Les municipalités FN : l'exemple du Pontet

Le Pontet, aux portes d’Avignon

Les municipalités FN : l'exemple du Pontet - Zibeline

La petite commune de 17 000 habitants, coincée entre l’autoroute, la nationale 7, les voies TGV, un immense centre commercial et un centre pénitentiaire, est une des 11 villes françaises administrées par le Front national. Sans vague ni remous depuis 2015…

L’élection de Joris Hébrard en 2014, à trois voix près, avait été invalidée pour cause d’émargements douteux. Réélu largement en 2015, le maire considère que sa gestion remporte l’approbation. Et de fait il a été élu depuis conseiller départemental, et deuxième vice-président du Grand Avignon, grâce aux voix de la droite mais aussi de trois conseillers de gauche. Un exemple ?

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L’exemplarité : un credo pour la municipalité du Pontet. Le jeune maire, en dehors de quelques propos sur les 10 migrants « imposés par Paris, et il y en aura d’autres », n’est l’auteur d’aucune déclaration fracassante. Ses premières décisions ont entraîné des polémiques en 2014 : en particulier celle de supprimer la gratuité pour la cantine de certains élèves, tout en augmentant ses propres indemnités de 44% (décision cassée par le tribunal administratif). Mais depuis sa réélection, aucune vague.

Menaces et vulgarité

La deuxième campagne ne s’est cependant pas déroulée sans remous : Frédéric Delettre, conseiller municipal FN, a insulté (« Des merdes comme toi, j’en chie tous les matins ») et physiquement menacé (devant témoins et caméras) un élu centriste. En conseil municipal, puis dans un Mac Do où il l’avait suivi. Magali Ceci, conseillère municipale FN qui souhaitait que son collègue soit sanctionné, a elle aussi été insultée lors du conseil municipal qui a suivi (« Arrête ton truc, tu vas pas me casser les couilles, tu vas pas me casser les couilles », a élégamment proféré Stéphane Di Bernardo, adjoint à…. l’éducation), tandis que Xavier Magnin, directeur de cabinet, la menaçait directement : « Si tu sors une connerie, le lendemain je te flingue dans un communiqué ». Elle a démissionné depuis, lors d’un conseil municipal où Philippe Vardon, ex Bloc Identitaire, s’était invité pour « observer les réactions de l’opposition ». Intimidation ?

Xavier Magnin. Il a quitté la Ligue du Sud pour entrer au FN, et même son ancien patron (et oncle par alliance) Jacques Bompard lui reproche sa vulgarité. De fait Xavier Magnin, proche de Philippe Vardon, aujourd’hui conseiller régional, est capable de déclarations de ce type : « Il y a des réunions de salafistes au Pontet. Un jour, ils vont se réveiller, ces mecs-là. C’est pas un mec de l’Algérie qu’ils vont égorger, c’est toi peut-être. Donc les mecs qu’on combat, on ne les combat pas parce qu’ils ont foutu Le Pontet en faillite, je m’en branle de ça, mais parce que ces mecs-là […] ils sont les relais d’un parti qui avec l’immigration nous a mis dans la merde. On était il y a 40 ans, 50 ans, les leaders du monde, on est devenu la merde du monde. » Il qualifie effectivement l’opposition municipale (PS et républicains) de « traîtres au pays » parce qu’ils ont « fait rentrer en masse des Arabes, des Noirs et tout ce que tu veux ».

Culture et communication

Mais cela, c’était avant la réélection. Lorsque Xavier Magnin en voulait à Frédéric Delettre d’avoir « mis à mal sa communication », et se réjouissait du fait que la mort d’Hervé Gourdel (tué par Daesh en Algérie) ait permis de détourner l’attention de « ces connards de journalistes » de la rixe au Mac Do.

Depuis, pas de vague. Sandrine Bajard, adjointe à la culture, élue à l’agglomération, était intervenue au Mac Do pour empêcher la bagarre (« T’es con ou quoi ? Tu vois pas qu’ils sont en train de filmer ? »). Elle mène aujourd’hui une politique culturelle défendable : des contes médiévaux, des projections-débats de Connaissance du monde, du théâtre comique consensuel… Le Château de Fargues, municipal, accueille l’harmonie Rognonnaise ou « Une chambre pour deux , comédie hôtelière et déjantée ». Sans ambition donc, mais plutôt mieux qu’avant : le Pontet était un désert culturel.

Sandrine Bajard a bonne presse, et très bonne réputation auprès des habitants : la mairie d’Avignon, la communauté d’agglomération du Grand Avignon dirigée actuellement par un Gardois Républicain (Jean Marc Roubaud, maire de Villeneuve les Avignon) ne se gagneront pas sans une politique culturelle solide, et une communication moins brutale…

AGNÈS FRESCHEL
Février 2017

Lire notre présentation du dossier complet consacré à la culture dans les villes FN, paru dans les numéros 104, 105 et 106, ainsi que les autres épisodes, progressivement mis en ligne : 

Beaucaire sous l’ère identitaire

Vitrolles ou la réconciliation par la culture

Fréjus mise au pas

Orange, 20 ans d’extrême-droite

Béziers : Peur sur la ville

A lire également :

Le Front National et le malaise culturel

Photos :

Panneau d’affichage au Pontet © Jan-Cyril Salemi

Capture écran Twitter Steeve Briois © X D R