Pour le Festival Marseille Jazz des Cinq Continents le report n'est pas à l'ordre du jour

Le Festival Marseille Jazz des Cinq Continents est prêt pour l’édition des 20 ansVu par Zibeline

Pour le Festival Marseille Jazz des Cinq Continents le report n'est pas à l'ordre du jour - Zibeline

Zibeline fait le point avec les nombreuses manifestations culturelles qui devaient avoir lieu au printemps et en début d’été. Nous publierons les réponses reçues au fur et à mesure.


Entretien avec Hugues Kieffer, directeur et programmateur du Marseille Jazz des Cinq Continents.

Zibeline : Où en êtes-vous ? Allez-vous annuler ou reporter votre festival ?

Hugues Kieffer : Comme le fort dans Le Désert des Tartares, nous sommes dans l’attente de l’évolution de la situation. Nous avons devant nous deux scénarios. A – La crise sanitaire est telle que des mesures d’interdiction ou de limitation des rassemblements ou de circulation sont toujours en vigueur qui nous contraignent à ne pas faire de Festival. B – Les mesures de déconfinement nous permettent d’organiser quelques concerts dont la forme et la jauge seront à déterminer.
Le report n’est pas à l’ordre du jour, nous sommes un festival estival, et à partir de septembre les saisons auront repris, les lieux auront leurs propres programmations, le plein air ne sera pas envisageable. Certains artistes que nous voulions programmer en 2020 pourront peut-être se retrouver chez nous en 2021, mais nous ne savons rien de leurs envies ni de leurs projets.

Pourquoi ?

Si nous devons annuler ce sera parce que des directives seront encore en vigueur ; si de telles directives ne sont pas données, nous envisagerons la tenue du Festival du point de vue de la préservation de la santé, de nos équipes, de nos bénévoles, de nos artistes et notre public. Si les conditions ne pouvaient être remplies, alors nous serions amenés à ne pas lever le rideau.

En cas d’annulation serez-vous dédommagés et comment ?

Si vous parlez des assurances, elles ne couvrent pas les risques liés au covid-19. Pas de dédommagements à prévoir de ce côté.

En cas d’annulation allez-vous dédommager les artistes ?

Je ne suis pas sûr de ce que veut dire dédommager les artistes dans votre esprit. Nous avons signé des contrats qui nous engagent selon différentes modalités. Chaque contrat est à discuter pour trouver des résolutions amiables en cas de non tenue des spectacles. Pour les artistes qui n’ont pas encore de contrat mais qui étaient dans la programmation, nous allons aussi étudier au cas par cas. Selon l’évolution de notre situation, nous pourrons rapidement nous mettre au travail avec la filière pour envisager de venir en soutien aux artistes de jazz Français et particulièrement aux musiciens locaux. Mais là encore ce seront les contraintes de la crise qui nous permettront de faire ou ne pas faire de concerts.
Au-delà des artistes, qui sont pour la plupart engagés via des agents ou des tourneurs, nationaux ou internationaux, ce sont les techniciens qui auront le plus à souffrir de l’annulation. Des mesures urgentes doivent être prises vers les intermittents pour anticiper le choc, dont l’effet pourrait se prolonger à cause des calculs de date anniversaire.

Quel impact cela aurait-il sur votre structure ?

L’impact sera énorme. Malgré le soutien de nos partenaires, nous devrons batailler pour assurer l’équilibre de notre association. Faire ou ne pas faire le Festival 2020 aura de profondes conséquences sur le futur de notre organisation et nous aurons des réponses à trouver sur de nouvelles façons de faire, de nouveaux comportements. Au jour le jour, l’impact le plus brutal sera au niveau de la trésorerie.

Qu’attendez-vous des collectivités et de l’État ?

Chaque Festival a ses spécificités, public, taille, financement, structure, c’est cette disparité qui fait la richesse de la proposition artistique et culturelle d’une ville ou d’un territoire, mais c’est ce qui rend compliqué, l’idée de vouloir appliquer les mêmes solutions pour tout le monde. Nous l’avons bien vu dans la passe d’arme entre certains syndicats et certains organisateurs vis-à-vis du Ministère. Nous ne sommes pas financés par l’État, mais nous devons échanger avec nos partenaires institutionnels de manière très précise et pragmatique pour assurer la pérennité de notre manifestation. L’idée est qu’en s’appuyant sur la solidité de nos manifestations, pourvoyeuses de ressources, on peut conserver une activité de la filière tout entière, ce qui serait bénéfique pour chacun, artistes, techniciens, prestataires, mais aussi tout le tissu du tourisme. Les chiffres sont maintenant bien connus de tout le monde depuis 2013, la culture génère une ressource qui dépasse ses propres opérateurs. Les contacts que nous avons d’ores et déjà eu avec nos interlocuteurs, et les prises de positions des institutions, sont très encourageants. Elles ont compris les enjeux et vont prendre leur responsabilité à la hauteur de la situation.
De l’État j’attends qu’il nous donne des directives sanitaires très précises et très claires. Sans cette vision, nous qui avions dû adapter nos organisations pour assurer la sécurité liée aux risques attentats, et on a su le faire, nous ne saurons pas assurer la santé de chacun en période de circulation du virus. Est-ce que c’est à l’organisateur de prendre en charge ce risque ? 

Quels sont les projets d’artistes d’ores et déjà annulés ?

Aucun.

Le personnel de votre structure est-il en télétravail, au chômage partiel ?

Oui nous étions en télétravail, et à l’heure actuelle les employés sont en chômage partiel puisque tout est arrêté. Date de fin présumée le 30 avril.

Quelle serait votre estimation du manque à gagner par rapport à la billetterie ?

La billetterie et autres recettes représentent un peu moins de 50% de notre budget général.

Toute l’équipe est largement motivée pour assurer l’édition des 20 ans du Festival, la programmation est prête, les programmes et les affiches imprimés. Tout le travail engagé sur la programmation, les créations, les infrastructures techniques, les aménagements de sites, les partenariats, la commercialisation, les opérations de communication, les actions de médiations, les démarches de développement durable, la mobilisation des bénévoles, tout le travail administratif, la mise en place et le suivis des budgets et des financements, tout ce qui fait qu’une édition d’un Festival comme le nôtre, sur 2 mois, avec 40 soirées et événements, multidisciplinaire, étalé sur un large territoire métropolitain et toute la résonance que nous avions orchestrée pour faire du Festival un événement national et international capable d’attirer vers Marseille des amateurs de jazz et de convaincre des touristes, tout ce travail a été mis en stand-by à une semaine de l’annonce officielle de lancement du Festival 2020.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Avril 2020

Photo : Hughes Kieffer © Marc Voiry