Marseille va retrouver son Babel Music, version XP

Le retour de Babel

• 26 novembre 2020⇒27 novembre 2020, 25 mars 2021⇒27 mars 2021 •
Marseille va retrouver son Babel Music, version XP - Zibeline

Le grand rendez-vous artistique et professionnel des musiques du monde revient à Marseille. Réinventé à partir de ses fondamentaux, il aura lieu en mars 2021. Entretien avec la nouvelle direction.

Disparu du calendrier depuis 2018 en raison du retrait de la Région Sud-Paca, son principal financeur, Babel Med Music, renaîtra de ses cendres au prochain printemps. Un nouveau nom, Babel Music XP, une nouvelle vision et une nouvelle gouvernance, toujours issue de la structure Latinissimo mais entourée de nouveaux partenaires. Au lendemain de la clôture des inscriptions avec 900 candidatures comptabilisées, Olivier Rey, directeur et Lucie Taurines, coordinatrice générale, nous révèlent les grandes lignes du projet.

Zibeline : Dans quelles circonstances a pu renaître Babel ?

Olivier Rey et Lucie Taurines : Suite à l’annulation de la dernière édition, on a travaillé à l’élaboration d’un nouveau projet, en incluant quelques innovations. Après quatorze éditions, il y avait des choses sur lesquelles on était très fort et d’autres qu’on a pas eu le temps de faire évoluer suite à une incompréhension avec la Région. Puis nous avons recontacté la collectivité pour savoir si elle pouvait être intéressée par une proposition avec une nouvelle forme de gouvernance et de nouveaux contenus. La Région a rouvert la porte et été l’institution moteur de ce renouveau. Sa condition était que nous fassions en sorte d’avoir une approche multipartenariale et de sortir de la doctrine où il n’y aurait qu’un seul partenaire principal. Ce qui par ailleurs fragilise un événement si jamais un partenaire décide de se retirer, comme cela est arrivé. Cela nous donne plus de travail parce qu’il faut frapper à toutes les portes mais ce n’est pas plus mal, si on arrive à fédérer toutes les collectivités territoriales. Il n’y aura plus de pré carré.

À quels autres changements s’attendre ?

Si c’est toujours la structure Latinissimo qui porte l’histoire et qui prend les risques, l’événement se fait en collaboration avec Zone Franche (réseau français fédérant tous les acteurs du secteur des musiques du monde, ndlr). Le fait de s’associer donne un attelage atypique entre des opérateurs et un réseau de professionnels transversal qui fait remonter les problématiques de la filière. Il y a des fondamentaux que Babel Med Music a posés et qui sont de vraies réussites. Le fait d’avoir toute la famille des musiques de la diversité, du monde, peu importe l’appellation, toute la filière rassemblée sous le même toit, pour un marché, des rencontres professionnelles et des concerts, dans une approche plutôt conviviale du business, c’est unique. Il y a quinze ans, Babel était pionnier et avant-gardiste, ce n’était plus le cas quinze ans après. Les usages des publics, les pratiques des artistes et des professionnels ont changé, il fallait mettre à jour la formule. Il y aura des conférences et des ateliers de formes différentes, si possible plus créatifs et plus participatifs. La crise du Covid ne nous tombe pas sur la tête par hasard. On sait que cela aura une incidence et ce sera l’occasion d’y réfléchir ensemble. Notamment en affirmant la démarche éco-responsable de nos pratiques.

Gardez-vous les mêmes principes en termes de programmation ?

Les candidatures ont été ouvertes du 24 juin au 29 juillet, avec le même principe de pré-écoute exécutée par Stéphane Krasniewsi, directeur des Suds à Arles et Séverine Mattei, co-directrice artistique de la Fiesta des Suds. 1300 artistes ou formations se sont inscrits dont 900 ont déposé des dossiers de candidatures finalisés. Un comité de sélection se réunira par la suite et déterminera la trentaine de groupes programmés en soirée. Nouveauté importante, il y aura un parrain, membre du comité de sélection, qui donnera une couleur supplémentaire à l’histoire et qui est Gilles Peterson (DJ pionnier de l’acid-jazz, producteur et fondateur-directeur du Worldwilde Festival à Sète, ndlr). C’est un choix pertinent pour son ouverture aux musiques du monde dans une approche moderne. Il est programmateur, il a un label donc il sait ce qu’est le développement d’artistes. C’est un signe fort que l’on veut envoyer. On alternera chaque année entre un parrain et une marraine et le comité de sélection sera à parité. Il sera dévoilé fin octobre et ne sera pas monolithique. Vu l’hétérogénéité des membres, on pense qu’il va y avoir des débats et c’est ça qui est intéressant.

