Le Festival de Marseille 2020 est annulé. Entretien avec son directeur, Jan Goossens

Le Festival de Marseille n’aura pas lieu

Le Festival de Marseille 2020 est annulé. Entretien avec son directeur, Jan Goossens - Zibeline

Zibeline fait le point avec les nombreuses manifestations culturelles qui devaient avoir lieu au printemps et en début d’été. Nous publierons les réponses reçues au fur et à mesure.


La 25e édition du Festival de Marseille devait se tenir du 19 juin au 9 juillet et réunir des artistes en provenance du monde entier. À son programme plus d’une trentaine de propositions artistiques, plus de cinquante représentations et une vingtaine de rendez-vous autour de la programmation sur une quinzaine de lieux. Entretien avec Jan Goossens, son directeur.

Zibeline : Où en êtes-vous ? Allez-vous annuler ou reporter votre festival ?
Pourquoi ? 

Jan Goossens : Dès l’annonce du confinement, nous avons fait le tour des artistes et compagnies que nous devions accueillir, pour prendre de leurs nouvelles d’abord et voir où en était la situation dans leurs pays respectifs. Alors que nous nous apprêtions à annoncer le programme de la 25e édition, nous savions que cette édition ne pourrait avoir lieu comme nous l’avions imaginée.

Nous avons d’abord envisagé un temps court en juillet, mais suite à l’annonce officielle du 13 avril interdisant les rassemblements publics jusqu’au moins la mi-juillet, c’est le cœur lourd que nous avons dû nous résoudre à annuler la 25e édition du Festival de Marseille qui devait se tenir du 19 juin au 9 juillet.

Nous explorons actuellement un temps court en septembre, en dialogue avec la Ville de Marseille, les artistes et avec nos partenaires, comme Manifesta, les Musées, Klap, la Friche, le Théâtre Joliette, La Criée, le Mucem… sous l’angle d’une rentrée culturelle commune à Marseille. Mais nous n’en sommes qu’au stade de l’exploration, et cette piste reste fragile.

Serez-vous dédommagés et comment ?

Nous ne serons pas dédommagés, aucune assurance ne couvre les risques liés au Covid-19.

Allez-vous dédommager les artistes ?

En ce qui concernes les artistes, certaines coproductions sont déjà engagées depuis parfois 2 ans, notamment sur des créations dont nous avions montré des étapes pendant le Festival 2019, ou sur des projets d’artistes que nous accompagnons depuis de nombreux mois, voire même plusieurs années.

Nous sommes en contact permanent avec ces artistes, et voyons au cas par cas comment nous allons pouvoir limiter l’impact de l’annulation, sur le plan économique et artistique.

Ceux pour qui l’impact va être considérable également, ce sont les techniciens du spectacle. Le Festival en emploie chaque été près d’une centaine. Nous sommes en attente de mesures plus précises les concernant.

Quel impact cela aurait-il sur votre structure ?

C’est un coup dur pour le Festival, qui, avec les interdictions de rassemblement, est touché au cœur même de ce qu’il est : créateur de liens entre artistes et citoyens, espace d’échange et de partage et proximité et dialogue avec le territoire et l’ensemble de ses habitants. Cela nous rend très triste, car nous travaillions depuis de nombreux mois déjà sur le programme de notre temps fort et nous avions lancé depuis de nombreuses semaines déjà les actions culturelles menées tout au long de l’année auprès d’un large public sur le territoire, avec notamment nos partenaires associatifs et scolaires. Nous veillons actuellement à maintenir le lien avec les artistes et avec tous nos publics et nous mettons tout en œuvre pour limiter l’impact de cette annulation sur la structure et sur les équipes artistiques, techniques et administratives.

Même si nous parvenons à mettre en place un temps court à l’automne, avec le soutien de nos partenaires, piste que nous explorons actuellement et qui reste très fragile, nous devrons concentrer nos efforts pour assurer l’équilibre et la pérennité de notre association et de notre action et penser l’« après ».

Cette crise, pour le Festival tout comme pour la société dans son ensemble, pourrait avoir une dimension intéressante, en tous cas nécessaire, voire positive, et nous amener notamment à remettre en question notre façon de fonctionner avant la crise. Comment repenser notre manière d’« être ensemble » et « en coproduction avec le monde entier » à partir de notre territoire. Repenser notre Festival pour faire émerger plus de co-créations et des créations qui s’inspirent de notre ville en tant que matière et sujet de création. Et permettre un travail plus contextualisé en créant des conditions, des méthodologies et une économie qui permettent aux artistes de s’imprégner et de se nourrir d’un territoire, en profondeur et sur un long terme.

Qu’attendez-vous des collectivités et de l’État ?

Nous sommes en dialogue permanent avec la Ville, notre partenaire principal, et avec l’ensemble de nos financeurs publics : la Région Sud, dont le soutien complémentaire notable nous permettait d’approfondir sur cette édition nos échanges avec la Méditerranée, la Direction régionale des affaires culturelles et le Département. Ces échanges sont encourageants et nous permettent aujourd’hui d’être confiants, ils sont conscients des enjeux et du rôle qu’ils ont à jouer pour la survie de l’écosystème culturel et artistique.

Les festivals d’été sont nombreux sur notre territoire, ils ont chacun leur spécificité, et c’est ce qui en fait la richesse. Il est essentiel de préserver cette richesse, et ainsi préserver l’ensemble des équipes qui y travaillent, les artistes, techniciens, prestataires déjà engagés dans l’aventure.

Le personnel de votre structure est-il en télétravail, au chômage partiel ?

La totalité de l’équipe est en télétravail, et une grande partie en chômage partiel.

Quelle serait votre estimation du manque à gagner par rapport à la billetterie ?

20% de recettes propres, intégrant la billetterie, sont mis en danger par cette crise, ce qui représente un problème considérable à surmonter pour le Festival. Et surtout un grand nombre de Marseillais, parmi eux des publics fragiles, qui grâce à une politique tarifaire très accessible -que nous avions à nouveau revue à la baisse pour cette 25e édition- et grâce à la Charte culture -dispositif de billetterie solidaire- ont accès aux propositions du Festival. Ils se sont trouvés privés des actions culturelles que nous menons sur le territoire dès l’annonce du confinement, et n’auront pas d’offre culturelle cet été.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Avril 2020

Photo : Jan Goossens © Danny Willems