Aurillac annulé : les arts de la rue se mobilisent

Les arts de la rue manifestivent à AurillacVu par Zibeline

Aurillac annulé : les arts de la rue se mobilisent - Zibeline

Une Grande Manifestive a eu lieu pour dénoncer l’annulation du festival d’Aurillac. Entretien avec Laetitia Lafforgue, présente sur place.

La décision par le Préfet du Cantal d’annuler à Aurillac l’édition 2021 du plus grand festival d’arts de la rue en France, « pour des raisons liées au maintien de la sécurité et de l’ordre public, renforcées par une situation sanitaire de nouveau préoccupante » n’est pas passée. Artistes et compagnies, grandement fragilisés par les différentes mesures prises par les pouvoirs publics en réponse à la pandémie de Covid, et dont la survie économique est liée à la tenue des festivals, ont dénoncé une injustice de trop. D’autant que le risque de contamination en extérieur est faible. La Fédération nationale des arts de la rue a lancé un appel à mobilisation sur place le 18 août, « pour rendre à la rue ce qui est à ses arts ». Laetitia Lafforgue (Cies Les Goulus et Ktha) était présente lors de la Grande Manifestive à Aurillac.

Zibeline : Comment s’est passée la manifestation ?

Laetitia Lafforgue : Il y avait du monde. Beaucoup plus que ce que nous espérions, environ 1500 personnes. Nous attendions 400 artistes professionnels, en comptant large. Les autres participants sont donc des membres du public, des Cantalous, des Aurillacois… Cela fait un an et demi que l’on en bave, les gens sont fatigués, il y a des tensions ; on a besoin aussi d’espaces de fête. Je pense que c’est, entre autres raisons, pour cela que nous étions nombreux.

Il y a eu des prises de parole ?

Oui, plusieurs interventions artistiques, par exemple la lecture de la Déclaration des Poètes de Patrick Chamoiseau. Par ailleurs, le maire (Pierre Mathonier, ndlr) a redit l’attachement des élus d’Aurillac aux arts de la rue. Il va contacter d’autres maires, notamment de villes qui ont des Cnarep* sur leur territoire, pour organiser un front commun et faire en sorte que nos métiers soient pris en compte comme une partie de la culture, et non pas mis à part. Lui n’était pas contre la tenue du festival, c’est le préfet, représentant de l’État (Serge Castel, ndlr), qui a pris la décision d’annuler. Les maires perdent de leur pouvoir, ils espèrent retrouver leur latitude d’agir.

Le préfet a donné l’autorisation de manifester ?

La Fédération nationale des arts de la rue s’est occupée de demander l’autorisation, a organisé le parcours, la logistique… On ne peut pas interdire de manifester en France si aisément que cela : quand on touche à ce droit, ce n’est pas rien.

Percevez-vous une continuité de cette mobilisation avec les occupations de lieux culturels qui ont eu lieu partout en France avant l’été, à la suite de l’Odéon ?

Pas vraiment une continuité, plutôt un cousinage. Nous avons été aussi impactés que les artistes se produisant en salles depuis le premier confinement, mais il y a une spécificité à jouer dans l’espace public : les règles sanitaires s’ajoutent aux règles sécuritaires. Nous avons des problèmes en commun -la culture dans ce pays est mise à mal- et un ras-le-bol : ça suffit, on n’est pas d’accord pour faire du flicage, comme s’il y avait des bons citoyens et des mauvais, ce n’est pas à nous de faire ça ! La plupart d’entre nous sont contre le Pass sanitaire. Ce que l’on défend c’est de s’adresser à tous dans l’espace public. Nous demander de trier les gens va contre notre nature.

C’est aussi ce que défendent les bibliothécaires, nombreux à se mobiliser contre l’application du Pass sanitaire dans leurs établissements, car l’une de leurs missions fondamentales est d’accueillir quiconque sans discrimination.

Exactement, ce parallèle fait sens. Il est important de dire que, bien-sûr, cette manifestation a eu lieu en réaction à l’annulation d’Aurillac, car c’est un symbole, mais au-delà de ça, plus globalement nous défendions les libertés qui sont attaquées. La liberté d’expression, de création, de circulation aussi. Aujourd’hui j’entendais quelqu’un dire que la santé, la sécurité, tout cela ce sont des biens, des droits. Mais la liberté c’est une valeur, et les valeurs doivent être au-dessus des biens et des droits.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Août 2021

* Centres nationaux des arts de la rue et de l’espace public. Par exemple Lieux Publics, à Marseille et le Citron Jaune à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Photo : Marianne guidant le peuple lors de la Grande Manifestive à Aurillac le 18 août 2021 -c- Laetitia Lafforgue.jpg