Vous ne semblez pas satisfaits du terme « musiques du monde ». Pour quelles raisons ?

On essaie de s’en affranchir car il ne correspond pas forcément à ce que l’on a envie de pousser. Les musiques du monde ont un côté très ethno-centré et un peu daté. C’est une convention anglo-saxonne qui date des disquaires des années 80 qui ne savaient pas où ranger dans les bacs les autres trucs. On ne va pas réécrire l’histoire et l’essor de la world music dans les années 90 a permis d’ouvrir les oreilles. Mais le musicien qui fait du mbalax ou de l’électro au Sénégal ne dit pas qu’il fait des musiques du monde. L’expression « musiques actuelles du monde » n’est pas beaucoup plus satisfaisante mais elle définit un peu plus notre champ d’expression. Celui de musiques très politiques dans le sens où elles charrient les mutations du monde, depuis un territoire ou un patrimoine mais qui se projettent dans le XXIe siècle. On ne pouvait pas tenir ce discours-là dans les années 90, mais on est en 2020 et les frontières ont complètement explosé. Ceux qui font des musiques traditionnelles ont autant leur place à Babel Music XP que ceux qui font de l’électro ou du jazz.

Babel Med Music avait notamment dans sa feuille de route la valorisation la scène locale et régionale. Quelle place aura-t-elle dans la nouvelle formule ?

Auparavant, on était sur une forme de quotas. Ce ne sera plus le cas. Mais cela fera sans doute partie des incontournables, ne serait-ce que vis-à-vis de la Région. Le comité de sélection choisira fonction des candidatures des artistes qui doivent être prêts à tourner si les directeurs de grands festivals veulent les programmer. On n’est pas le Printemps de Bourges des musiques du monde. On valorisera bien sûr les groupes émergents mais seulement les professionnels. L’artiste est au cœur du projet maison s’intéresse à toute la filière musicale. Babel doit être une vitrine pour les acteurs locaux et les acteurs locaux, ce ne sont pas que les artistes mais tous les maillons de la chaîne. Il y a par exemple des structures régionales qui s’occupent d’artistes qui viennent d’ailleurs. C’est notamment sur cet aspect « pro » qu’il faut renforcer le travail.

Pourquoi un prologue dès novembre 2020 ?

Trois années sans Babel, cela devenait compliqué. On n’avait pas bien conscience de l’utilité du Babel mais quand ça s’arrête, on s’en rend compte. L’idée est donc de ne pas laisser une année blanche supplémentaire, d’autant plus dans ce contexte. C’est une façon de dire aux professionnels : ça y est, c’est reparti ! Il est vraiment nécessaire de rassembler toute la filière régionale, peut-être même au-delà du spectacle vivant, et de se poser après cette espèce de cataclysme qui nous a tous touché. C’est aussi une volonté de la Région de s’engager clairement puisqu’une subvention a déjà été votée pour ce prologue. Si la situation sanitaire le permet, ce que personne ne peut encore dire, il y aura des concerts en soirée (la programmation sera dévoilée en octobre, ndlr), des conférences, des rencontres, des ateliers avec comme message : reconstruisons-nous.

Qu’est-ce qui rend ce rendez-vous économiquement et artistiquement important ?

Nous nous sommes basés sur le résultat d’une grande consultation menée par Zone Franche au niveau national auprès de plus de 400 structures professionnelles et qui validait la légitimité d’un marché professionnel autour des musiques à Marseille. Tout le monde est d’accord sur l’idée que Marseille reprenne sa place de carrefour géostratégique pour la circulation des artistes et des œuvres. Des personnes nous remercient dans toute l’Europe de relancer cette aventure-là. Il y a une énorme attente parce que les autres marchés ont chacun leur spécificités et répondent à d’autres logiques. Venir à Marseille, en Méditerranée, cela a un sens particulier pour les Anglo-saxons, les Scandinaves. Notre objectif est de tisser des liens avec les autres grands rendez-vous nationaux et internationaux professionnels. Le temps n’est plus à la concurrence mais à l’invention de nouvelles formes de coopération.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Juillet 2020

Photo : Olivier Rey et Lucie Taurines ©Ludovic Tomas

Babel Music XP se tiendra du 25 au 27 mars 2021 au Dock des Suds, à Marseille, avec un prologue les 26 et 27 novembre prochains.