Annoncé à plusieurs reprises sans succès, le projet d’un lieu dédié au patrimoine maritime à Marseille verra le jour en 2023

Le Musée de la Marine se remet à flots

Annoncé à plusieurs reprises sans succès, le projet d’un lieu dédié au patrimoine maritime à Marseille verra le jour en 2023 - Zibeline

Il semblerait que le long serpent de mer du futur Musée de la Marine se concrétise bientôt avec l’annonce de son ouverture par l’association La Navale et la SCIC Patrimoine Maritime*, et le soutien du ministère de la Mer. Bruno Terrin, fils de Pierre Terrin, ancien président du port et patron du chantier naval Spat, voit enfin son vœu s’exaucer, lui qui a remué ciel et terre pour « rassembler en un même lieu des activités multiples, interactives, dans des espaces-temps différents ». Il préside depuis plus de cinq ans l’association créée en 1983, avec pour principal objectif de faire vivre l’association, trouver un lieu et mutualiser les moyens. C’est désormais chose faite : le PAMM (musée de Patrimoine Maritime Méditerranéen) sera situé autour des bassins de la Joliette, sur le territoire du Grand Port Maritime Marseille (GPMM), entre le Mucem et le J1. La surface prévue des bâtiments est de 12 000 m2, avec un terre-plein aménageable pour les événements et un quai d’honneur pour l’accueil de navires civils et militaires. Le coût du projet estimé à 16 millions d’euros d’investissement devrait bénéficier de 13 millions de subventions des collectivités. Bruno Terrin a constitué autour de lui un groupe de réflexion pour définir ses objectifs scientifiques et culturels, à savoir « protéger le patrimoine maritime culturel, transmettre l’héritage des anciens, informer le public par des visites et des événements, agir en fédérant des citoyens et des associations ». Un ambitieux projet qui « veut casser les codes et permettre, par la technologie, d’apprendre et réapprendre notre histoire ».

Passé, présent, futur

Pour le porteur de projet, il était inenvisageable de ne pas doter le premier port de France, situé au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, d’une telle institution dont l’idéologie est nourrie par son histoire. Ainsi le PAMM « s’occupera du passé, du présent et du futur » à travers plusieurs axes, et donc différents pôles : un centre d’interprétation muséographique incluant des collections patrimoniales, des animations virtuelles et vivantes, des créations contemporaines ; un centre pédagogique et de documentation pour découvrir, comprendre les spécificités du monde maritime, son environnement naturel ; une vitrine avec des ateliers sur les savoir-faire et les métiers vivants à sauvegarder, des rénovations-formations de navires anciens ; un pôle d’information et d’accompagnement vers les formations aux métiers de la mer pensé comme une plateforme de service public ; un pôle d’innovations sur les échanges maritimes, la protection de l’environnement, de la diversité et, enfin, une « Pépinière maritime » réunissant des start-up de tous les métiers. L’idée étant de faire fusionner tous les talents d’hier, d’aujourd’hui et de demain « pour faire découvrir un monde méconnu », et de créer « un lieu ludique, en 3D, qui mette à l’honneur les entreprises du territoire » s’enthousiasme le président de la Navale à quelques mois du dénouement.

Un peu d’histoire

Dès 2016, la rumeur de fermeture du musée de la marine sis au rez-de-chaussée du palais de la Bourse ne cessait d’enfler avant que la décision finale ne tombe en mars 2018. Quid des collections d’objets, de tableaux et d’archives de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence qui, quelques années plus tôt, occupaient encore la totalité du grand hall avant d’être confinées dans l’aile est du bâtiment ? Un fonds remarquable riche de 200 peintures, 300 000 photos, 5000 affiches, 300 modèles réduits, 100 objets coloniaux, des milliers de jetons et médailles, 9000 cartes et plans enrichis continuellement par des dons et des legs ! Dès lors une première phase d’inventaire était lancée par le Mucem et la CCIMP ainsi qu’une campagne de restauration et de récolement des objets ; un comité de suivi tripartite était constitué (CCIPM, Mucem et Musées de Marseille). Dès 2019, Bruno Terrin s’activait à sauver le musée de la réparation navale et faire émerger dans la cité phocéenne un lieu unique dédié au patrimoine maritime, passé, présent, futur, matériel et immatériel. Depuis 2020, l’activité de l’association s’est focalisée sur le montage administratif du projet : statuts, études techniques, demandes de subventions, plateforme formation, finalisation du dossier.

Le but sera bientôt atteint, une fois franchie l’année 2022 consacrée aux lancement des travaux, aux premiers événements et recrutements, avec 66 emplois directs et indirects, augure la Navale. Gageons que « la sardine » ne vienne pas boucher l’ancienne gare maritime de la Major d’ici à 2023…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2021

* Société coopérative d’intérêt collectif composée d’un directoire, d’un conseil de surveillance, de 5 collèges et de 8 catégories d’associés : citoyen.e.s, salarié.e.s de la SCIC, et producteurs, acteurs du patrimoine culturel et maritime, acteurs de l’innovation, de la recherche et du développement, financeurs privés, collectivités territoriales, établissements et institutions publiques, professionnels du monde maritime et secteurs associés, écoles et instituts de formation

contact@lanavale.fr

Photo : Le moteur Samson  © François Jx Images