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La Méditerranée, cas d'école de la crise écologique

Le déclin de la vie

La Méditerranée, cas d'école de la crise écologique - Zibeline

Pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité, la lutte s’organise et se met en réseau.

En Afrique frappe la famine, tandis qu’une sécheresse historique sévit sur le continent, et que le phénomène climatique El Niño provoque des températures record. Pendant ce temps, le président des États Unis vient de signer un décret abrogeant les mesures de son prédécesseur sur le climat : la perspective d’une catastrophe mondiale se précise. La seule consolation de ce début d’année est que la Chine, l’autre principal pollueur de la planète, a récemment annulé la construction d’une centaine de centrales à charbon et entend -jusqu’à preuve du contraire- respecter les engagements pris à la COP21.

Pour bien comprendre la crise écologique, il est important de réaliser à quel point il s’agit d’un phénomène multidimensionnel, avec des conséquences de plus en plus sévères sur une portion toujours plus grande des populations mondiales. La pollution influe sur le changement climatique qui influe sur la biodiversité ; leurs impacts imbriqués, exponentiels, font la géopolitique d’aujourd’hui, et celle de demain. Famines et guerres de l’eau risquent de se multiplier rapidement. Tandis que les États se débattent avec leurs contradictions (comment continuer à prôner une croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?), à d’autres échelons nombreux sont ceux qui ont pris conscience de l’urgence, et qui musclent leurs moyens d’action.

En Méditerranée

Puisque les enjeux sont mondiaux, et interconnectés, on assiste pour leur faire face à une mise en réseau progressive des initiatives et des énergies. La Méditerranée pourrait servir de cas d’école : un point chaud de la biodiversité (sa faune et sa flore, parmi les plus riches au monde, sont aussi les plus menacés), un littoral qui se fragilise à vue d’oeil, de multiples pollutions, l’acidification des eaux, les espèces invasives, la surpêche, la bétonisation, le transport maritime, l’extraction pétrolière…. Sans parler des flux de touristes incontrôlés, dont l’impact est loin d’être anecdotique !

Alors sur tout le pourtour méditerranéen, la société civile se mobilise, de nombreuses associations et structures évaluent les dégâts, tentent de remédier au plus pressé : prévenir l’érosion, protéger les herbiers de posidonie, ou encore collecter les déchets plastiques. À la COP22 marocaine en novembre dernier, beaucoup se sont rendues dans l’espoir de tisser des liens plus efficaces entre elles et d’échanger un maximum d’outils et d’informations. Beaucoup aussi se méfient des institutions, leur reprochant de s’intéresser à l’environnement sous le seul angle économique.

Plus on est de fous

Reste que certaines institutions privées et publiques s’investissent elles aussi de plus en plus, et si quelques unes participent avec la simple intention de reverdir un peu leur image, d’autres font preuve de sincérité dans leur démarche. Aux citoyens de veiller au grain, pour en séparer l’ivraie…

Le 17 mars dernier à Marseille, le projet PANACeA, une initiative régionale pour « optimiser les efforts de protection des ressources naturelles à échelle méditerranéenne », a réuni à la Villa Méditerranée de nombreux acteurs internationaux. Avec un budget de 18 millions d’euros sur trois ans, financé en partie par le programme européen Interrreg Med, elle rassemble autour d’un centre de recherche de l’Université de Malaga (ETC-UMA) une soixantaine d’organismes, du Plan Bleu (Centre d’activités régionales du Programme des Nations Unies pour l’Environnement) au WWF Méditerranée, en passant par la Conférence des Régions Périphériques Maritimes d’Europe, et l’Union internationale pour la conservation de la nature via son Centre de Coopération Méditerranéenne.

Leur objectif est tout à la fois de partager leurs observations de terrain, définir des priorités (reconstituer les populations de poissons, par exemple), favoriser les collaborations horizontales dans les différents pays de la Méditerranée, et construire une communauté susceptible de peser sur les politiques publiques « à tous les niveaux : local, régional, national ». Francesca Marcato, responsable du suivi du projet chez Interreg Med, soulignait que les résultats seraient tous mis dans le domaine public, gratuits, et dans des formats réutilisables.

Ils ont défini leur feuille de route des actions à mener sur les trois prochaines années, afin de « réduire l’impact des activités humaines sur l’héritage environnemental et culturel » ; à suivre, donc, pour savoir si leur démarche sera efficace. Si elle l’est, ce serait un accroc de plus dans le costume trois-pièces des climato-sceptiques.

GAËLLE CLOAREC
Mars 2017

La Méditerranée sous pression :

1,6% de la superficie terrestre
0,7% de la surface maritime mondiale
Entre 4 et 18 % des espèces marines connues sur le globe
1/3 du trafic maritime mondial (+ 4% / an prévus d’ici 2025)
1ère destination touristique mondiale (343 millions de visiteurs en 2014, + 40% prévus d’ici 2025)
90% des stocks de poissons en surexploitation
Aires Maritimes Protégées : 3,27 % de la mer Méditerranée en 2015
Exploration Offshore hydrocarbures : près de la moitié du bassin méditerranéen en 2015

Sources : The 2016 Forum of Marine Protected Ereas in the Mediterranean – Projet MedTrends, (WWF-France), Plan Bleu et Croissance Bleue : la Méditerranée face au défi du bon état écologique – Synthèse européenne – WWF  2015

Photo : Cadavre d’oiseau marin -c- G.C.


Villa Méditerranée
Esplanade du J4
13002 Marseille
04 95 09 42 52
http://www.villa-mediterranee.org/