Le destin du Polygone étoilé, cinéma unique en son genre, en supens à Marseille

Le Polygone condamné ?

Le destin du Polygone étoilé, cinéma unique en son genre, en supens à Marseille - Zibeline

Cet outil cinématographique unique en Europe peut pourtant se développer !

Un électrochoc. C’est ce qu’a provoqué la fermeture du Polygone étoilé, annoncée début juin par Film flamme, l’association qui le gère. La raison : des moyens insuffisants pour continuer l’aventure démarrée en 2001.

Plus précisément, ce cinéma pas comme les autres, lieu à la fois de création et de diffusion, voit ses subventions publiques continuellement baisser depuis 2016. Alors que le total des aides accordées par les collectivités territoriales s’élevait à 95 000 € en 2015, celles-ci ont chuté à 52 000 selon les montants initialement prévus par chacune pour 2019. Si le soutien de la ville de Marseille est resté globalement stable (il est passé de 23 000 à 22 000 € entre 2016 et 2017), Département et Région ont littéralement lâché l’autre cinéma de la Joliette.

Alors que les deux collectivités versaient chacune au cinéma 36 000 € en 2015, le Conseil départemental a diminué sa subvention à 25 000 € dans un premier temps pour ne proposer que 10 000 pour l’exercice en cours. L’évolution de la subvention régionale fut elle aussi brutale, passant de 26 000 € en 2017 à 20 000 aujourd’hui. Soit en-deçà du coût de la seule occupation des locaux (loyer, charges, électricité, contraintes de sécurité…).

« Une fois les arrêtés reçus, l’équipe a décidé dans l’heure de fermer », explique Martine Derain, artiste éditrice et administratrice de la structure. Et d’argumenter : « Ce n’est pas un outil à des fins privées, nous accueillons beaucoup de jeunes qui sortent d’écoles, du Satis (le département de formation aux métiers de l’image et du son d’Aix-Marseille Université, ndlr), mais aussi des cinéastes qui ne trouvent pas les moyens pour passer par le cinéma industriel. Pour le coût normal d’un court-métrage, c’est-à-dire 70 000 €, nous en soutenons dix par ans ». Autre coup de massue, la fin des contrats aidés avec l’impossibilité évidente de réembaucher.

Etoiler l’avenir

Au-delà d’une salle de projection proposant des ateliers au public du quartier, le Polygone étoilé peut accueillir toutes les étapes nécessaires à la fabrication d’un film, du tournage à la post-production. Depuis 2003 il a soutenu une centaine d’œuvres, d’une manière ou d’une autre, dont certaines ont été sélectionnées voire primées dans de grands festivals.

Dès l’annonce de la fermeture, les institutions ont réagi et amorcé un rétropédalage, conscientes que leurs décisions risquaient d’être fatales à cet équipement unique en Europe. « Le Département nous a assuré oralement avoir fractionné son aide en deux temps, bien qu’il ne nous en ait pas averti et que la seule convention écrite à ce jour est sur 10 000 €. Quant à la Région, elle a décidé de remonter sans toutefois revenir au niveau de 2016 (36 000 €, ndlr) mais la discussion se poursuit », détaille Martine Derain.

De cette grave crise peuvent toutefois émerger de nouvelles perspectives de développement pour le Polygone étoilé, à partir d’un modèle économique qui ne reposerait pas que sur les financements publics. « Nous avons monté un projet d’investissement car il y a un gros marché avec la numérisation des films sur support analogique ou pellicule. »

Une autre piste pourrait également donner à l’établissement une nouvelle dimension et un avenir national voire international. « Il faudrait que la Région, qui est en relation avec le CNC, voie comment un équipement comme le nôtre peut être inscrit au prochain Contrat de plan État-Région par exemple. De plus, cela permettrait à d’autres lieux, dans d’autres territoires, d’obtenir des financements. Je suis certaine que toutes les associations de cinéastes rêvent de disposer d’un tel outil dans leur région, avance Martine Derain. C’est le moment ou jamais de se transformer. Tous les éléments sont sur la table ».

Mais la première urgence est que les subventions, ne serait-ce que celles qui ont été votées avant l’engagement de nouvelles discussions, parviennent sur le compte bancaire de l’association qui, aujourd’hui, n’a plus un centime pour fonctionner.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2019

Photo : Salle de montage numérique c X-D.R.


Le Polygone Etoilé
1 rue Massabo
13002 Marseille
04 91 91 58 23
http://www.polygone-etoile.com/