L'art, espace de reconstruction en milieu carcéral

La nécessité de l’art

L'art, espace de reconstruction en milieu carcéral  - Zibeline

La présence de l’art en milieu carcéral, et singulièrement de la photographie, de l’écriture et du cinéma, permet aux détenus privés de liberté de se reconstruire. Si la question de la détention et de ses difficultés apparaît souvent directement lorsqu’ils s’expriment, celle de la culpabilité et du rapport à l’autre transparaît aussi, en particulier quand il est question de jouer, de représenter, au cinéma et au théâtre. 

Les ateliers de théâtre ont depuis longtemps fait leur entrée en milieu carcéral et Isabelle Gorce, Présidente du Tribunal de Grande Instance de Marseille, parlait de « miracle » pour désigner les changements que peut opérer la rencontre avec l’art pour des criminels. La parole, le fait de travailler collectivement, de se dire plus ou moins directement « offre sans conteste un cadre utile à la réinsertion ». 

L’obstacle à la massification de la pratique artistique en prison reste idéologique : « la prison est perçue, et souhaitée, comme un lieu de souffrance ». Comment, dans une société conçue pour Surveiller et punir, pourrait-on concevoir que l’art, qui libère, a sa place en prison ?

« L’art se mérite-t-il » ? Christine Charbonnier interroge judicieusement notre rapport à l’expérience artistique, toujours vécue comme un privilège, parce qu’elle nous élève. Les détenus doivent-ils, à ce titre, en être privés, « comme on punit un enfant turbulent de la récréation qui lui est d’autant plus nécessaire ? ». Elle rappelle cette expérience extraordinaire menée à la Maison Centrale d’Arles, celle des très longues peines, où le travail mené depuis 2015 avec Joël Pommerat bouleverse profondément détenus, artistes et personnel pénitentiaire (à lire ici et ici).

Le travail se poursuit, se généralise. Celui de François Cervantes avec Prison Possession, celui de la Criée aux Baumettes, qui du 16 au 19 octobre a fait venir les détenus d’Arles pour jouer Marius, celle d’Olivier Py au Centre Pénitentiaire du Pontet, auquel il a donné une audience nationale en le faisant entrer en Festival.

Chacune de ces expériences est bouleversante. Pour les détenus d’abord : ainsi un « longue peine » au CV effrayant déclarait, après avoir joué, qu’il venait d’avoir « la peur de sa vie » ; un autre qu’il avait « enfin trouvé ses mots ». Quant aux artistes, ils éprouvent en prison l’impact tangible de leur travail, et font la démonstration que la société française s’est aussi construite sur la fraternité : pour qu’un homme, criminel ou délinquant, puisse changer, il faut certes le surveiller, peut-être même le punir, mais surtout lui laisser l’espace de se reconstruire.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019

Lire aussi : Regarder la prison

Photo : Marius © Christophe Loiseau


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