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Non, le FN n'a vraiment pas changé

Le FN est toujours d’extrême-droite

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle a été un choc, une secousse, un séisme. La présence du candidat du Front national parmi les deux finalistes pour accéder à la présidence de la République a suscité une vive émotion en France. Oui, mais ça c’était en 2002. À l’époque, la qualification de Jean-Marie Le Pen avait causé l’effroi et conduit à une prise de conscience. Jacques Chirac avait balayé son adversaire avec plus de 80% des suffrages en sa faveur. Depuis, Marine Le Pen a remplacé son père à la tête du parti. C’est désormais elle qui ambitionne d’entrer à l’Elysée. Et en quinze ans, la situation a bien changé. Malgré sa défaite au soir du 7 mai, Marine Le Pen a réussi son pari : rassembler 11 millions d’électeurs, soit le double exacte de son père en 2002, et imposer le FN comme une force politique incontournable en France.

Et surtout, faire de ses thèmes de prédilection, qui reposent avant tout sur la peur et le refus de l’autre, des enjeux majeurs dans le débat. La dédiabolisation du FN, entamée au début des années 2010, est acquise depuis longtemps. Le processus de banalisation est en voie d’achèvement. S’ouvre désormais la phase de normalisation. Le Front national, et les idées qui vont avec, se sont installés durablement dans le pays.

Pourtant le FN est et demeure un parti pas comme les autres. L’opération de maquillage républicain, si elle est réussie en façade, ne résiste pas à l’analyse en détail. Le vernis se craquelle très vite et derrière l’apparence respectable se cachent toujours les mêmes méthodes : provocation, intimidation, pression, exclusion. Les enquêtes que Zibeline a réalisées (numéros 104, 105 et 106) dans cinq villes du Sud-est administrées par l’extrême-droite (Beaucaire, Le Pontet, Fréjus, Orange et Béziers), l’ont démontré. Repli identitaire, abus de pouvoir, rejet, peur, sont devenus le lot quotidien dans ces mairies FN. Dans nos régions, le parti continue cependant de réaliser ses plus gros scores. Sur les huit départements de ce quart sud-est, un seul, les Hautes-Alpes, n’a pas placé Marine Le Pen en tête au premier tour. Elle réalise plus de 30% dans le Vaucluse et dans le Var, 29% dans le Gard et entre 25 et 28% dans les quatre autres départements. Le tableau des résultats du premier tour selon les circonscriptions (voir ci-contre) montre clairement que dans certaines zones, l’élection de députés frontistes est envisageable. Au second tour elle n’est en tête dans aucun des 8 départements, même si c’est d’un cheveu dans le Var (49,15%). Mais son score est bien plus haut que le score national : 44% dans les huit départements du Sud-est, où elle serait majoritaire sans les grandes villes (Marseille, Montpellier, Nice, Toulon et Avignon). Malgré son échec au deuxième tour, la dynamique créée autour de Marine Le Pen pourrait mener à une présence bien plus fournie du FN au parlement.

Socle idéologique

Ses deux seuls représentants actuels sont issus de nos régions : Gilbert Collard est élu du Gard, Marion Maréchal-Le Pen est députée de Vaucluse. Ce n’est pas encore officiel mais il est probable que le premier se représente. Il est déjà sûr que la seconde sera candidate à sa réélection. La petite-fille de Jean-Marie Le Pen est l’emblème de l’aile dure du parti. Parmi son travail parlementaire, une proposition de loi visant à supprimer le regroupement familial, ou une vingtaine d’interventions opposées à l’extension du délit d’entrave à l’IVG. Très bien implantée dans sa circonscription de Carpentras, elle devrait y être réélue sans difficulté. Dans la région, sa ligne identitaire, traditionnaliste et radicale est dominante. Fidèle au socle idéologique du FN. Elle a d’ailleurs émis des critiques polies mais profondes sur la contre-performance de sa tante au débat, lui reprochant en particulier de ne pas avoir parlé d’immigration. Le candidat dans la 2e circonscription de Vaucluse, Thibault de la Tocnaye, a combattu avec les commandos des forces chrétiennes au Liban et aux côtés des Contras face aux Sandinistes au Nicaragua. Il s’est distingué en décembre en traitant, dans l’hémicycle régional PACA, Christian Estrosi d’« enfoiré de gaulliste ».

Dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône, Valérie Laupies, directrice d’école, vice-présidente du Collectif Racine -le rassemblement d’enseignants liés au FN- tient régulièrement des propos dénonçant l’emprise de l’islam sur la société. Dans la 7e circonscription du Var, Frédéric Boccaletti, admirateur de Charles Maurras, déclarait en 2016 que les migrants, ces « faux réfugiés », « sont animés d’un égoïsme exacerbé doublé d’une lâcheté honteuse ». Dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, le candidat est Jérôme Cochet, le chargé de communication de David Rachline, maire de Fréjus et directeur de campagne de Marine Le Pen. En février, il qualifiait de « racaille » le jeune Théo, victime de graves violences policières. Non, le FN n’a vraiment pas changé.

JAN-CYRIL SALEMI