Entretien avec Aurélien Pitavy, directeur de Charlie Free

Le Charlie Jazz Festival n’aura pas lieuVu par Zibeline

Entretien avec Aurélien Pitavy, directeur de Charlie Free - Zibeline

Zibeline fait le point avec les nombreuses manifestations culturelles qui devaient avoir lieu au printemps et en début d’été. Nous publierons les réponses reçues au fur et à mesure.


Zibeline : Vous êtes contraints d’annuler votre festival, serez-vous dédommagés et comment ?

Aurélien Pitavy : Nous l’espérons. À priori oui, mais nous n’avons pas encore les réponses de l’ensemble de nos partenaires financiers à nos questions.

Nous avons travaillé sans relâche pendant plusieurs semaines, dès le début du confinement, pour essayer de maintenir le Charlie Jazz Festival et notre festival jazz jeune public, Jazz en Fête. L’annulation de ces deux festivals a été un vrai crève-cœur, il va falloir que nous fassions le deuil de tous ces concerts.

Allez-vous dédommager les artistes ?

Oui, mon objectif est de dédommager les artistes. La ligne artistique que je défends à Charlie Free met en avant majoritairement la création, le jazz actuel et notamment la scène émergente. C’est pourquoi nous travaillons principalement en contrat d’engagement (nous sommes donc employeurs en lien direct avec les musiciens), et dans ce cadre nous allons indemniser les artistes.

Quel impact cela a-t-il sur votre structure ?

Notre structure est totalement à l’arrêt dans une période qui est habituellement notre pic d’activité. Il est encore difficile de jauger l’impact sur notre structure, mais elle se situe déjà à différents niveaux :

– artistique, l’impact est bien sûr considérable, je pense à tous ces projets que nous n’avons pu et ne pourrons accueillir, dont certains sont des créations qui devaient voir le jour sur nos scènes, c’est un coup dur…

– social, je pense aux nombreux acteurs avec lesquels nous travaillons, aux écoliers, collégiens, dont nous avons dû stopper net les interventions, mais également au public de nos concerts de saison bien sûr, à notre festival jeune public, et bien sûr au Charlie Jazz Festival. Nous avons reçu de nombreux messages de soutien, ce qui réchauffe le cœur, nous avons un rapport très fort avec notre public qui s’explique par l’histoire de Charlie Free, nous avons plus de 30 ans d’existence, la proximité que nous créons entre les artistes et le public, et l’esthétique que nous défendons dans tout ce qu’elle véhicule. C’est également un moment dur à vivre pour l’équipe qui travaille depuis des mois pour que ces concerts, actions pédagogiques, et festivals puissent avoir lieu…

– et évidement l’impact économique, qui est également considérable. Il faut savoir que le Charlie Jazz Festival représente 60% de notre répartition analytique, les conséquences sont donc terribles avec de nombreuses interrogations pour l’association. Sans oublier les différents partenaires auxquels nous faisons habituellement appel pour le son, la lumière, la sécurité, le catering, la restauration du public, les hôtels, et j’en passe. Et bien sûr les nombreux intermittents que nous allons tâcher d’indemniser.

Qu’attendez-vous des collectivités et de l’État ?

Un soutien, un accompagnement marqué et affirmé, que ce soit pour cette année si particulière, dans ce moment difficile que nous traversons, mais également dans les mois à venir car il est évident que nous ne sortirons pas immédiatement de cette crise sanitaire et que nous aurons besoin d’un soutien pour le redémarrage de nos activités. On ne connaît pas encore les conditions de ce redémarrage ni l’impact psychologique qu’aura cette crise sur le public. Beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes bien sûr. L’économie de notre association est fragile.

Quels sont les projets d’artistes d’ores et déjà annulés ?

Je ne vais pas parler de ceux du festival car nous n’avions pas encore dévoilé la programmation et j’espère arriver à programmer certains de ces artistes lors de l’édition 2021 du Charlie Jazz Festival.

Nous avons dû annuler le concert du quartet de Matthis Pascaud, et du projet Majakka de Jean-Marie Machado, pour ces deux artistes nous avons d’ores et déjà trouvé une date en 2021 pour un report.

Ensuite plusieurs annulations dont je ne sais pas, à l’heure actuelle, si nous pourrons recevoir ces projets en 2021. Je pense notamment au Kami Octet, grosse formation que nous devions accueillir en résidence au Moulin à Jazz avec en plus une invitée de marque, la saxophoniste new-yorkaise d’adoption Ingrid Laubrock.

Le personnel de votre structure est-il en télétravail, au chômage partiel ?

En télétravail depuis le début du confinement et nous passons actuellement, en partie, en chômage partiel.

Quelle est votre estimation du manque à gagner par rapport à la billetterie ?

J’ai estimé le manque à gagner par rapport à la billetterie de plus de 90 000 €

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2020

Photographie : Aurélien Pitavy © DR