Vu par ZibelineDu fait de l'inaction des pouvoirs publics, la région Paca particulièrement exposée à la pollution de l’air

Le fond de l’air effraie

Du fait de l'inaction des pouvoirs publics, la région Paca particulièrement exposée à la pollution de l’air - Zibeline

Alvéoles pulmonaires saturées par la pollution : quand est-ce qu’on réduit les émissions ?

L’Organisation Mondiale de la Santé a établi que notre santé cardiovasculaire et respiratoire est inversement proportionnelle au niveau de la pollution atmosphérique. Selon ses derniers relevés datant de 2016, 91% de la population mondiale vit dans des endroits où les lignes directrices de l’OMS relatives à la qualité de l’air ne sont pas respectées, ce qui entraîne accidents vasculaires cérébraux, cardiopathies, cancer du poumon et autres affections respiratoires, chroniques ou aiguës, asthme compris. Des chiffres affolants, mais pas au point de priver certains d’en tirer profit : des bouteilles « d’air pur » canadien sont vendues à prix d’or aux clients qui en ont les moyens dans les agglomérations les plus polluées de Chine ou d’Inde… New Delhi, qualifiée de « chambre à gaz » par le ministre indien Arvind Kejriwal, a été recouverte début novembre par un tel nuage asphyxiant que les écoles ont fermé plusieurs jours. Les décès prématurés dus à la pollution concernent majoritairement les pays « à revenus faibles ou intermédiaires », où les centrales à charbon sont plus répandues, et les normes d’émission parfois minimales ou non appliquées ; mais les pays riches ne sont pas épargnés.

54% des habitants de Paca exposés

Même si, selon les statistiques du ministère de la Transition écologique et solidaire, les concentrations moyennes de particules en suspension de moins de 10 micromètres de diamètre (dites PM10) auraient diminué d’un tiers en France entre 2000 et 2017, en raison des réglementations plus exigeantes, 48 000 personnes décèdent chaque année des suites d’une exposition chronique. À chaque pic de pollution, les Urgences déjà saturées explosent.

L’État, en octobre dernier, a été condamné par la Cour européenne de justice pour avoir dépassé « de manière systématique et persistante » la valeur limite annuelle concernant le dioxyde d’azote. Douze agglomérations étaient principalement concernées, dont Marseille. Le 19 novembre, l’Insee Provence-Alpes-Côte d’Azur a publié une étude1 révélant que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur connaît une pollution de l’air particulièrement forte. D’après les données rassemblées par AtmoSud2, « 54% des habitants de Paca sont exposés, sur leur lieu de résidence, à une concentration annuelle moyenne en PM10 supérieure à la ligne directrice de l’OMS ». À titre de comparaison, en Auvergne-Rhône-Alpes, c’est le cas pour un habitant sur cinq, et pour moins d’un habitant sur dix dans le Grand Est. « Ces deux régions comptent pourtant des pôles urbains et un tissu industriel important », précise l’étude.

Dépassement pour 85% des habitants d’Aix-Marseille-Provence

Sans surprise, les concentrations les plus élevées sont repérables sur les territoires urbains et industrialisés. Si dans les départements alpins, moins peuplés, le seuil de dangerosité est rarement franchi, la moitié des habitants de la métropole Nice Côte d’Azur respirent au quotidien un taux de PM10 dépassant les préconisations de l’OMS et… 85% de la population dans les Bouches-du-Rhône.

Les territoires les plus émetteurs sont les plus pollués, mais ce n’est pas si simple : en fonction du vent, des précipitations ou des différences de températures, les polluants subissent des transformations chimiques et se retrouvent parfois à des centaines de kilomètres. Pas de bol pour les habitants d’Avignon ou de l’Île-sur-la-Sorgue : « la concentration mesurée en Vaucluse est régulièrement alimentée par les émissions des Bouches-du-Rhône ou d’Auvergne-Rhône-Alpes. »

Chauffage, industrie, transports

En Paca, un quart des particules sont émises par le résidentiel (le chauffage, principalement), un peu moins par l’industrie (24%) et les transports (23%). Dans les Bouches-du-Rhône, l’industrie arrive en tête des émissions (3100 tonnes de PM10 émises annuellement), mais les transports ne sont pas loin. Le secteur maritime à lui seul produit 600 tonnes de particules. Aller se balader sur le front de mer dans la cité phocéenne permet de comprendre l’ampleur du problème : les nuages sombres crachés par les gros bateaux à touristes sont rabattus par le vent sur les quartiers riverains. D’après une autre étude3 publiée en juin par l’ONG Transport & Environnement, « les 57 navires de croisière qui ont fait escale à Marseille en 2017, en tout pendant 3342 heures, ont émis autant d’oxydes d’azote que le quart des 340 000 voitures, qui composent toute la flotte automobile de la ville ». L’association France Nature Environnement, entre autres, milite pour que la législation évolue, mais pour le moment ports et compagnies n’en sont qu’aux déclarations de bonnes intentions.

Les pouvoirs publics n’en font pas assez

Non pas qu’il faille laisser le panache noir des navires dissimuler le brouillard de particules dégagé par les SUV. Durant toute la mandature de Jean-Claude Gaudin, en matière de transports priorité a été donnée à la voiture. Comme le relevait récemment France Info, Marseille ne compte que 1129 kilomètres de lignes de bus, tramway ou métro, soit trois fois moins qu’à Lyon, et 130 kilomètres de pistes cyclables, soit presque six fois moins qu’à Lyon.

Sur le site de l’OMS, on peut lire que « La plupart des sources de pollution de l’air extérieur échappent totalement au contrôle des individus et nécessitent une action concertée au niveau local, national et régional des responsables des secteurs des transports, de l’énergie, de la gestion des déchets, de l’urbanisme et de l’agriculture. »

Il est plus que temps de passer à la vitesse supérieure pour réduire les émissions de polluants, d’autant que des solutions techniques efficaces sont connues depuis très longtemps : isoler les bâtiments, proposer une offre cohérente et solide de transports en commun, si possible gratuits (ça marche à Aubagne mais aussi dans des communes plus importantes, comme Dunkerque), ou encore mettre en place des alternatives à l’incinération en matière de retraitement des déchets.

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2019

1 Insee Analyses n°80 : insee.fr/fr/statistiques/4250618

2 Association agréée par le ministère en charge de l’Environnement pour la Surveillance de la Qualité de l’Air de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (AASQA)

3 One corporation to pollute them all. Luxury cruise air emissions in Europe. June 2019