Les projets d'avenir de L'Après M, McDo occupé des Quartiers Nord marseillais

La part du peupleVu par Zibeline

• 15 mai 2021 •
Les projets d'avenir de L'Après M, McDo occupé des Quartiers Nord marseillais  - Zibeline

À Marseille, le McDo occupé des Quartiers Nord lance une souscription pour racheter les lieux à la multinationale et en faire un restaurant social et solidaire.

Nous vous en parlions dans notre numéro de janvier : un restaurant McDonald’s des quartiers Nord de Marseille, symbole des luttes populaires contre les multinationales, mise sur l’entraide et l’autogestion. Après des années de luttes et une réquisition citoyenne, son équipe s’est particulièrement illustrée depuis le début de la pandémie, organisant un réseau de solidarité alimentaire impressionnant. Plus de 150 000 colis et plats chauds distribués gratuitement aux plus précaires, jusqu’en pays d’Aix… Une efficacité qui contraste avec les mesures péniblement mises en place face à l’urgence par les pouvoirs publics.

En décembre dernier, le projet de L’Après M, nouvelle appellation du McDo, était lancé. Il s’agissait de trouver une solution pour pérenniser les multiples activités du lieu, s’assurer un moyen légal de le conserver, et amplifier sa dynamique de développement du quartier. Le 10 mai, sous une pluie battante, les journalistes étaient conviés à rejoindre la chaleureuse salle du restaurant, encombrée de cagettes de tomates et autres denrées, pour une conférence de presse. Des mois d’intenses réflexions ont abouti à un dispositif qui semble bien ficelé, pour peu que la multinationale, propriétaire du site et logiquement très réticente à prendre langue directement avec ses anciens salariés, accepte de négocier avec la Mairie de Marseille, laquelle a accepté de servir d’intermédiaire.

Une gestion collective vouée à le rester

Fathi Bouaroua, « bénévole chargé des questions administratives et juridiques », a détaillé le projet, conçu avec l’avocat Arié Alimi « pour qu’à aucun moment il ne puisse y avoir prise légale ou illégale d’intérêt ». L’Après M veut être exemplaire, particulièrement sur les questions de probité, et préserver avant tout les valeurs solidaires qui ont présidé à sa naissance. Aux fins d’acheter le restaurant et le doter d’un fonds de roulement, l’idée est d’appuyer une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), sur une SCI d’un genre particulier ; la Société Citoyenne Immobilière sera en fait une association Loi 1901, constituée de milliers d’adhérents. Chaque personne désireuse de soutenir l’initiative pourra devenir membre de La part du peuple en déboursant 25 €, et avec 50 000 adhésions, le budget de 1 250 000 € serait bouclé. Sans risque de capitalisation : au delà de 25 €, les dons permettront de financer les adhésions de « ceux qui sont dans la mouise », sur le principe du café suspendu. Étant donné l’écho mondial qu’a eu le destin du McDo marseillais occupé, on imagine une réussite possible ! Le bureau de souscription sera ouvert le 15 mai sur place, à l’occasion d’un grand rassemblement festif, et en ligne*.

Social fast food

Kamel Guemari, salarié historique et figure emblématique de la lutte contre McDonald’s, a en tête un vrai projet de territoire. « Il s’agira d’une ZAD, “Zone à Développer”. Notre bagarre est pour notre prochain, notre jeunesse, à qui on veut redonner confiance par le travail. Au lieu de pomper de l’argent à notre ville, qui n’en a pas, nous voulons produire de la richesse et la redistribuer. » Au programme de ce restaurant social et solidaire « où le bio puisse exister », alimenté par un réseau de paysans locaux, l’embauche dans un premier temps de 37 des anciens salariés, avant d’atteindre l’effectif de 77 personnes, mais aussi des chantiers d’insertion pour former des apprentis, et une collaboration avec des chefs étoilés, qui travailleront avec les habitants alentours afin de concevoir des menus qui leur ressemblent.

Dans un social fast food tel qu’il est conçu ici, les clients paient en fonction de leurs moyens, et les bénéficiaires de l’élan collectif peuvent participer activement à la vie du lieu, un moyen d’équilibrer les coûts. Kamel Guemari voit loin, jusqu’à imaginer le déploiement d’une franchise sociale ailleurs en France. Voilà qui ne va pas être du goût de McDonald’s, ni, quand on y pense, de bien d’autres tenants du libéralisme économique… Mais « nous, le peuple, on entrera dans un rapport de force », déclare-t-il paisiblement.

Planter ses choux

Pour goûter le burger « Font-Vert » ou « La Castellane », il faudra attendre que la Société Citoyenne Immobilière réunisse les fonds. « On espère pouvoir ouvrir l’année prochaine, table Fathi Bouaroua, si la campagne d’adhésion démarre bien ; une acquisition prend plusieurs mois ». En tout cas, précise-t-il, les calculs prévisionnels sont encourageants : en ouvrant sept jours sur sept, 365 jours par an, mais avec la moitié seulement des quantités vendues par le fast food lorsqu’il était sous l’enseigne de McDonald’s, et des produits payés 30 % plus chers, il resterait rentable.

En dehors de cette activité, perdureraient toutes les initiatives qui gravitent autour de l’Après M. Les maraudes, les ateliers pour enfants s’installeront dans une Agora, sur le parking du fond. « On veut que ça redevienne une place de village ». Belle ambition pour ce rond-point moche, qui a pris des couleurs, du vert notamment, depuis que les abords du restaurant ont été ensemencés. La première récolte de pommes de terres a été un succès ; c’est un pas vers l’autonomie alimentaire, et de bon augure pour la suite.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2021

* Plus d’informations sur la journée de lancement du bureau de souscription, le 15 mai :
https://www.facebook.com/lapres.m
https://www.facebook.com/events/106002888198345

Adresse : 214 Chemin de Sainte-Marthe, 13014 Marseille