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Penser le climat avec les conférences d'Opera Mundi à Marseille

Le climat, matière à penser

• 14 mai 2016, 17 mai 2016 •
Penser le climat avec les conférences d'Opera Mundi à Marseille - Zibeline

Opera Mundi met Le climat en questions à Marseille depuis le mois de janvier, avec son cycle de conférences très couru, tant au FRAC qu’à la Bibliothèque de l’Alcazar. Le 2 avril dernier, c’est une philosophe venue de Paris-Nanterre qui s’est exprimée, sur les apports de l’écoféminisme aux réflexions contemporaines. D’après Émilie Hache, ce courant antinucléaire et pacifiste né à la fin des années 1970 aux États-Unis, en pleine guerre froide, est largement méconnu du fait qu’il s’agissait d’une mobilisation féminine. Alors que, puissamment politique et subversif, il a énormément à apporter. « Ce n’était pas une argumentation savante, mais avant tout une expérience collective de milliers de femmes en colère face à la menace nucléaire ». Après la catastrophe de Three Mile Island, se formalise leur contestation radicale de l’idéologie techniciste et viriliste, mortifère. En novembre 80, elles marchent sur le Pentagone, durant toute la période, elles font le siège de centrales, parfois pendant des mois. Le parallèle entre leur hantise de vivre sur des terres contaminées, et notre monde rongé par les produits chimiques, est frappant. Aujourd’hui comme alors on oppose l’homme et la nature, la raison à l’irrationalité, considérée comme féminine. Les écoféministes rejetaient ce dualisme forcé, revendiquaient « l’aspect positif de la féminité, des émotions et de la nature » : pour elles une réponse intelligente à la crise devait être pleine de joie, et la masculinité devait pouvoir aussi penser collectif plutôt qu’individuel, soin plutôt que profit, partage plutôt que conflit. Que l’humanité soit capable de garder un lien avec le monde vivant : n’est-ce pas ce dont il est question de nos jours, de manière exacerbée par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité ?

Face aux raisonnements funestes qui nous ont amenés à cette situation, on peut heureusement compter sur ces précurseures : « leur mouvement n’existe plus, mais le militantisme ne s’est pas arrêté là, il se décline dans l’altermondialisme, la permaculture, les femmes qui se révoltent en Inde ou en Amérique du Sud… » Il ne tient qu’à nous de poursuivre leur réflexion, et c’est bien ce que propose Opera Mundi avec les intervenants à venir, dans la continuité d’Émilie Hache. Après Isabelle Stengers, de l’Université Libre de Bruxelle, venue développer le 19 avril son exploration de la puissance des récits, un autre philosophe interviendra au Frac le 14 mai. Frédéric Neyrat, enseignant à l’Université du Wisconsin, auteur de La part inconstructible de la Terre, a intitulé son allocution Théorie des hommes sans monde. Il interrogera la « tendance de l’humanité à ravager les fondements écologiques de son existence ». La dernière conférence du cycle aura lieu le 17 mai, avec François Gemenne (Sciences Po Paris et Université de Liège), qui traitera de géopolitique du climat à la BMVR.

Le changement climatique arrive ; quoi que nous fassions, il va être brutal : le penser et l’anticiper est indispensable si nous voulons un tant soit peu infléchir son impact.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2016

Opera Mundi, Marseille
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Photo : Emilie Hache @ Opera Mundi


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