucoup de monde dans la salle.

Vous parlez de moyens modestes, quels sont-ils ?

Notre économie repose entièrement sur une équipe de femmes bénévoles qui programme, organise, administre… Les deux emplois aidés que nous avions vont disparaître, avec leur savoir-faire, leur mémoire aussi des dernières éditions. On ne peut pas les embaucher. Nous ne pouvons pas accueillir les réalisatrices plus d’un ou deux jours, dans des conditions très modestes, et tout le budget va à la programmation.

À quelle hauteur êtes-vous financées, et comment ce budget a-t-il évolué ?

La Région est notre principal financeur, 20 000 €, plus 9000 cette année pour la table ronde. La Ville de Marseille a baissé de 10 000 à 9000 €, mais nous a aidées sur la communication. Quant au Conseil départemental, il était à 10 000 €, puis a tout coupé, et il est revenu aujourd’hui à 5000€.

43 000 euros, c’est une misère pour 15 jours de festival ! Comment faites-vous ?

On a quelques recettes en billetterie, un partenariat avec Hyères, des sponsors privés, des accords avec les cinémas. Et on va nous-mêmes chercher les réalisatrices à l’aéroport, on se fait offrir les buffets…

Artistiquement, qu’avez-vous retenu de ce festival ?

Les 13 en courts programmés par Annie Gava (notre collaboratrice ndlr) étaient exceptionnels. Et j’ai vraiment été frappée par I Am Truly a Drop of Sun on Earth, d’Elene Naveriani, un film géorgien donc, en noir et blanc, qui raconte avec une grande sobriété la rencontre d’une prostituée et d’un migrant nigérien dans les caves d’un hôtel de luxe. Panoptic aussi, de Rana Eid, un documentaire qui revisite brillamment la mémoire de la guerre civile au Liban. Inédit car interdit à Beyrouth. Le viol du routier est également très marquant, Juliette Chenais de Busscher a réalisé un film très atypique, road movie en noir et blanc et qui pour l’instant ne sort pas en salle…

Le film de clôture, Figlia mia de Laura Bispuri, met en scène deux femmes autour d’une petite fille dont elles se disputent la maternité, génitrice ou d’adoption. Une est très croyante, sans sexualité et quasi sainte, l’autre assez putain. La réalisatrice joue de ces clichés du sud de l’Italie et met en scène la maternité, et la rivalité complicité des femmes…

Oui, ce film est surtout habité par trois actrices extraordinaires, la petite fille en tête, vraiment incroyable ! Laura Bispuri est une réalisatrice que l’on suit depuis 2011, avec un court-métrage Biondino, plusieurs fois primé depuis. Son premier long métrage, Vierge sous serment, projeté à FFM en 2015, était formidable… C’est important pour nous de suivre les réalisatrices, qui ont tellement plus de difficultés que les réalisateurs à trouver des productions, puis des distributions pour leurs films. On est vraiment attentives à soutenir, sur le long cours…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2018

Films Femmes Méditerranée s’est tenu du 4 au 13 octobre à Marseille, du 17 au 21 octobre à Hyères, Cucuron, Port de Bouc, Toulon et La Ciotat

Photo : Figlia Mia, de Laura Bispuri ©Vivofilm