"Le retour des publics dans les salles de concerts ne se fera pas du jour au lendemain." Entretien avec François Gautreau

Le Festival Avec le temps a été stoppé net le 13 mars

Zibeline fait le point avec les nombreuses manifestations culturelles qui devaient avoir lieu au printemps et en début d’été. Nous publierons les réponses reçues au fur et à mesure.


Entretien avec François Gautreau, chargé de communication et organisateur du Festival Avec le temps, qui fait partie de la coopérative de musiques Grand Bonheur.

Zibeline : Où en êtes-vous ?

François Gautreau : Le festival Avec le Temps a été officiellement annulé le vendredi 13 mars suite à l’allocution d’Édouard Philippe interdisant les rassemblements de plus de cent personnes. Le début du festival s’est déroulé normalement, mais la plupart des concerts programmés à compter du 13 mars (date d’interdiction des rassemblements de plus de cent personnes) seront reportés sur l’automne 2020 et l’édition 2021 du festival.

Pourquoi avoir annulé le festival ?

Nous avions atteint à peu près la moitié du déroulement du festival selon que l’on s’attache à la fréquentation attendue ou au nombre d’événements encore prévus. Ces derniers se passant très majoritairement dans des lieux ayant des jauges très supérieures à 100 personnes il n’y avait plus de possibilité technique d’organiser quoi que ce soit.

Serez-vous dédommagés et comment ?

Bien qu’aidé publiquement, Avec le Temps trouve essentiellement son équilibre grâce à la billetterie ; nous avons pu minimiser certains coûts liés à l’annulation en comptant sur la solidarité de chacun, mais nous comptons plus que jamais sur les pouvoirs publics afin que le festival puisse rester pérenne et envisager sereinement une édition l’année prochaine. Minimiser et reporter certains coûts liés en reportant la plupart des concerts qui n’ont pas pu se dérouler.

Allez-vous dédommager les artistes ?

Nous sommes en relation avec tous les agents d’artistes en France tout au long de l’année et n’avons eu aucun mal à ce que chacun comprenne que les concerts programmés à partir du 13 mars n’ont pas pu être maintenus. Nous avons réussi à re-programmer le plus grand nombre des artistes qui étaient prévus, ultérieurement dans la saison à l’automne / hiver prochain, ou bien sur la prochaine édition du festival, afin que publics et artistes puissent finalement se rencontrer. Pour les quelques concerts annulés, nous sommes en train de trouver des solutions pour dédommager directement les artistes ou leurs producteurs.

Quel impact cela aurait-il sur votre structure ?

Grâce à la compréhension et à la solidarité de chacun, l’impact devrait pouvoir être minimisé sans remettre en cause le futur du festival. Cependant Grand Bonheur étant une coopérative de production musicale, les équilibres et enjeux financiers restent très alarmants concernant les structures de productions de concerts et de tournées qui seront à l’arrêt pendant une moitié de l’année. Nos premières estimations nous indiquaient un déficit d’exploitation de 300 000€ pour l’ensemble de la coopérative. Nous avons trouvé des solutions pour la moitié de ce montant. Nous comptons désormais sur nos divers partenaires publics pour combler l’autre moitié.

Qu’attendez-vous des collectivités et de l’État ?

Nous échangeons tout autant avec l’État et les collectivités qu’avec les syndicats et inter-syndicales, qu’ils représentent la filière musicale ou la culture de façon plus transversale. La priorité va naturellement au déploiement de mesures d’urgence qui permettent de compenser leurs pertes financières et aux salariés et intermittents de ne pas pâtir de cette période figée. Cependant il faut également envisager des projections à plus long terme sur les mesures d’aides et d’accompagnement qui peuvent être coordonnées par le Centre National de la Musique récemment créé. Pour l’instant des chiffres ont été annoncés mais ils restent très insuffisants.

Quels sont les projets d’artistes d’ores et déjà annulés ?

Nous avons plus d’une centaine de concerts qui n’ont pas pu se dérouler, mais heureusement la plupart de ces concerts sont reportés entre septembre 2020 et mars 2021.

Le personnel de votre structure est-il en télétravail, au chômage partiel ?

Le personnel permanent et intermittent est au chômage partiel ; nous collaborons en télétravail sur le temps de travail effectif.

Quelle serait votre estimation du manque à gagner par rapport à la billetterie ? 

Globalement en ce qui concerne Grand Bonheur et l’ensemble de ses activités, nous avons travaillé un prévisionnel qui prend en compte l’impact de la crise actuelle se basant sur 8 facteurs :

– une activité à 100% sur le 1er trimestre 2020 (sauf Avec Le Temps)
– une activité nulle pour le 2nd trimestre 2020
– une activité économique réduite de 80% à 90% pour le 3e trimestre 2020 (la réalité sera peut-être plus rude)
– une activité économique réduite de 50% à minima pour le 4e trimestre 2020
– un report sur l’automne de 50% maximum des activités du 2nd trimestre, en appliquant une décote économique de 50% à minima
– la validation (acquise, à hauteur de 50K€ environ) du chômage technique à hauteur de 80% pour tous les salariés permanents jusqu’au 30 juin 2020
– la validation (non acquise, à hauteur de 30K maximum) du chômage technique pour tous les intermittents sur les dates annulées
– on avait déjà diminué notre perte d’exploitation initiale grâce aux reports de dates et suppression de certaines charges (pour un peu plus de 100K€)

Les pertes concernent à la fois la billetterie des concerts, les artistes en tournée, mais aussi les productions d’albums et les nouvelles créations décalées. Au global, nous perdons plus de 50 000€ par mois depuis que les salles de concerts sont fermées. Les pertes devraient se prolonger pendant de longs mois car les mesures de déconfinement progressif vont limiter notre cadre d’activité ; le retour des publics dans les salles de concerts ne se fera pas du jour au lendemain. 

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Avril 2020

Photo : ©DR