Rencontre avec Maxime Vagner, directeur de Prodig’art et des Voix de la Canebière

« Le chant est un patrimoine universel »Vu par Zibeline

• 30 janvier 2022⇒13 juin 2022 •
Rencontre avec Maxime Vagner, directeur de Prodig’art et des Voix de la Canebière - Zibeline

Zibeline : Comment en êtes-vous venu à imaginer Les Voix de la Canebière ?

Maxime Vagner : L’association que j’ai fondée en 2009, Prodig’art, a toujours été portée par une volonté double : croiser les musiques dites savantes -terme qui désigne en vérité les musiques écrites- et surtout élargir leurs publics. Ce désir de la double adresse a sans doute beaucoup à voir avec mon propre parcours. J’ai été guitariste, mais aussi professeur de chant, directeur de chœur et chanteur à l’Opéra de Nantes pendant sept ans avant de me former à la médiation culturelle. J’ai toujours voulu penser la scène tout en prenant en compte ce qui se passe autour. Le principe participatif et joyeux des Dimanches de la Canebière me semblait complètement raccord avec cette idée et c’est dans ce cadre que j’ai pensé les Voix de la Canebière, qui ont vu le jour en 2018.

Pourriez-vous nous en résumer le principe en quelques mots ?

C’est en fait très simple ! Nous proposons à des amateurs de nous rejoindre pour une journée, le premier dimanche du mois, et de travailler une partition ensemble. Cette journée de répétition, qui est en fait une journée de sensibilisation assez poussée et ludique au chant, aboutit toujours à une restitution publique. Peu importe le niveau vocal, il n’est pas du tout requis d’avoir suivi un cours de chant. Mais nous tenons à cette restitution publique qui peut sembler intimidante car elle nous permet de travailler avant tout la spontanéité du geste vocal. La voix, y compris la voix non travaillée, est le meilleur des vecteurs pour le patrimoine musical. Tout le monde chante ! Le chant est un patrimoine universel.

Quel type de publics accueillez-vous ?

Nous accueillions maximum 40 personnes par session avant le COVID mais depuis la reprise nous nous limitons à 28 inscrits. Les participants sont de tous âges et de tous horizons : certains sont des habitués du chant, d’autres des curieux, et nous avons constitué un noyau dur présent à quasiment tous les ateliers. Il faut dire que tarifs sont très attractifs !* Et que nous avons toujours proposé à nos participants des tarifs préférentiels à des concerts par la suite : par exemple à Musicatreize où nous avions travaillé pour une précédente édition. L’idée est d’ouvrir ces musiques considérées à tort comme élitiste à des publics nouveaux ! Le déficit d’adresse sur ces musiques-là nécessite de s’y pencher de plus près et nous essayons de nous inscrire dans cette transmission-là.

Sur quelles œuvres travaillez-vous ?

Nous avons à cœur de les faire travailler sur des créations contemporaines, à la fois rattachées intimement à Marseille et ouvertes sur d’autres rives, esthétiquement comme géographiquement parlant. Les intervenants auxquels nous faisons appel –Françoise Atlan, Manu Théron, Bruno Allary- sont des figures bien connues des Marseillais. Revisiter le patrimoine musical autour de Marseille demeure une de nos principales aspirations. Mais ce patrimoine ne doit pas être une image d’Épinal. La création du compositeur Jean-Christophe Marti conçue pour l’ouverture des Voix de la Canebière s’était ainsi pensée comme une collecte d’images musicales, c’est-à-dire de mélodies, loin de tout cliché. Il était parti à la rencontre des passants de la Canebière avec un microphone : « pure souche » et immigrés lui avaient livré des chants très diversifiés qui avaient donné lieu à un très beau concert !

Quels sont les projets des Voix de la Canebière pour 2022 ?

Nous ouvrirons l’année sur une collaboration avec Féloche. C’est un musicien touche-à-tout : rock, électro, formé à la mandoline … Il avait d’ailleurs obtenu une Victoire de la Musique en 2015. Nous avons à cœur de croiser les esthétiques musicales et Féloche nous semblait tout indiqué pour cette édition ! Son projet se fera en collaboration avec l’Orchestre de Mandolines de Vincent Beer-Demander, qui accompagnera la restitution publique du 30 janvier. Nous nous lancerons ensuite dans le très beau projet de La Marseillante avec le compositeur Alexandros Markeas, pensé en parallèle de l’exposition du Musée d’Histoire de la ville de Marseille dédiée à La Marseillaise, ce patrimoine universel vivant ! Jouée à Vizille puis à Strasbourg, cette création posera ensuite ses valises à Marseille le temps de quatre ateliers de février à mai. Avant d’être jouée au Théâtre Silvain le 4 juin : 350 amateurs y seront réunis sur scène ! Nous finirons enfin la saison sur une journée dédiée à la Méditerranée et aux Balkans, animée par Kalliroï Raouzeou le 12 juin.

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Décembre 2021

* 15 € Plein / 25 € Duo / 8 € Réduit
Gratuit (La Marseillante)

Photo © D.R.

Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/