Entretien avec Alexandra Tobelaim, qui fait renaître Face à la mère, de Jean-René Lemoine

La mort, ce n’est pas triste, c’est la vie

• 4 octobre 2018⇒6 octobre 2018, 11 octobre 2018 •
Entretien avec Alexandra Tobelaim, qui fait renaître Face à la mère, de Jean-René Lemoine - Zibeline

Après In-Two qu’elle donne à Marseille jusqu’à dimanche dans le cadre de Travellings et avant un Cyrano de Bergerac en 2019, Alexandra Tobelaim et sa Cie Tandaim fait renaître Face à la mère, de Jean-René Lemoine, au Jeu de Paume à Aix.

Zibeline : Souhaitiez-vous depuis longtemps mettre en scène une pièce sur le rapport mère-fils ?

Alexandra Tobelaim : C’est véritablement la rencontre de ce texte-là, non seulement sur le rapport mère-fils mais sur le rapport à la mort aussi, qui m’a convaincu de le monter. L’écriture de théâtre, les auteurs sont à la base de mon travail. Cela faisait longtemps que je recherchais un coup de foudre, tomber sur des écritures qui me transportent, qui me procurent un écho, une vibration, par rapport à un besoin que je ressens mais que je ne peux pas nommer précisément. J’ai voulu partager cette question du rapport à la mère et de l’amour qu’on peut porter à nos parents, pas toujours simple à dire.

J’ai aussi voulu parler du rapport à la souffrance, du manque de la personne qui n’est plus là. Cela me semble important de parler du fait qu’on ne soit pas éternel, qu’on va mourir et que c’est la vie. Dans notre société, c’est une chose qu’on met souvent de côté. Il y a peu de moment où l’on peut parler des morts, parler du chagrin, des gens qui nous sont chers et qui ne sont plus là. J’avais envie de partager cela parce que c’est essentiel. Mais ce n’est pas une pièce triste parce que la mort ! C’est la vie.

Vous mettez souvent la musique au cœur de votre travail. Cette fois, vous y ajoutez le chant ?

Il y a une construction entre le texte et la musique qui se crée sur toute la longueur de la pièce. Le chant par la présence d’un chœur, c’est vraiment quelque chose de nouveau pour moi. Ce sont les musiciens qui chantent, pas les acteurs. On a choisi de ne pas systématiquement partitionner le texte, on a donc défini un canevas vocal qui se décidera pendant la représentation. Il y a une part d’improvisation, une porosité dans la prise de parole. Chaque soir va donc être un peu différent. Mais pour moi, ce n’est pas une représentation, c’est une fête, un moment de partage.

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur Olivier Mellano ?

C’est la première fois que nous travaillons ensemble. Nous avons beaucoup échangé sur le texte et le rôle de la musique dans le projet. Il m’a proposé de composer et de me donner les partitions en amont du travail de répétition, ce qui est nouveau dans ma façon de travailler, car pour mes précédents projets la musique prenait forme au fur et à mesure de la création. Olivier a commencé à écrire à partir d’un enregistrement de lectures par deux comédiens. Ensuite il a transmis son travail aux musiciens sur le plateau. Nous avons continué à discuter en permanence. Je ne sais pas parler en notes, je parle de sensation, de recherche. Pour moi, il y avait l’idée de la spirale, de tourbillon, il y a des motifs qui viennent et qui repartent. Et ce qui m’avait saisie dans sa musique, c’est qu’elle avance, comme le texte avance lui aussi. Il y a un mouvement de valse qui est assez étonnant. On est parti également du Boléro de Ravel, de cette construction qui n’arrête pas de se reproduire. Ce qui m’intéresse est de savoir quelles émotions, quel rythme on a envie de partager avec le spectateur.

Quelle a été la place, le rôle de l’auteur, Jean-René Lemoine, qui avait déjà lui-même mis en scène et joué sa pièce ?

Il a toujours été à nos côtés et nous a transmis des choses en tant qu’auteur mais aussi en tant que personne. C’était assez formidable qu’il soit dans cette simplicité et cette générosité. Parce que c’est sa propre histoire. Parce qu’on se sent responsable de ce qu’on fait avec.

Aviez-vous le désir d’apporter un regard différent, parce que de femme, sur l’œuvre originale ?

Je ne sais pas. Sans doute. Ce qui change, c’est le parti pris de faire endosser le texte par six hommes. Cela m’intéressait que ce soient six hommes qui se dévoilent dans le rapport à la mère et face à son absence.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

Photo : Face à la mère @ Philippe Ariagno Aicha El Beloui

À venir
Face à la mère
4 au 6 octobre

Jeu de Paume, Aix-en-Provence
08 2013 2013 lestheatres.net

11 octobre
La Garance, Cavaillon
04 90 78 64 64 lagarance.com

À suivre : le 8 novembre à Théâtre Durance, Château-Arnoux ; les 29 et 30 novembre & 1er décembre au Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille ; le 11 décembre à La Passerelle, Gap…

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/