L'Enipse a désormais pignon sur rue à Marseille et Nice

L’Enipse ouvre ses portes à Marseille et Nice

L'Enipse a désormais pignon sur rue à Marseille et Nice - Zibeline

L’Équipe nationale d’intervention en prévention et santé (Enipse) dispose désormais de locaux dans les deux villes de Paca.

Depuis plus de trente ans, l’Enipse agit dans le domaine de la lutte contre le sida et les autres infections sexuellement transmissibles, en accompagnant les établissements festifs LGBT+ dans la mise en place de dispositifs de prévention. « On propose de la documentation, des préservatifs, du gel et également des formations pour toutes personnes qui interviennent dans ce réseau, que ce soient des associations ou des établissements commerciaux », précise Richard De Wever, délégué régional en Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse. À l’origine de l’association, un regroupement d’exploitants d’établissements parisiens qui, en pleine explosion du VIH, fonde le Sneg, le syndicat national des entreprises gay. « À l’époque, distribuer des préservatifs n’était pas dans les mœurs », témoigne le responsable. En 2013, le volet prévention sort de la structure syndicale pour devenir l’Enipse. Restaurants, bars, librairies, clubs, saunas et autres lieux à vocation sexuelle, les adhérents relèvent d’activités aussi variées que le drapeau arc-en-ciel de la communauté. « Depuis les années 2010, notre cœur de métier est devenu le dépistage du VIH et de l’hépatite C. » Et d’intervenir également pour la prévention et la réduction des risques en matière de consommation de produits. Si l’Enipse -et précédemment le Sneg- est présente depuis l’origine en Paca, elle n’avait toujours pas pignon sur rue.

Un public alternatif, plus précaire

C’est chose faite depuis l’ouverture de locaux, entre décembre et janvier derniers, dans les deux principales villes du territoire. « Nous accueillons prioritairement les publics LGBT+ mais la porte est toujours ouverte. » Outre les établissements de pratiques sexuelles entre garçons, l’association est aussi présente dans les lieux de libertinage qui concernent davantage les personnes hétérosexuelles. Sur le même créneau que le Spot, centre de santé sexuelle de l’association Aides à Marseille, l’Enipse met davantage en avant « une approche globale de la personne, qui prend en compte sa situation, son histoire » afin de l’orienter en fonction de ses besoins spécifiques vers des médecins et structures partenaires comme les Cegidd (centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic), les Caarud (centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou des association telles que Transat et T-Time, dédiées aux personnes trans.

« On peut dire qu’on fait la même chose qu’Aides mais différemment, de façon complémentaire. » Comme l’explique Grégory Dodane, chargé de prévention en ouest Paca : « Nous intervenons également dans le domaine de la santé mentale avec une psychologue sexologue addictologue et essayons de nous adresser à un public plus queer alternatif, parfois plus précaire, qu’on ne voit pas dans les établissements commerciaux et que l’on peut toucher grâce aux réseaux sociaux ». Depuis le premier confinement, Internet permet de rester en contact avec la communauté, en étant par exemple connectés aux applications de rencontres géolocalisées.

Des étudiants mal informés

Une ligne d’écoute a également été ouverte dans la période, y compris pour les commerçants et leurs salariés. « Comme on ne peut plus faire de visites, on les appelle tous les quinze jours », indique Loïc Jourdan, coordinateur du pôle Paca Est, à Nice. Et de se souvenir par ailleurs de signalements de « problèmes d’homophobie et de transphobie, surtout intrafamiliaux, du fait du confinement et de l’enfermement dans la famille. Il y avait besoin de parler ». « Pas mal de gens ont été coupés des centres de dépistage et demandaient des auto-tests, ceux sous Prep (traitement préventif protégeant du VIH, ndlr) ont vu leur rendez-vous de suivi annulés. L’Agence régionale de santé nous a aussi demandé d’aller à la rencontre des personnes éloignées des parcours de santé, notamment dans les Hautes-Alpes », poursuit son collègue marseillais.

Ville au réseau LGBT+ plus large avec une trentaine d’établissements, Nice a vu l’équipe passer de deux à cinq salariés dont une femme, depuis septembre dernier. « On a développé de nouveaux projets, notamment en direction des jeunes. Nous sommes présents dans les onze campus de l’université à travers des villages associatifs où les étudiants peuvent rencontrer d’autres structures comme le Planning familial pour la contraception ou le Caarud pour les addictions », indique Loïc Jourdan. L’occasion pour l’équipe de constater « pas mal d’idées reçues sur le VIH. Beaucoup croient qu’on en guérit ou ne réalisent pas qu’il existe. Des étudiantes pensent s’en protéger en utilisant la pilule… ». Un manque d’information inimaginable il y a encore quelques années dans ce milieu. « On parle du préservatif au collège et au lycée mais à la fac, ça n’existe plus. »

LUDOVIC TOMAS
Mars 2021

Photo : Noémie Pillas, Richard de Vewer et Grégory Dodane, dans les locaux de l’Enipse, à Marseille © Ludovic Tomas

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