La troisième édition du festival s’est maintenue, de même que sa célèbre Académie d’Été corollaire

Le Nice Classic Live garde le capVu par Zibeline

La troisième édition du festival s’est maintenue, de même que sa célèbre Académie d’Été corollaire - Zibeline

Non loin de son Cloître originel, niché sur les collines de Cimiez, c’est sur le parvis du Musée Matisse que le Nice Classic Live s’est déplacé cette année, là où se tenait jusqu’à il y a peu le célèbre Nice Jazz Festival. Un public hybride, fait d’habitués, mais aussi de plus jeunes recrues, s’y est réuni : masque au bec, les spectateurs s’installent sagement en groupe, à un siège de distance les uns des autres. Ils sont, selon les organisateurs, aussi nombreux que pour les éditions précédentes : un vrai miracle, pour un festival de cette ampleur, dont l’organisation a pourtant connu de nombreux rebondissements. Ce n’est effet qu’après son assemblée générale du 22 juin que la décision de maintenir l’événement a été communiquée, avant d’être officiellement confirmée le 7 juillet. Soit trois semaines avant ses premières dates … Une gageüre, en termes d’organisation comme de programmation : la souplesse de l’équipe des musiciens, des enseignants de l’Académie comme des artistes invités, étant vraisemblablement pour beaucoup dans la bonne tenue des concerts. Aux quatre à cinq soirées hebdomadaires succèdent cette année trois rendez-vous répartis sur le week-end, du vendredi au dimanche soir. Deux concerts de quarante-cinq minutes s’y enchaînent, interrompus par trente à quarante-cinq minutes d’entractes, durant lesquelles les sièges sont dument désinfectés.

Des « petits prix » qui ont séduit

La politique de réduction des prix adoptée cette année semble avoir porté ses fruits : « Une enquête informelle avait confirmé nos craintes : à savoir que seul un tiers de notre public serait prêt à prendre le risque d’assister au concert, et la peine de le faire en portant le masque dans les parties communes ». Pour Florence Paris, collaboratrice de longue date du festival, le Nice Classic Live se devait d’adapter ses tarifs à la nouvelle donne : « En passant de 29 à 19 euros par billet, nous savions que nous allions toucher d’autres personnes. Que les mélomanes ne se raréfieraient pas, mais qu’un autre public, peut-être plus touristique, serait intéressé par le festival. » L’occasion pour le festival d’inaugurer une nouveauté : le tarif Olivier – 5 euros – permettant d’écouter le concert en s’installant sur les pelouses alentour, ainsi que des places à 9 euros pour les moins de 26 ans. Résultat des courses : si les recettes se révèlent évidemment moindres, le festival sauve élégamment les meubles. Grâce à sa fréquentation mais aussi aux cachets, exceptionnellement bas, auxquels les artistes ont consenti.

Une Académie d’Été pas comme les autres

Le principe du festival demeure inchangé, depuis la fondation de l’Académie en 1957, et ses premiers Concerts du Cloître, devenus aujourd’hui le Nice Classic Live : ce sont majoritairement les enseignants de l’Académie d’Été qui se produisent sur scène, forts d’une complicité et d’un travail en commun de longue date. Convaincue depuis toujours de la primauté de la transmission, artistique comme pédagogique, Marie-Josèphe Jude a repris les rênes de la nouvelle mouture du festival en 2018. Mouture qui compense sa réduction aux effectifs chambristes – la venue du mozartien Orchestre de Cannes mise à part – en élargissant ses horizons au jazz. La place des jeunes musiciens en formation demeure capitale. Cette année encore, malgré l’impossibilité pour l’écrasante majorité des étudiants internationaux de se rendre sur les lieux, beaucoup ont répondu présent : 233, au lieu des 500 habituels. Et il faut avouer que l’équipe a développé autour d’eux des trésors d’ingéniosité et de communication. On pense évidemment aux concerts d’étudiants donnés chaque vendredi en live du Conservatoire, sur la page de l’Académie, où l’on vit se succéder non sans émotion des instrumentistes plus prometteurs les uns que les autres. Mais aussi à une innovation technologique particulièrement impressionnante, ce piano connecté mis en place dans le cadre de leur partenariat avec Yamaha : en lieu et place des effroyables cours en vidéo-conférence, la possibilité d’enfin entendre acoustiquement un piano à distance s’offre enfin aux étudiants. Les touches maniées par l’élève à Tokyo s’abaissent ainsi sur le clavier du professeur, à Nice ! Pionnière dans l’utilisation de cette technologie à des fins pédagogique, l’Académie d’Été n’a décidément pas fini de nous surprendre.

SUZANNE CANESSA
Août 2020

Photo © D.R. Ville de Nice