Découvrir et protéger la Plage de la Bonne Brise à Marseille

Le littoral les yeux dans le sable

• 30 septembre 2018 •
Découvrir et protéger la Plage de la Bonne Brise à Marseille - Zibeline

Redécouvrir la plage de la Bonne Brise à l’aune de sa biodiversité, c’est ce que propose le dispositif BioLit. Piloté par Planète Mer, le programme s’étend à l’échelle du littoral métropolitain.

Encore trop méconnue, la plage marseillaise de la Bonne Brise se love dans une petite anse aux faux airs de village grec, à deux pas de La Madrague-de-Montredon. Ce matin de septembre, un petit groupe s’est donné rendez-vous au pied de ses escaliers tortueux pour une mission collective. Quelques voisins -chanceux occupants de cabanons locaux, encore plus cachés que ceux des Goudes ou de la Pointe Rouge- prennent leur café en regardant poindre le jour, s’étonnant de découvrir cette insolite tribu armée d’appareils photo… Les promeneurs ont répondu à l’appel de BioLit, que certains d’entre eux auront découvert lors d’une conférence donnée par Planète Mer au Muséum d’Histoire Naturelle de Marseille. Programme national de sciences participatives, le dispositif BioLit se donne un triple objectif : « contribuer à l’amélioration des connaissances sur la biodiversité du littoral, impliquer les citoyens et citoyennes dans sa découverte et sa protection, et contribuer aux politiques publiques en matière d’environnement », détaille Marine Jacquin, chargée d’études BioLit en Méditerranée.

Concrètement, lors de sorties organisées sur le terrain, il s’agit non pas de lever les yeux, mais d’ausculter nos pieds : quelles sont les traces laissées par la mer dans le sable ? Armé d’un seau, comme au temps jadis, chaque petit groupe arpente un bout de plage pour y récolter les éléments qui attirent son attention. Ce jour-ci : os de seiches, squelettes d’oursins, coquilles d’arapèdes, débris végétaux ramenés par le vent… Chaque trouvaille est ensuite mise en commun, puis dûment prise en photo avant d’être commentée par l’animatrice qui nous informe sur les mœurs, us et coutumes de la faune et flore locales. Un inventaire poétique, parfois surprenant -ce que l’on avait pris pour une éponge s’avère être une élégante ponte de murex-, jusque dans ses expressions délicieusement imagées : nous avons exploré la « laisse de mer » (littéralement ce que déposent les flots à leur retrait).

Végétation et saisonnalité

Les observations s’articulent en plusieurs champs : identification d’espèces provenant d’autres aires géographiques, étude de la végétation ou de la saisonnalité des cycles marins, libre description d’éléments vivants… En respect de son aspect participatif, le programme vise aussi à établir une définition collective des éléments considérés comme potentiellement dangereux pour l’écosystème. De retour chez lui, chaque observateur peut créer un profil sur le site participatif afin d’y déposer ses clichés du jour. La base de données peut également être alimentée de façon autonome, notamment en temps réel depuis la plage, via le site mobile.biolit.fr. Depuis son lancement en 2010, le dispositif a permis d’intéressantes découvertes, telle l’identification d’un spécimen mâle d’hippocampe à museau court (Hippocampus hippocampus) par le jeune Nils, 7 ans, quand ce sont d’ordinaire les hippocampes mouchetés (Hippocampus guttulatus) qui fréquentent nos eaux, notamment celles du Cap Caveaux sur l’archipel du Frioul.

Mises en commun, ces données sont ensuite étudiées par les partenaires scientifiques : Ifremer, Institut Universitaire Européen de la Mer, Universités de Rennes et de La Rochelle… BioLit a d’ailleurs été labellisé l’an dernier par le ministère de l’Environnement, en tant qu’acteur participant à la mise en œuvre de la stratégie nationale pour la biodiversité. Le réseau dispose d’une soixantaine de relais à l’échelle du littoral métropolitain. « Pour la plupart issues des champs du sport ou de l’éducation à l’environnement, ces structures proposent un temps d’observation à leurs participants durant leurs activités en extérieur : découverte du littoral en kayak, paddle, et parfois même lors de plongées sous-marines », explique Marine Jacquin. BioLit travaille actuellement au développement de nouveaux protocoles d’observations, afin de proposer des outils supplémentaires visant à agrémenter les balades littorales, dont cette partie de la côte est peu avare.

JULIE BORDENAVE
Septembre 2018

Sortie à venir :
30 septembre de 9h30 à 11h30
Plage de la Bonne Brise, Marseille
biolit.fr

Photo : Observations © Julie Bordenave